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samedi 16 février 2013

La statue sur la paille

Voici un document rare que je dois à la compréhension de Bruno et à l'amitié de sa tante, deux fervents guémenois. Il s'agit du transport de la statue qui domine, dans le cimetière, le monument aux morts.

J'ai traité de cet élément important du patrimoine guémenois dans plusieurs posts un peu anciens.

Pour rappel, le sculpteur de cette oeuvre se nomme Louis Henri Nicot, rennais d'origine, dont l'atelier se trouvait alors à Paris. Il prit pour modèle une jeune femme de Guémené, une demoiselle Testeau, qui, devenue madame Masclau, fut une farouche (selon ma mère) institutrice laïque.

La statue est taillée dans un granit breton particulier (la kersantite) et le monument fut inauguré fin août 1923 : la photo ci-dessous doit par conséquent être légèrement antérieure à cette date.

L'inauguration fut d'ailleurs une grande fête dans la commune, comme le relate un  article de Ouest-Éclair reproduit dans un article précédent. Le financement du monument fut en partie le fruit de la contribution des habitants, les facteurs étant mobilisés pour cette quête...

Selon toute vraisemblance, Louis Henri Nicot avait sculpté son oeuvre dans son atelier parisien ou bien peut-être encore à Kersanton, dans le Finistère, où se trouvaient les carrières de granit. Toujours est-il qu'il fallut la rapatrier sur Guémené par train.

La scène du cliché se situe quelques moments après le débarquement de la statue à l'une des deux gares de Guémené, celle probablement située en bordure de la route de Redon. L'attelage de boeufs  aura remonté cette route jusqu'à la Cure et de là aura bifurqué par l'avenue de la Victoire qui passe devant la caserne de gendarmerie, l'école publique, la minoterie Lucas aujourd'hui démolie, le vélodrome, puis débouche devant le cimetière.

C'est là que nous sommes, devant l'emplacement du futur monument au morts, que l'on ne voit pas, et devant la maison qui, restaurée, abrite aujourd'hui la marbrerie funéraire Guillet. Je reproduis ci-dessous, via deux captures d'images Google Street View, l'endroit où posent l'attelage et les badauds de 1923.



On distingue en réalité très bien, sur la photo ancienne, la petite foule qui accompagne l'homme qui, à droite, dirige les boeufs bâton à la main et sabots aux pieds, .

Elle ne comprend que des hommes dont deux portent de jeunes enfants qui, théoriquement, pourraient encore être vivants (et fort âgés). A hauteur de la tête de la statue et tout près d'elle, le chef couvert d'un chapeau, se trouve l'artiste Louis Henri Nicot.

La statue, ainsi veillée par son créateur, repose sur de la paille, enchaînée, portée par un étrange chariot bas à roues de fer. C'est comme une condamnée qu'on traînerait à son dernier supplice, une pauvre hère conduite à son ultime demeure.

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