Rechercher dans ce blog

samedi 9 mars 2013

Vitraux et merveilles (4)


Un sujet simple, aujourd'hui : les "vitraux Laurent Dubourg" (photos en fin d'article, as usual...).


Ces deux vitraux sont à la vue de tout le monde car situés dans celle des chapelles rayonnantes qui se trouve derrière le choeur. Autrement dit, les vitraux en question font partie de l'ensemble des dix vitraux qui s'alignent côte à côte, au fond de l'église.

Précisément, ces oeuvres se situent à la gauche des vitraux centraux représentant Jeanne d'Arc et Saint-Georges (j'aurai forcément l'occasion de revenir sur ces derniers, un jour).

Ces vitraux sont dédiés "à la mémoire de Monsieur Laurent Dubourg", ce qui nous indique déjà qu'il n'en est pas le donateur. Au demeurant, rien n'indique l'identité de ce dernier.

Laurent Dubourg était né le 6 mai 1830 à Guémené. Il mourut le 26 avril 1887 au bourg, où il résidait toujours. 

Il était le fils de René Dubourg, "notaire royal à la résidence de Marsac" et apparenté, par sa mère Julienne Simon, à la dynastie municipale bien connue (elle était la sœur du membre fondateur, François Simon, auquel j'ai consacré il y a quelques temps un petit sujet sur ce blog). Bref, un enfant de bonne famille, de la classe des notables guémenois navigant entre commerce, droit, propriétés et rentes.

Il s'était honoré dans la profession de "Receveur des Contributions Indirectes", dont il s'était retiré, et  il est gratifié par ailleurs du statut enviable de "propriétaire".

Célibataire, il demeurait avec sa soeur Jenny (Jeanne-Perrine-Julienne, à vrai dire), laquelle, dans un sursaut d'amour sororal, est probablement à l'initiative de l'hommage verrier à son frère le percepteur.

Les vitraux ont été réalisés par l'atelier d’Angers où œuvrait Jean Clamens dont il a déjà été souvent question dans les posts précédents. Mais la signature des vitraux mentionne deux autres maîtres verriers : Megnen et Bordereau.

En effet, Jean Clamens , après la retraite de son patron Louis Truffier en 1879, reprend l'affaire avec Charles Bordereau (gendre de Truffier) et Victor Megnen (un figuriste verrier de la maison Truffier). En 1895, l'association prend fin et les vitraux sortis de cet atelier ne portent plus désormais que la seule mention de "Jean Clamens".

Avec les "vitraux Laurent Dubourg" qui ne sont pas datés, nous sommes dans la période du triumvirat des artistes angevins. On peut présumer que leur exécution se situe autour de 1890.

La composition de l'oeuvre obéit aux règles déjà observées de cet atelier. Ainsi, chaque vitrail comprend trois parties : la partie supérieure avec le personnage principal ; en dessous une scène de sa geste ; le pied de l'oeuvre fournit les indications usuelles d'identification de l'atelier et de la famille concernée par le vitrail.

C'est sans grande surprise que le vitrail de gauche fait apparaître Saint Laurent auréolé. Comme c'est l'usage, il porte les attributs de son supplice, un gril à la main gauche, et la palme du martyr à la main droite. Il porte un habit rouge moucheté de petites flammes.

La scène qui illustre sa vie représente sans grande surprise non plus son "rôtissage". Le saint, simplement vêtu de son auréole et d'un manteau rouge, est allongé, tout tordu, sur le fameux gril. Deux hommes le tiennent, car il a l'air de se débattre. Un troisième s'affaire à entretenir le feu sous le gril. Un soldat casqué représentant le préfet de Rome Dacien, qui n'a pas l'air très commode et vers lequel Laurent porte son regard, brandit une sorte de bâton tandis qu'il tient le bras droit du martyr.

Ce brave Dacien voulait faire avouer à Laurent, en le cuisant à petit feu, où l'Eglise cachait son argent pour le lui prendre et le donner bien gentiment à l'Empereur qui se trouvait à court de monnaie. L'enfer est pavé de bonnes intentions, comme on dit.

On aperçoit donc Rome (un bout de temple, d'autres bâtiments) et la statue de l'Empereur, à l'arrière-plan de l'oeuvre.

En miroir de ce premier vitrail, à sa droite, nous avons pour sujet Sainte Catherine de Sienne, cette intellectuelle italienne du 14ème siècle (elle est Docteur de l'Eglise). Elle est représentée en religieuse, le chapelet tenu d'une main sur la poitrine tandis que de l'autre elle arbore un lys.

Entre autres moments importants de sa vie humaine et spirituelle, Catherine reçut les stigmates  et c'est probablement ce moment que représente l'atelier angevin dans la seconde partie du vitrail (elle épousa "mystiquement le Christ aussi....).

Agenouillée face au Christ, Catherine lui tend ses deux mains, paumes retournées vers lui. Le Christ sur un tapis nuageux, un bras vers le ciel, lui tend de l'autre un petit Sacré-Cœur.

Le pied de ce vitrail reprend exactement celui du précédent, répétant donc la mention "à la mémoire de monsieur Laurent Dubourg", avec, presque illisible, la signature des maîtres verriers d'Angers.

On peut s'interroger sur la raison qui a conduit à retenir le motif de Sainte Catherine de Sienne : Laurent Dubourg n'était pas marié et Catherine n'est donc pas le prénom d'une épouse. Sa sœur avec qui il partageait son existence se prénommait tout sauf Catherine.

Je vois deux possibilités : une dévotion particulière du défunt à cette sainte ou à ses oeuvres. Ou bien plus prosaïquement le fait qu'il mourut et fut enterré vers la Sainte Catherine, le 29 avril.

J'écarte bien entendu tout rapport avec le fait que la sœur de Laurent, vielle fille, ait pu coiffer Sainte Catherine à plusieurs reprises, car dans ce cas, il s'agit de Sainte Catherine d'Alexandrie. Enfin, une erreur est toujours possible.

Pour finir, je vous joins quelques photos des vitraux, prises ces jours-ci. Pour les amoureux des reliques un  peu hard, je vous produis également, en bonus, une photo de la tête de Sainte Catherine de Sienne. On voit bien qu'elle n'est plus toute jeune.








vendredi 8 mars 2013

Vitraux et merveilles (3)


Je ne finis pas de découvrir de très belles choses dans cette église de Guémené où je suis repassé cet après-midi prendre quelques photos.

Je vais consacrer ce post au premier vitrail qui finalement m'a fait découvrir tous les autres, je veux parler de celui offert par la famille Plédel de Balleron.

Comme à d'habitude, je renvoie les photos à la fin de l'article.

Je vais rappeler ce que j'écrivais naguère à propos de cette composition, que l'on doit à l'artiste nantais Antoine Meuret, et de ses commanditaires.

"Les Plédel était des cultivateurs probablement aisés, originaires de Balleron, pour Pierre-Marie le mari, et d'Orvault, tout près, pour Perrine (Drion) son épouse. A l'époque du vitrail, ils vivent avec la mère de madame Plédel et ont un fils né en 1878 prénommé également Pierre-Marie (qui épousera sur le tard - 1921 - une certaine Marie Gaudin). Ils hébergent par ailleurs deux domestiques et sont des "propriétaires".

L'artiste sus-mentionné, Antoine Meuret, dont l'atelier est localisé à Nantes, a essentiellement travaillé pour des églises de Loire-Atlantique (Le Croisic, Rougé, Le Pouliguen, Missillac, Erbray, Grand-Auverné,...), d'Ille-et-Vilaine (Pléchatel, Lieuron, Saint-Just, Sixt-sur-Aff...) ou du Morbihan (Caden, Limerzel, Montertelot,...)."

J'avais oublié de préciser que l'atelier où oeuvrait Antoine Meuret, en association avec Félix Lemoine ou seul, fut actif dans la région de 1878 à 1896, date de son décès. Enfin, Pierre-Marie Plédel fut conseiller municipal.

Les vitraux Plédel sont au nombre de cinq, surmontés d'une rosace. Ils sont situés à l’extrémité ouest du transept.

Chaque vitrail comporte une scène ou une représentation principale, et à sa base un élément décoratif avec des arabesques florales, des blasons, la signature de l'artiste, la mention de la famille donataire.

1- Le premier vitrail montre le Christ devant une table où se trouve un calice doré. La tête appuyée sur son épaule, dans une pause d'abandon et de confiance : un personnage que mon éloignement du catéchisme m'empêche de situer. Le Christ pose affectueusement son bras sur son épaule tandis que de l'autre main, il tient une hostie.

2- Le vitrail suivant est consacré au personnage de Saint Pierre, reconnaissable à la grosse clé du Paradis qu'il tient dans sa main droite. C'est une figure de roi (il est d'ailleurs couronné). Derrière lui des prélats, à ses pieds un roi et un empereur agenouillés : le message est clair, l'Eglise domine les puissants du temporel. A gauche du saint, une inscription en latin de la fameuse phrase : "Tu es Pierre et sur cette pierre, etc...". L'auréole comporte aussi un texte : "Sancta Ecclesia".

3- Le vitrail central figure le Christ en gloire, au ciel sur un petit nuage, deux anges à ses pieds. Il est encadré dans une mandorle (eh oui), c'est à dire une forme qui rappelle l'amande, sur le faîte de laquelle une inscription en latin, "Venite ad me omnes", invite tout le monde à venir le voir (comme quoi, les invitations Facebook, c'est un peu du réchauffé...).

4- Le premier vitrail à droite, ensuite, est peut-être celui que je préfère. Un personnage couronné, lève un bras au ciel. Il est entouré de gens du peuple, disons, une famille avec le père et le fils aîné à l'arrière-plan et, à genou, la mère qui présente au Ciel un enfant emmailloté. La devise latine "Potius mori quam foedari", nous dit qu'il vaut mieux mourir que subir le déshonneur. Voire...En tout cas, c'était la devise d'Anne de Bretagne, la bonne duchesse de not' pays. Elle eut l'amour du peuple, ce qui explique sans doute sa présence sur cette figuration. La Bretagne est représentée par un calvaire et par une belle église, en teintes gris bleuté, perchée sur une éminence arborée.

5- Le vitrail le plus à droite est dédié à la crucifixion du Christ. Les Femmes sont à ses pieds et le soldat romain lui perce le flanc de sa lance. Dans l'arrière-plan, un peu au-dessus, les deux larrons sont visibles, ainsi qu'un autre légionnaire portant une aigle, et une tour crénelée : la scène semble dans un cirque, au bord d'une falaise. Si l'on regarde bien l'extrémité supérieure du vitrail, on peut distinguer deux anges dans les nuages et un faisceau de lumière descendant du ciel.


Ces compositions sont, comme je l'ai indiqué au début, soutenues par des petits vitraux décoratifs. Les deux les plus à l'écart ne sont que des fleurs stylisées. Celui qui est sous Saint Pierre représente les armoiries de l'Eglise (probablement, car le blason en l'occurrence n'a pas l'air très standard). Sous Anne de Bretagne, sans surprise, le blason herminé du Duché. Au centre, sous le Christ en Gloire, on trouve en correspondance les noms de la famille mécène et de l'artiste. En toute modestie, cela va de soi.

Enfin, la rosace tout au-dessus. Elle porte en son centre le Sacré-Coeur, d'ailleurs présent sur les vitraux Plédel également, porté en sautoir par les personnages. Normal, nous sommes dans la chapelle du Sacré-Coeur.

Voilà, le bavardage est fini : place à l'image et à bientôt pour la suite.















mercredi 6 mars 2013

Vitraux et merveilles (2)

Juste au-dessus de l'orgue, en face de la composition remarquable qui formait hier la matière de mon premier post sur les vitraux de l'église, se trouve une autre oeuvre du même vitrailliste, accomplie en même temps, et qui concerne également la famille de Becdelièvre (comme pour le post précédent, je mets les illustrations à la fin de l'article).

Ces vitraux évoquent : pour l'un à gauche, celui qui est, sans doute possible, le commanditaire de ces ouvrages : Henry de Becdelièvre, Marquis du Brossay, et, pour l'autre à droite : Louise Marie Emilie Jeanne Renault-Lagrange, sa défunte première épouse à la mémoire de laquelle il est dédié.


La composition de Jean Clamens suit en tous points celle qui lui répond de l'autre côté du choeur : une rosace avec les armes des deux familles et la devise des Becdelièvre coiffe les deux vitraux.

En hauteur sont figurés les saints patrons des deux dédicataires : Saint Henri, d'une part, et Sainte Emilie, d'autre part. Dessous, une scène emblématique de la vie des bienheureux est représentée.


Henry Louis Auguste de Becdelièvre est Marquis du Brossay depuis la mort d'un grand-oncle vers 1855. Il est né le 15 juin 1863, fils de Louis Marie Philippe et de Henriette Marie Elisabeth Le Viconte de Blangy dont on a pas mal parlé hier, je n'y reviens pas.

Le jeune homme est l'aîné d'une grande fratrie qui va se distinguer dans le sabre ou dans le goupillon, au choix : on y trouve en effet un officier de cavalerie, un sous-officier d'active en Afrique, une Carmélite, un Père Jésuite. Le plus pittoresque (si on ose dire) restant quand même un oncle "camérier secret de cape et d'épée de Sa Sainteté Léon XIII" (pour ceux qui auraient encore le front d'ignorer de quoi il retourne : c'est un laïc chargé au Vatican d'une mission particulière par le pape. On se demande bien laquelle, tonton résidant à Nantes...).

Henry Louis Auguste va épouser en premières noces Louise Marie etc... le 29 septembre 1892. D'elle, on sait peu de choses, sinon qu'elle naquit en 1862 et mourut sans postérité le 13 octobre 1915 à Angers.


Les vitraux de Jean Clamens, datés de 1916 comme ceux examinés hier, sont donc légèrement postérieurs à ce funeste évènement (Henry se remariera en 1917 avec Madeleine de la Fruglaye : de ce nouveau couple procédera la lignée des marquis du Brossay contemporains).

Disons-le de suite, l'iconographie de ces vitraux n'est pas très documentée. Comme souvent, il y a une brassée de Saints Henry et il est bien difficile d'y faire son choix. Quant à Sainte Emilie, c'est encore plus compliqué.

Le Saint Henry est représenté en évêque, crosse et mitre. Il s'agit selon toute vraisemblance de celui qui, parti en Finlande vers 1157, fut bien évêque (et martyr). Il était né en Angleterre, dirigea l’Église d’Uppsala et annonça l’Évangile aux Finnois. Il fut assassiné par un meurtrier qu’il s’était employé à convertir aux moeurs prônées par l’Église. Il fut donc en quelque sorte victime de son échec et ne bénéficie par conséquent pas de la palme académique des martyrs.

Juste en-dessous de cette belle figure épiscopale, on peut en effet observer une scène intitulée "Saint Henri enseigne la religion" où notre héros prêche à quelques personnes : un chevalier, une femme, un paysan qui arbore dangereusement une hache à son côté.


Sainte Emilie, quant à elle, est une belle jeune fille couverte d'un manteau pourpre. Elle tient à la main droite la palme officielle de la martyre. Mais la documentation ne signale pas de Sainte Emilie ayant subi des outrages quelconques, ni premiers, ni derniers. Il y aurait bien Saint Emile qui fut torturé et brûlé, mais ça ne fait pas notre compte pour autant.

Jean Clamens insiste cependant, dans son vitrail, sur cet aspect de la vie de ce personnage en produisant plus bas dans sa composition une scène de la vie de la Sainte qui a pour titre "Saint Emilie menée au supplice". Un soldat la ligote devant trois autres hommes dont l'un, assis sur un trône précédé de quelques marches, la montre du doigt (c'est impoli pourtant) et semble la condamner. Les deux autres personnages sont de profil et de dos : ce sont des docteurs peut-être, devant qui sont des rouleaux avec du texte.


Enfin, au pied des deux compositions artistiques s'étalent sobrement, d'un côté : "Henri, marquis de Becdelièvre 1863" ; et de l'autre : "A la mémoire de Louise Marie Emilie Jeanne Renault Lagrange marquise de Becdelièvre 1862 - 1915".

Que dire de plus ? Sinon : "Venez et appréciez !"











mardi 5 mars 2013

Vitraux et merveilles


Les vitraux des chapelles du transept de l'église de Guémené et ceux qui dominent le choeur et l'abside sont très intéressants aussi bien du point de vue artistique et patrimonial, que du point de vue historique et social.

En effet, ces vitraux colorés ont été fabriqués par des maîtres-verriers réputés de l'Ouest de la France et ils ont été financés par des familles qui comptaient à Guémené.

Je n'ai jamais entendu parler par personne de ces vitraux que tout le monde peut contempler depuis un siècle environ : ils sont là, fausse évidence, estompés par le regard routinier de ceux qui passent humblement pour leur Dieu et non pour l'art et la vanité des hommes.

C'est par hasard qu'à Noël dernier j'ai découvert que ces ouvrages comportaient une dédicace ou le nom d'un donateur, ainsi que celui de l'atelier où ils furent conçus et réalisés.

Je m'occupe à présent de la paire de vitraux et de la rosace qui se trouvent à la droite de l'autel (les illustrations sont en fin d'article).


Les deux vitraux sont dédiés à la mémoire de Louis-Marie Philippe de Becdelièvre, Marquis du Brossay, et à celle de son épouse, Henriette-Marie Elisabeth Le Viconte de Blangy. Ils sont l'oeuvre du vitrailliste Jean Clamens.


Philippe de Becdelièvre, né le 28 janvier 1830 à Nantes, était le lointain descendant (15 générations se sont écoulées) de Pierre de Becdelièvre, Seigneur de Bouëxic en Guipry.

Il était aussi le grand-père de feu le mari (et le marquis) d'Etiennette de Poulpiquet du Halgouët que je me rappelle avoir vue dans les années 60 compter son blé avec ses métayers du Brossay (ma mère croit se souvenir qu'enfant, à l'Ecole Sainte-Marie où elles fréquentèrent de conserve, il la fallait voussoyer).

J'en sais peu sur son épouse, sinon qu'elle était née en 1834. Le couple se maria à Paris le 1er mars 1859 dans le XIIème arrondissement d'alors (qui correspond à notre 5ème arrondissement d'aujourd'hui, mais plus étendu au sud et au sud-est). Ils eurent huit enfants dont Henry, leur aîné.

Le Marquis s'éteignit le 14 février 1882 en son château du Brossay à Guémené et la Marquise, en septembre 1905, à Guémené également.


L'artiste pressenti pour les vitraux s'appelle Jean Clamens. Jean Clamens est né à Toulouse en 1850 et est venu à Paris pour y étudier le dessin et faire carrière. Mais c'est en Anjou qu'il se fixe, vers 1875. En 1878, il travaille en tant que verrier pour la maison Truffier avec le gendre de Truffier et le figuriste verrier Victor Megnen.

Deux ans plus tard, après la retraite de Louis Truffier, Clamens s'associe et ouvre des ateliers situés au 1er du Boulevard du Roi René à Angers. Une succursale est ouverte à New-York, une seconde à Paris.

En 1895, l'association prend fin. Jean Clamens continue, aidé notamment de son fils Victor qui lui fournit les cartons pour les vitraux. A la mort de Clamens, en 1918, sa veuve poursuit encore quelque temps l'entreprise, aidée par le contremaître.


De Jean Clamens on admire, entre autres oeuvres, une importante série de vitraux sur la guerre de Vendée (en particulier la vie de Cathelineau, au Pin-en-Mauges).



Ses deux vitraux de Guémené représentent les saints patrons des dédicataires : Saint Philippe et Sainte Elisabeth.


Dans la partie supérieure des ouvrages, les deux saints sont figurés sous une sorte de dais. Comme chacun sait (!), Saint Philippe est un des douze apôtres. Il a pour attributs un livre et une croix rappelant qu'il fut finalement crucifié (la tête en bas, ça lui faisait les pieds).

Sainte Elisabeth de Hongrie était une princesse du 13ème siècle : d'où la couronne dont (comme on dit) est ceint son front. Elle était bonne et portait, en secret de son mari, du pain aux pauvres : celui-ci l'intercepte un jour et la questionne rudement : "Que caches-tu dans ton manteau, perfide ?" - "Des roses, mon doux seigneur...". - "Menteuse, fait voir !, rétorque le butor." Et voilà qu'en en effet, au lieu de pain, il s'agit de roses, bien miraculeusement comme prévu...

Sans surprise par conséquent, Jean Clamens a montré d'une part, Saint Philippe prêchant aux Juifs et, d'autre part, le miracle des roses de Sainte Elisabeth.

Le bas des deux vitraux est consacré à la dédicace et à la signature de l'oeuvre datée de 1916, soit donc de la dernière période du Maître qui mourut deux ans plus tard.

Une dernière mention pour la rosace qui surplombe les deux vitraux. Elle figure la couronne de marquis surmontant les blasons des deux familles : de sable à deux croix d'argent au pied fiché et tréflé accompagnées d'une coquille de même en pointe, pour les de Becdelièvre ; d'azur, à trois coquilles d'or, sans oreilles (?), pour les Le Viconte de Blangy.

On peut y lire encore la devise des Becdelièvre : "Hoc tegmine tutus" qu'on peut traduire par quelque chose du genre : "Voici un abri sûr".

Ce nouvel exemple témoigne une fois de plus du goût artistique assez sûrs des commanditaires des oeuvres qui ornent l'église de Guémené. Il devait donc régner sur nos chaumines de pauvres, vers 1900, une élite non seulement fortunée, mais aussi cultivée. C'est toujours une consolation.







Les couronnes nobiliaires, de chevalier à roi

lundi 4 mars 2013

Jeux d'enfants à la Hyonnais


Parmi les raisons qui m'amènent à écrire ces articles qui finissent par occuper tout mon temps libre, il y a l'inextinguible nostalgie des longues vacances familiales passées à La Hyonnais entre 1957 et 1969 environ.

Ce n'est pas un sujet très nouveau, et il offre de surcroît peu d'intérêt direct pour ceux qui s'aventureraient à en parcourir le développement que j'en propose aujourd'hui.

Tant pis, j'en ai envie.

La Hyonnais, ce n'est pas un fantasme. C'est d'abord un hameau au Nord du bourg de Guémené, mais c'est aussi des images qui immortalisent cette époque.

Ce hameau, c'était des gens et des lieux de jeu, un vaste théâtre de personnages et de décors où la pièce de notre enfance jouait ses actes estivaux.

Toute métaphore mise à part, nous y avons quand même donné une représentation "théâtrale" en août 1967 (très probablement), dans une grange antique aujourd'hui disparue, à laquelle tous les habitants étaient venus assister. Mon père m'avait fait parvenir par la Poste une vaste feuille de papier d'emballage sur laquelle nous avions peint un décor. Nous y avions représenté la campagne, avec une meule faite de morceaux de paille collés. A la fin du spectacle, il avait distribué des prix et je fus très mortifié que Serge, mon seul vrai ami d'enfance, qui jouait et improvisait un poivrot avec (trouvai-je) beaucoup d'exagération, reçût le premier prix : une pièce d'un demi-franc...

Serge, d'ailleurs, fait toujours du théâtre amateur : qui sait si sa vocation durable ne vient pas de ce lointain épisode moliéresque...

La Hyonnais, c'était des gens et un décor. Pour les évoquer, j'ai pris un extrait de cadastre où j'ai marqué des repères numériques que je vais commenter.



1 - La maison de Grand-Mère Gustine : une pièce sans eau courante où l'on vivait. Séparé par un épais mur : le cellier plein de vieilles barriques à cidre toutes noires où je venais planter, sur mon petit établi, des clous dans des bouts de bois (ce fut une grande occupation de mon enfance, avec une prédilection marquée pour les croix. Comme quoi le passé ne prêche pas forcément pour l'avenir).

1bis - L’écurie et le poulailler (ancienne soue à cochons), en face la maison de Grand-Mère. C'était un endroit mystérieux où un cheval, paraît-il, avait vécu. Quand il pleuvait, nous y venions "battre le blé", c'est-à-dire passer des paquets de foin sur la roue de la vieille et lourde brouette (berouette) à battants de bois que nous faisions tourner en faisant un bruit de moteur avec la bouche.

2- La maison des voisins et amis par excellence : René et Lucienne et leurs deux fils, Serge et Marc.   Je n'en dirai pas plus, sauf à trahir ce que fut leur gentillesse en dépit d'une vie difficile qu'un livre suffirait à peine à décrire dans toute son ampleur.

2bis - Le cellier et les "ruines" de René. Il faisait nuit noire dans ce cellier. Les hommes s'y glissaient pour une bolée, c'est-à-dire une verre Duralex qui faisait le tour des présents. Mon père ne dédaignait pas d'y passer à l'occasion. Le linteau de bois de son entrée était la potence des poules et lapins voués à la marmite...Il y avait à côté, dans les "ruines", une magnifique cheminée à corbelets de pierres bleues, que l'on aperçoit sur une photo que je propose ci-après. C'était sans doute la demeure des Rochedreux de la Hygnonnais, nobliaux de robe du XVIIème siècle qui possédaient la terre alentour. On dit que des souterrains en partent, vers la Vieilleville, en face, ou la Vieillecour, derrière.

2ter - Le jardin de René. Un vrai vieux jardin paysan, un peu abandonné par endroit, avec des fruits, pommes, poires, pêches, abricots, cerises, prunes, noix, ce qui me paraissait magique d'un point de vue parisien.

3 - Le "petit pré". Vestige d'antiques et abscons partages de famille, une langue de terre partait au sud de la cour de la maison. C'était la cour de récréation, l'endroit où s'édifiait la cabane rituelle faite de perches de bois et de sacs en plastique à engrais, dans laquelle nous faisions de la farine avec un moulin à café. A côté, un portique à balançoire, très rustique, dont les montants bougeaient...y avait son siège.

4 - Le puits. Chacun sait qu'à l'époque ce n'était pas un accessoire pittoresque du décor campagnard. On y puisait toute l'eau dont on avait besoin jusqu'à l'arrivée du "service d'eau". Un jour, un chat y était tombé. Notre voisin René, encordé et retenu par notre autre voisin Roger, y descendit pour ramener la pauvre bête : je revois la scène comme si j'y étais (j'y étais).

5- Le jardin de Grand-Mère Gustine. Il fallait se couler derrière le puits par un passage ménagé dans une sorte de haie. Une petite porte de bois, et l'on pénétrait dans le jardin de Grand-Mère. Je pense qu'il devait faire 2 mètres de large sur 10 mètres de long, pas plus. Autant dire qu'on n'y trouvait que l'essentiel. J'ai souvenir de poireaux, d'oignons, d'un poirier maigrichon, des glaïeuls et des dahlias qu'on emportait au cimetière. Dans un autre registre de senteurs, c'était aussi l'endroit discret des besoins qu'on ne pouvait assouvir "à découvert", selon l'habitude du pays. J'y partais fièrement avec la "tranche" à piquer les poireaux.

6- La maison d'Estelle. Personne ne l'aimait dans le village et on l'appelait "la vieille". De temps en temps, elle nous régalait pourtant d'un petit verre de crème de cassis. Mais rien n'y faisait et la haie de yuccas qui bordait son pignon, où quelques fois nous venions nous piquer au grand dam de nos parents, était la meilleure expression de son caractère (supposé).

6bis - La grange d'Estelle. Nous n'avions pas trop le droit d'aller par là. Elle venait de temps en temps nous en chasser. Nous fuyions quand nous apercevions sa petite silhouette en blouse imprimée, surmontée d'un grand chapeau de paille à ruban.

7 - La maison de Roger. Peu à dire sur cette maison. Mais je suis redevable pour toujours à ses habitants de m'avoir fait découvrir la vie de la campagne, l'odeur de la terre et du bois et les vaches.

7bis - Le champ à Roger. Situé derrière les "ruines" de René, c'était l'autre terrain de découverte. On y courrait, on y montait aux arbres, on s'y reposait, on y ramassait les petits rosés des prés en septembre. J'ai le souvenir d'une chaude journée d'été où nous étions allés en fin d'après-midi nous y poser sur une couverture dans l'ombre bienfaisante des bâtiments de René. Il y avait là notamment Lucienne, la maman de Marc et Serge. Tout le monde s'adonnait à des travaux de couture, de broderie ou de canevas (mon cas).

8 - L'étable à Roger. C'était une coutume que d'aller chercher les vaches, le soir. Quoi de plus docile, mais quoi de plus étrange que ces gros animaux idiots pleins de bouses et de mouches, beuglants et lourds. Nous avions aussi le privilège de les "nacher" : pour cela, il fallait marcher dans l'étable empissée et passer le bras tendrement autour de la grosse tête du bovidé, nos petits bras nus d'été frottant leur poil rêche. Je revois Christiane, la joue affectueusement collée au flanc de la bête, sur son petit trépied, tirant les pis d'où sortait le lait. Evidemment, tout cela me paraissait très peu hygiénique. Au passage, on ramenait pas mal de puces de nos divers côtoiements animaliers...

9 - La maison du Père Després. Les enfants sont cruels. Le bonhomme Després était sans doute la bonté même, mais il faisait un peu peur. Il avait une face de crapaud sombre et grumeleuse que trouaient de petits yeux bleus aqueux cerclés de rouge. Il avait une voix rauque de poitrinaire. Il habitait seul sa petite pièce obscure où on le trouvait près de sa cheminée à l'ancienne. Je venais le voir régulièrement car il me demandait de lui acheter au bourg, où je me rendais à vélo pour faire les courses, du tabac à chiquer. Il prenait ses sous dans un vieux porte-monnaie avec ses doigts gourds, et à mon retour, en échange de sa "carotte", il me gratifiait d'un bonbon. Il me semble que son regard et toute son attitude indiquaient qu'il aimait les enfants.

10- La maison de la Mère Boussaud. Je n'ai jamais su l'orthographe de son nom. Ni son prénom ni celui de son mari, homme taciturne et effacé. C'était une vieille bigote à l'ancienne qui ressemblait à une sorcière (regard d'enfant). La preuve : elle vivait "à l'ancienne heure"! Édentée aux joues creuses, on ne comprenait pas grand-chose de ce qu'elle racontait. Notre grande joie était d'arriver à  lui faire chanter des cantiques...Je ne sais quels arguments nous utilisions, mais toujours est-il qu'elle nous en a chantés (faux). Elle avait un neveu ou un petit-fils séminariste, je crois, qui roulait en 2cv (évidemment) et à qui elle vouait une grande admiration. Malheureusement pour elle, il bifurqua avant d'arriver à la prêtrise.


Et maintenant qu'elle "pièce" jouions-nous ?

Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'en écrire beaucoup. Voici quelques photos de La Hyonnais et de ses anciens enfants, et puis la vidéo déjà postées naguère de la "cavalcade des enfants" dans le décor des bâtiments et de la nature de ce hameau. Tous les enfants qu'on y voit s'amuser sont toujours vivants, mais ne s'amusent plus guère.











  





  

dimanche 3 mars 2013

Hippolyte Martin, Maître d'école à Guémené vers 1900


Qui se souvient d'Hippolyte Martin, le Père Martin ?

On pouvait écrire encore, il y a près de 50 ans, que "les anciens s'en souvenaient avec respect". Mais les anciens d'il y a 50 ans...

Il vécut 23 ans à Guémené, de 1890 à sa retraite en 1913.

Instituteur, il fut nommé Directeur de l'Ecole Publique de Guémené en 1901, année où il reçut également la médaille d'argent, récompense tout honorifique. Cela fut d'ailleurs signalé dans le Journal des Instituteurs.



On raconte que le député Fidèle Simon de Guémené était allé à Fay où il enseignait précédemment, lui demander de rejoindre Guémené. Un homme de bonne réputation donc.

Il arriva à Guémené avec une fille, Emilie qui fut également institutrice laïque, au côté de son père. Il eut six autres enfants, nés dans cette commune.

Sept enfants au total, mais aussi sept classes (350 élèves paraît-il !), à quoi s'ajoutaient des cours pour adultes, des conférences, un champ d'expérience. Bref, un homme actif, l'idée que l'on se fait de l'instituteur de la IIIème République.

Après avoir servi, il se retira à Messac, puis à Nort-sur-Erdre et il mourut à 87 ans en 1939, chez sa fille aînée l'institutrice, à Pornichet.

Hippolyte Martin était né le 1er juin 1852 dans un hameau de la commune de Nort-sur-Erdre. Son père était un journalier de 48 ans qui ne savait pas écrire, et ne signa donc pas l'acte de naissance de son fils.