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samedi 15 juin 2013

Détails de Juzet


Il n'y a rien de plus "carte postale" que le château de Juzet, datant de 1854, que l'on doit à l'initiative d'Amaury de Poulpiquet du Halgouët et aux dessins de l'architecte Jacques Mellet qui sévissait dans la région.

J'ai une certaine prédilection pour la Vallée, le moulin de Juzet, le château, le Thenou (la vallée, en breton),... : je ne m'en suis guère caché dans ce blog.

Ce matin, la journée s'annonçait propice aux excursions, et puis je cherchais à vérifier la présence, dans ces parages, d'une certaine bâtisse dotée d'un clocheton. C'est donc la joie au coeur et l'appareil photo en bandoulière que je me suis dirigé vers ce lieu magique, hanté du souvenir d'une activité humaine passée dense dont témoignent les nombreuses maisons en ruines qui jonchent le bord de la petite route qui y serpente.


J'ai trouvé assez vite mon clocheton ...


...et suis passé à l’exécution d'une idée qui me trotte dans l'esprit depuis quelque temps : apporter un regard différent sur le château de Juzet, en en montrant des détails.

J'adore les détails des bâtiments, surtout de ceux qui paraissent pouvoir s'en passer et dont l'aspect général suffit à assurer l'intérêt et la renommée. Les détails en passent inaperçus, alors qu'on a quand même le sentiment que c'est ce qui a requis le plus de travail à l'architecte et au sculpteur ! Bref, les détails sont de la confiture pour les cochons.

J'adore d'ailleurs la confiture, également, mais c'est une autre histoire.

La façade du château qui surplombe le moulin de Juzet présente précisément pleins de particularités tout à fait intéressantes.



La partie centrale de la façade est la plus remarquable, quel que soit l'étage du bâtiment que l'on considère.


Elle est composée en pierres de taille (le reste de la façade étant crépie). Les fenêtres de plein cintre sont fermées de persiennes rouillées. La clé de voûte de l'arc de chacune de ces ouvertures est décorée d'un insigne nobiliaire.

Amaury de Poulpiquet du Halgouët a épousé, en 1849, Amicie de Gibon de Kerisouët et ils filent le parfait amour. Ce sont des familles de vieille chevalerie bretonne, d'où les deux casques (heaumes) à cimier qui apparaissent en haut, de profil, et se regardent les yeux dans les yeux.

Celui de gauche a pris un coup sur la cafetière et semble assez cabossé. Pas sûr que cette blessure ait été attrapée à la guerre...



Si l'on descend à l'étage inférieur, ce sont les armes des épousés qui cette fois décorent les clés de voûte.

A gauche, Poulpiquet du Halgouët et à droite, Gibon de Kerisouët.

Les armes du mari sont surmontée de la couronne de marquis (apparemment). Au centre, le blason où l'on reconnaît trois volatiles. Normalement, si les pierres étaient en couleur, cela donnerait : d'azur à trois poules (ou palerons) d'argent, becquées et membrées de gueules (sable). En français : trois pies huîtrières au bec et aux pattes rouges ( ou noires) sur fond bleu. Ces armes sont visibles sur certains vitraux de l'église de Guémené (je renvoie à mes posts sur le sujet).

La présence des oiseaux dans les armoiries des Poulpiquet viendrait de l'étymologie de ce nom : Poull-piked = pies de mare, en breton. Pour mémoire, la devise de cette famille : "De peu assez". Je ne leur fait pas dire.


Les armes d'Amicie, sa femme, supportent une couronne comtale un peu amochée (en principe, chaque pointe de la couronne se termine par une boule, comme celle que l'on voit de face). Pareil pour le blason : de gueule à trois gerbes de blé. Autrement dit : trois gerbes de blé sur fond rouge.


Il temps maintenant de lever le regard.



Le fronton ouvragé qui orne toit encadre deux fenêtres plus petites. Sa partie la plus élevée est vraiment étonnante. On y voit en effet un personnage qui a fort belle allure et qui semble plus frais que le reste des ornements.

La bonne bouille de ce probable ancêtre paraît sortir de la pierre comme d'une ouverture et, pour peu, on croirait celle d'un vivant. Cette tête est pourvue de fort belles bacchantes et d'un joli bouc. Elle est couverte d'un petit chapeau fort seyant agrémenté d'une longue plume qui descend très élégamment sur le côté (on peut trouver néanmoins que le chapeau est un peu étriqué et haut perché sur le crâne). Admirons la collerette et la fraise finement sculptées autour du cou de ce noble de l'époque Henri III ou IV !


Comme pour les autres fenêtres, des colonnes à chapiteau sont représentées dans la pierre. Le bas du fronton est quant à lui encadré de deux petites balustrades et de quelques arabesques de pierre.



Les autres éléments remarquables sont à nouveaux des encadrements de fenêtre, qu'ils s'agissent de  ceux sur le toit ou sur les tours. On remarque d'une part le goût des conques et, de l'autre, le côté rétro des meneaux de pierre qui divisent en quatre les ouvertures des tours. Si on regarde bien, on relève les nombreuses toiles d'araignée qui tiennent lieu de rideaux...et le piteux états des boiseries des fenêtres...







Bon ben voilà pour aujourd'hui. On verra ce qu'on peut faire demain.

4 commentaires:

  1. Bel oeil ... et sans doute bel appareil photo ! Je n'avais jamais vraiment remarqué la dentelle du faîte du toit.

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    1. Merci à nouveau de votre sympathique commentaire! Les toits sont pleins de surprises... Probablement parce que ce sont des endroits à l'abri du regard : alors, l'imagination des artistes se débride et se met à nu.

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  2. Bonjour, Merci pour votre article. Je comprend que le chateau a appartenu à la famille Poulpiquet du Halgouët et qu'il été renové à partir de 1854. Je voudrais savoir un peu plus sur la famille et si elle était encore propriétaire à la fin du 19e siécle ou pas? Est-ce qu'il y aurait eu d'autres familles qui y habitait? Merci.

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    1. En 1896 vivaient sur la propriété le propriétaire du château, Amaury Poulpiquet du Halgouët, son épouse et leurs deux enfants en bas âge, Germaine et Amaury.
      Y vivaient également un régisseur (Louis Jarret), un jardinier (Jean Marie Polisson), deux cochers (JB Perraud et Julien Hallier), un cultivateur et sa femme (Maurice Parageau et Claire) et du personnel de service : Marie Leparoux et Marie Lesage (femmes de basse cour), Marie-Thérèse Lemenel (bonne d'enfants), Anne-Marie Querard (cuisinière).
      La famille du Halgouët est toujours dans le château en 1931.

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