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mardi 17 septembre 2013
Patrimoine de Boisfleury
Après samedi : dimanche. Après la pluie : le beau temps. Après le "patri-moins" : le plus de Boisfleury !
Et du coup, super dimanche du patrimoine à Guémené. J'avais en effet décidé de faire la seule visite concernant Guémené figurant au programme officiel, à savoir celle du château de Boisfleury. Je la recommande à ceux qui n'auraient pas encore eu la chance d'y aller à cette occasion : les propriétaires vous font faire le tour du...propriétaire avec beaucoup de disponibilité et d'enthousiasme. Car cette propriété, achetée dans un état d'abandon et de délabrement avancé, retrouve année après année, sous leur action (ils mettent eux-mêmes la main à la pâte), un lustre tout à fait sympathique.
L'intérêt de cette visite réside notamment dans le fait que la propriété reflète assez bien ce que pouvait être, encore au siècle passé, une gentilhommière rurale. L'ensemble est en effet dédié aux plaisirs et au modèle économique d'une maisonnée de hobereaux : la chasse et la propriété agricole.
Mais d'abord quelques souvenirs d'enfance.
La meilleure amie de ma Grand-Mère Gustine s'appelait Bertine Brétécher. C'était une petite veuve au nez retroussé et au teint mat, qui portait un petit chapeau le dimanche. Elle habitait non loin de La Hyonnais, entre le Pivert et l'ancienne gare en haut du Boulevard de Courcelles, mais elle travaillait chez Monsieur Henry, colonel Potiron de Boisfleury et maire.
Elle venait souvent à la maison siroter du café et des petits verres de cerises à l'eau-de-vie et palabrait de sa petite voix pointue et chantante avec ma Grand-Mère : c'était des racontars vaguement scandalisés sur la vie au château et, bien sûr, les effroyables histoires de morts et de maladies dont ces vieilles femmes se repaissaient : cancers horrifiques, delirium tremens spectaculaires, accidents agricoles bien sanguinolents... des enterrements à n'en plus finir...des enfermements à Pont-Piétin...
Je me rappelle aussi d'une histoire de serres du château emportées par la tempête : il y avait dans le fond de la voix qui racontait l'incident une sorte de morale ancillaire et grecque, où la déploration par la domestique fidèle des malheurs du Maître se mêlait d'une sorte de satisfaction envieuse de la catastrophe qui frappe celui - le riche, le puissant - qui entreprend de forcer la nature.
Et il y a la figure du colonel-maire, le dimanche au sortir de la messe, ses malheurs, son veuvage...
Bref, le Boisfleury m'a bourdonné aux oreilles pendant bien des années et forcément je ne l'évoque pas sans en percevoir encore l'écho.
Et maintenant un peu d'histoire (de mémoire : pardon pour les approximations).
C'est sans doute vers le milieu du XVIIIème siècle que les Potiron - grand commis de la noblesse du coin, mais pas nobles - vont acquérir cette propriété auprès de la famille de Bruc, passant socialement du statut de Potiron à celui de Boisfleury, autrement dit de celui de citrouille à celui de carrosse...(j'ai osé). Au départ, il s'agit d'un pavillon de chasse assez modeste, sans étage ni combles et sans ailes. Des travaux d’agrandissement seront effectués à plusieurs reprises et dès avant la Révolution, qui conduiront à l'état du château tel qu'on le connaît.
Le manoir fut épargné à la Révolution. La propagande antirévolutionnaire (due à un certain Henri Finistère, écrivaillon et très médiocre historien), qui aime à brocarder les tenants du nouvel ordre, fait du chef de la gendarmerie de Guémené de l'époque (un Bleu, donc) une espèce de rustre sanguinaire balourd mais bon enfant quand même, une sorte de Barbe-Bleue mâtiné de Sergent Garcia. Le commandant Mathurin Pinsmil - c'est son nom - aurait mangé du ci-devant à son déjeuner, mais il avait du sentiment : venu à la tête de ses troupes pour mettre à sac la propriété accusée d'héberger des contre-révolutionnaires, il se serait débrouillé pour l'épargner car, maçon, c'est lui qui l'avait construite !
Je vous propose à présent la visite.
Une longue et large allée arborée conduit au coeur de la propriété. Le château se présente à l’œil dans sa simplicité et dans la blancheur de sa pierre. Son origine modeste et ancienne fait que ses pièces sont peu hautes (2 mètres 62) pour ce genre de bâtiment. La toiture est récente et est l'oeuvre de l'excellent M. Coquelin de Guémené dont le grand-père, déjà couvreur, entreprit la réfection en son temps...On distingue sur la lucarne centrale des combles deux blasons : on y reconnait celui des Boisfleury à gauche avec l'aiguière dans le cercle (je n'ai pas identifié l'autre).
On poursuit pas la gauche où, comme un château de Stroumpfs, trône, dans une prairie non loin d'un petit étang, un "pigeonnier" à meurtrières fort ancien. Il fait penser aussi au Hameau de Marie Antoinette à Versailles.
On revient vers la ferme ceinte d'une belle bordure de palis dressés, qui reste à restaurer avec ses dépendances. L'écurie (ou l'étable) était derrière de sorte que les bêtes pouvaient sortir directement vers les champs.
La promenade continue à l'arrière de cette ferme où l'on croise un Saint-Hubert de bronze aux allures de Robin-des-Bois sur un piédestal rustique de gros cailloux. Il s'agirait d'une oeuvre du milieu du XIXème siècle. Derrière le patron des chasseurs, le champ descend vers la vallée du Don. Les bâtiments en contrebas sont une ancienne menuiserie.
On pénètre ensuite dans un sous-bois et l'on rencontre la grotte au renard, étrange rocaille où se plaque et s'enroule sur la caillasse une gargouille qui rappelle un renard. Cette grotte était en réalité une fontaine.
A la sortie de cette partie boisée, on débouche sur la serre à semis. Elle est d'époque (mais laquelle !?) : à noter en contrebas à droite de la porte d'entrée un foyer (rouillé) , qui permettait de faire du feu et de chauffer ce petit édifice. Le dernier valet de l'antique maisonnée Boisfleury entra en service, paraît-il, à 14 ans au château avec pour mission de s'occuper du feu de la serre...
Plus haut, en revenant vers le château, on aborde un quadrilatère clôturé d'un haut mur de pierres bleues : . C'est l'antique potager (les légumes ne risquaient pas de s'échapper !). Il est bordé de pavillons où l'on devait entreposer des outils et de bâtiments à étage dont l'un servait de buanderie. Au centre se trouve la tête d'un puits de 17 mètres de profondeur (de section carrée de 70 cm de côté : ça a dû être facile à construire !) qui, à dire de propriétaire, rejoindrait le Don souterrain...
En sortant du potager, on tombe sur l'abri où loge le pressoir à cidre et, non loin, sur le four dont la restauration est presque terminée.
Sur la droite tout un ensemble de bâtiments très intéressants. Commençons par la chapelle. Elle n'a rien d'ancien. Il n'y en avait tout simplement pas dans cette propriété et ce sont donc les nouveaux propriétaires qui ont entrepris d'aménager un corps de bâtiment en chapelle. Tout vient de leur art et de leur travail : le clocheton, les vitraux, le pavement de palis en forme de croix, l'autel, la voûte lambrissée, la tribune en surplomb....
On passe ensuite à un premier chenil, le petit chenil, où une pauvre maman traîne péniblement mais stoïquement neuf chiots d'un mois suspendus à ses mamelles meurtries.
Et c'est enfin le grand chenil avec sa cour et son belvédère à chiens (pylônes et rambarde d'origine), son portail aux piliers ornés à leur pied de deux pierres bleues sculptées figurant un chien. La façade du bâtiment du fond porte des tuffeaux également sculptés évoquant la chasse dont les plus bas ont été usés par le grattement des chiens de sorte que les motifs en sont effacés.
Et c'est là hélas que le tour s'achève. Voilà une heure de bien trop vite passée. Reste à remercier chaleureusement les "nouveaux" hôtes de Boisfleury et à partir. Vivement l'année prochaine !
Je dois ajouter à ce bilan des journées du patrimoine 2013 à Guémené une visite à l'église avec concert d'orgue. Dès que j'ai un moment, je vous montre ça. A bientôt.
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samedi 22 septembre 2012
Journée des patrimoines
Dans ma géographie mentale et mémorielle, le Pays de Guémené englobe Pléssé, comme Conquereuil ou le Grand-Fougeray : il suffit d'une escapade, d'une parente, que sais-je...
C'est donc sans appréhension que, dans le cadre de la Journée Européenne du Patrimoine, dimanche passé, j'ai englobé dans mes recherches de sites inconnus à visiter, ceux qui pouvaient se trouver à Plessé où résidait jadis "la" Tante Jeanne et le Tonton Théo dont il faudra bien que je parle un jour.
Il n'y en avait qu'un de ces sites, d'ailleurs : la Chapelle Royale de Carheil.
Je vous passe l'historique du site et l'agonie du château monumental, pillé puis incendié en janvier 1945, aujourd'hui rasé, qui trônait sur une grande esplanade au milieu d'un domaine boisé extraordinaire, aujourd'hui loti entre 300 résidents aux maisons parfois bizarres.
Pour des raisons politiques (séduire la Bretagne légitimiste et catholique...), le roi Louis-Philippe décida d'ériger sur ce site qui appartenait à son fils une magnifique chapelle. Ce qui fut fait dans les années 1840. Par rapport à la photo ancienne, ci-dessus, qui montre le portail du château, l'étang qui le précède, les communs (à droite et à gauche) et le monument lui-même, la chapelle se trouve au fond à droite, cachée, assez loin derrière les arbres, à l'angle de l'esplanade du château.
Voici deux autres photos, de mon cru, qui la révèlent dans sa splendeur ensoleillée.
Aujourd'hui, la chapelle, qui n'est plus consacrée, appartient...aux 300 copropriétaires du domaine - dont l'un d'entre eux nous fera la visite commentée -, et n'est donc visitable que très rarement.
Mais quoi de mieux que des clichés pour en découvrir tout l'attrait et toutes les richesses extérieurs et intérieurs : tableaux de peintres réputés à leur époque (assurés pour 1 million d'euros, nous a précisé notre cicérone d'un jour....) ; vitraux d'après des cartons d'Ingres et d'Auguste Hesse ; magnifique plafond de bois à caissons ; mécanisme de l’horloge extérieure ; façade étriquée et claire qui lui donne un petit air italien ; jusqu’à une vue de son sous-sol qui révèle que le plancher, fragile, est pathétiquement étayé ? Voici :
Permettez-moi, en attendant, de philosopher sur la patrimoine de Guémené, non pas ses monuments (il y en a, nous le savons), mais certain aspect de son patrimoine coutumier. Certes ce que je veux évoquer n'est généralement pas très coté par la morale, et n'appartient pas en propre à notre commune, mais il faut bien admettre qu'on a bu, que l'on boit et que l'on boira à Guémené.
On trouve cela d'ailleurs assez naturel par chez nous, et sans aller chercher chez les autres des arsouilles qu'on trouve facilement dans sa généalogie, je dois bien admettre que mon grand-oncle François, tombé sur le bord du Boulevard de Courcelles par une nuit sans lune le 1er janvier 1940, à la veille de partir défendre la Patrie et de devenir un Héros, mort au Champ de Patates plutôt qu'au Champ d'Honneur, n'avait sans doute pas fait que sucer des glaçons. Paix à son âme.
Je ferais preuve d'iniquité au demeurant, en stigmatisant abusivement cette pratique, car je me repais encore de l'odeur douceâtre et terreuse des celliers où, au cul de la barrique, jadis, le cidre aigrelet et trouble circulait dans un même verre.
Aussi, il serait injuste de dire qu'en allant à Plessé contempler la Chapelle Royale du p'tit père Louis-Philippe, j'ai totalement déserté l'ardente nécessité de m'incliner sur le patrimoine guémenois. Qu'on en juge par ce que j'ai pu "admirer", planté par un hasard ironique sur l'esplanade du château, tout à fait à l'opposé de la chapelle !
Eh oui !..
Et maintenant finissons par quelques photos promises des alentours de feu le château de Carheil :
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