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dimanche 10 juillet 2016

Antique Guémené


La récupération de vieilles photos auprès de Jacky Michel et de la mairie de Guémené me permet de mettre à disposition de tous (ce "tous" est certes un peu présomptueux) des clichés inédits.

Ce matin il faisait beau - il paraît d'ailleurs que cela ne va pas durer - et je suis donc parti en repérage avec l'idée de confronter anciennes et actuelles vues de divers lieux du bourg représentés dans le fonds photographique dont je dispose.

Je suis d'ailleurs preneur de tous les fonds photographiques concernant la commune et son passé, à bon entendeur salut !...

Voici donc huit "avant - après" de Guémené :


- Guémené-Penfao 1899 :

Il s'agit de quatre photos prises en 1899, probablement au même moment. Elles portent pour deux d'entre elles sur les courses hippiques, pour une troisième sur un concours de chevaux et enfin, pour la dernière, il s'agit d'un taureau appartenant à la famille du photographe.

Il est possible que ces quatre clichés aient été pris lors du Comice agricole, car non seulement les Comices étaient l'occasion de divers concours, notamment d'animaux, mais ils étaient souvent accompagnés de courses hippiques.

Je n'ai pas été à Lizien car la prairie où se déroulait jadis les courses de chevaux ne peut plus être qualifiée aujourd'hui d'hippodrome. En revanche, j'ai retrouvé l'endroit où se tenait le concours de chevaux : il s'agit de la rue de Beslé, juste derrière la mairie. 

La photo du taureau est bien entendu prise place Simon : elle montre la rue de l'Hôtel de ville, avec à droite le "Bon Marché", aujourd'hui un café, et l'hôtel du Petit Joseph.

































Le Chalet :

C'est là que je vins quelques jours en septembre 1987 quand mon premier fils avait un mois. Il brailla une bonne partie de la nuit dans le silence de cet hôtel...

Voilà donc une photo montrant la bâtisse à la fin de sa construction, en 1904. Un bâtiment complémentaire existe aujourd'hui, accolé derrière.

Assis sur un banc, entre le "Chalet" et le moulin à droite, le propriétaire de l'époque, sans doute. A noter que c'était une demeure à usage privé, au départ, transformée en pension de famille, puis en hôtel, par la suite.



















- "Château-Gaillard" :

Je ne connais pas l'origine du nom de ce petit bâtiment qui faisait l'angle de la rue de l'Hôtel de ville et de la rue de Beslé, à côté de la mairie. J'ai connu une boulangerie à cet emplacement occupé aujourd'hui par une agence immobilière.





















- Petite place près de la mairie :

La photo ci-après a été prise vers 1900. On distingue, de gauche à droite : une pâtisserie, la quincaillerie Haméon, une pharmacie et l'Hôtel du commerce.




- Rue de l'Eglise :

Cette photo qui date probablement des années 60 - 70 est prise rue de l'Eglise, à l'angle où une ruelle rejoint la rue de Mirette. La grande maison accueillait au rez-de-chaussée le magasin de chaussures de madame Bréger. Le petit appentis sur le côté hébergeait un cordonnier.




- Épicerie Lepage :

Un autre cliché des années 70, peut-être : l'épicerie Lepage, à l'angle de la petite rue de Mirette et de la rue de l'Hôtel de ville. A côté, le salon de coiffure Rousseau.




















- Café charcuterie Jarnot :

Située place de l'Eglise, la façade de cet établissement a été grandement remaniée.

Les personnages sur le vieux cliché qui date du milieu ou de la fin des années 20, font partie de la famille de Jacky Michel : sa grand-mère, dans l'embrasure de la porte, et sa (future) mère récemment décédée, en robe à carreaux.

















- Le café Alex Rouaud :

Placé à l'angle des rue de l'Eglise et de l'Epée, c'est aujourd'hui le café "Tempo".























Voilà c'est fini pour aujourd'hui. Mais d'autres photos sont encore à venir. Patience.

dimanche 3 juillet 2016

La vie extraordinaire de Pierre Au(guste) le fou


"La route de l'excès mène au palais de la sagesse"
William Blake, Le mariage du Ciel et de l'Enfer


Pierre Auguste Leroy a vécu en de nombreux endroits. C'est toutefois sur la commune de Guémené qu'il a effectué la plus longue (et dernière) étape d'une vie aventureuse, marquée par une certaine exaltation. En voici l'histoire, sauvée du naufrage de l'oubli par des universitaires canadiens et une main anonyme de Guémené.

Le texte écrit par cette dernière, ainsi que la photographie qu'on trouvera plus loin dans cet article, proviennent d'un fonds photographique et documentaire récemment transmis à la Mairie de Guémené par Jacky Michel, dont l'existence est consacrée à la sauvegarde des belles choses, notamment celles qui concernent sa commune. Que lui-même et la Mairie de Guémené en soit remerciés.


Pierre Auguste Leroy est né le 20 février 1846 à Mauves près de Nantes. Il est le fils de Pierre Leroy, médecin, et de Marie-Anne-Rosalie Lebreton.

Depuis sa plus tendre enfance, il veut être missionnaire afin de pouvoir mourir martyr de la foi catholique. Bon, papa a d'autres vues en tête pour son fils, qu'il verrait bien médecin comme lui.

A l’âge de 14 ans, toujours travaillé par sa manie, il supplie en vain son père de le laisser joindre les rangs de l’armée du pape. C'est que sa Sainteté vient de se prendre une déculottée avec la défaite de Castelfidardo, le 18 septembre 1860 en Italie près d'Ancône, suite à laquelle toute l'Italie sauf Rome sera réunie en un seul royaume.

Cahin-caha, le jeune exalté poursuit ses études et devient bachelier ès lettres le 16 août 1864 à Rennes (puis ès sciences). Il est entré au collège de Couet, Loir-et-Cher pour y achever son cours classique et, en 1867, ayant atteint l’âge de la majorité, il abandonne ses études de médecine, auxquelles il avait été contraint par son père.

Du coup, il s'enrôle dès le lendemain de la bataille de Mentana (près de Rome, bataille qui s'est soldée cette fois par une victoire du pape auquel Garibaldi voulait enlevé Rome), dans le 3ème bataillon des zouaves pontificaux.

Au terme de son engagement de six mois, en mai 1868, il croit pouvoir réaliser sa vocation en entrant chez les cisterciens, à l’abbaye d’Aiguebelle, près de Donzère dans la Drôme. Moins d’un an plus tard, ses supérieurs le forcent à retourner au laïcat afin de refaire sa santé détériorée par les privations excessives qu’il s’est imposées...

On croit aussi l'avoir vu également à l'abbaye de Bonnecombe, dans l'Aveyron, et à celle de Meilleraye, en Loire-Inférieure, près de chez nous.

Viré des abbayes, Pierre Auguste commence à s’intéresser à l’éducation (et après la guerre de 1870, il touche une (mini) pension).

Il fut professeur probablement un certain temps. Au début de l’année 1874, il publie à Lyon un premier ouvrage pédagogique intitulé "Commentarii de bello Helvetio" ,  une nouvelle méthode pour apprendre le latin en peu de temps.

En effet, passée la manie de faire le zouave (pontifical), celle d'écourter l'apprentissage du latin va l'envahir.

Le 2 février 1874, il demande au ministre français de l’Instruction publique (un certain Oscar Bardi de Fourtou, tout un programme !) d’expérimenter ses méthodes pédagogiques qui, soutient-il, peuvent abréger les études secondaires de moitié, rien de moins. 

Son expérience le conduit à considérer que le système d’enseignement classique a été un obstacle dans la recherche de la voie que lui a tracée la Providence. Chaque homme a une mission particulière à remplir qui lui est indiquée dès l’enfance par "des signes à peu près certains". Or, le système d’enseignement classique, autoritaire et contraignant, ne tient pas compte de la vocation des enfants.

La mémorisation occupe une place excessive, et les pertes de temps à apprendre des matières inutiles grèvent une grande partie du temps que l’enfant devrait mettre à exercer sa créativité, à apprendre un métier et, ainsi, à réaliser ce pourquoi la Providence a permis qu’il vive. 

Oscar Bardi de Fourtou ne fut guère sensible à cette thèse : éconduit en France, Pierre Auguste cherche du côté du Canada, dont il a entendu parler à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1867, dans l’espoir qu’on y accueillera son "invention".

Leroy arrive à Québec le 6 mars 1874 avec l’intention d’y introduire une nouvelle méthode visant à réformer complètement l’enseignement classique. Approchant la trentaine, il entreprend une réflexion sur son passé qu’il perçoit comme une suite d’échecs et de "souffrances".

Dès son arrivée à Québec, Leroy se présente à l’abbé Thomas-Étienne Hamel, supérieur du séminaire de Québec, et propose qu’on lui accorde une classe pour qu’il puisse mettre à l’essai sa méthode d’enseignement du latin. 

Le 8 avril de cette même année 1874, il est invité à prononcer une conférence sur le sujet devant les professeurs du séminaire. En dépit de l’intérêt que suscitent ses propos, on lui refuse ce qu’il demande. 

Il s’adresse alors à Gédéon Ouimet (un nom prédestiné en politique), premier ministre et titulaire du ministère de l’Instruction publique de la province de Québec qui accepte de présider la deuxième conférence que Leroy prononce, le 30 avril, à l’école normale Laval, à Québec, devant le maire, les notables et de nombreux journalistes. 

Le lendemain, bon nombre de journaux font l’éloge de sa méthode. Napoléon Legendre, rédacteur adjoint du Journal de l’Instruction publique, souhaite même que le gouvernement lui vienne en aide. 

Ouimet lui octroie la subvention et le local demandés, et Leroy annonce qu’il donnera, à compter de septembre 1874, un cours expérimental de trois ans qui comprendra toutes les matières – à l’exception de la philosophie – exigées en France pour l’examen de baccalauréat ès lettres qui sanctionne les études secondaires.

Cependant, certains professeurs considèrent cette nouvelle méthode trop exigeante car elle les oblige à fournir un enseignement quasi individualisé (sacrés feignants !). Leroy leur répond dans les journaux sur un ton agressif et polémique. 

Et pour prouver qu’il a raison, il propose de tenir, avec sa trentaine d’étudiants, des examens publics tous les trois mois afin d’exposer les progrès réalisés. Le succès de ces examens est tel que Leroy s’attire de nouveau des éloges pour sa méthode. 

En décembre 1874, Joseph-Édouard Cauchon, du Journal de Québec, vante les mérites de l’homme et de l’œuvre, et Napoléon Legendre conserve, pour sa part, le même enthousiasme. L’abbé Antonin Nantel, supérieur du séminaire de Sainte-Thérèse, prédit un triomphe prochain à Leroy et souhaite que la force de l’opinion publique réussisse à vaincre les résistances. 

L’abbé Dominique Racine, supérieur du séminaire de Chicoutimi (quartier de la ville de Saguenay à une centaine de kilomètres au nord de Québec), témoigne des résultats positifs de cette méthode, après en avoir fait l’essai dans son institution. 

Mais, en 1875, la subvention de Leroy n’est pas renouvelée, le gouvernement Ouimet ayant été défait dans le sillage d'un scandale politique. Cet événement et la surcharge de travail qu’il s’est imposée pour établir sa réputation à Québec affectent la santé mentale de Pierre Auguste. Retiré de l’enseignement, il commence une vie d’écriture, de polémique et d’errance.

Convaincu qu’il doit réformer l’enseignement pour accomplir sa mission providentielle, Leroy retourne en France à la fin de 1875, dans le but d’intéresser le supérieur de l’abbaye d’Aiguebelle à la fondation, dans la province de Québec, d’un collège qu’il dirigerait lui-même sur le modèle d’un monastère, où les étudiants vivraient, avec quelques adoucissements et adaptations, la règle de saint Benoît. 

Un tel milieu permettrait l’application de sa méthode et contribuerait à sa diffusion. Les étudiants, admis gratuitement dans cette institution, occuperaient une partie de leur temps à l’apprentissage d’un métier et en sortiraient préparés à occuper la place à laquelle ils sont prédestinés.

Ne pouvant trouver d’encouragement en France, Leroy revient, en 1876, à Québec, où il essuie le même refus de la part de l’archevêque Elzéar-AlexandreTaschereau. Il se rend alors à Chicoutimi où il rencontre le père Charles Arnaud, oblat de Marie-Immaculée, apparemment favorable à son projet. 

Au lendemain de cette rencontre, Leroy, enthousiaste, multiplie les démarches pour faire nommer Arnaud premier évêque du diocèse de Chicoutimi. Il écrit avoir des preuves miraculeuses que ce dernier est désigné par Dieu pour occuper ce poste et devenir l’agent providentiel de la réforme qu’il propose. 

Il harcèle en ce sens l’archevêque de Québec et le délégué apostolique Mgr George Conroy, tout en rédigeant des brochures et des articles de journaux à ce sujet. Mais, en dépit de ces initiatives, on nommera Dominique Racine à la tête du diocèse de Chicoutimi en 1878. Comme quoi y a pas d' bondieu...

Depuis 1876, la crédibilité de Leroy a beaucoup diminué à Québec. Les journaux refusent de le publier de telle sorte qu’il doit fonder sa propre feuille, la Volonté. Celle-ci, distribuée gratuitement, paraît irrégulièrement en 1876 et 1877. Rejeté, on le qualifie maintenant, écrit-il, de "brebis galeuse" que "les bonnes femmes de Québec regardent comme un vrai diable", à l’égal d’un "ministre protestant". C'est dégueulasse !

Cette réputation ne tient pas exclusivement à ses extravagances, elle repose aussi sur le fait que le clergé, depuis qu’il a refusé d’appuyer son projet, est devenu la cible de ses attaques...

Sans argent, Leroy quitte Québec à pied, en 1878, et échoue à Saint-François-du-Lac, dans le comté d’Yamaska. Il est alors hébergé par un habitant de la région moyennant l'engagement de prodiquer un enseignement à son fils. 

Au printemps de 1879, il se rend à Saint-Hugues et occupe un poste d’instituteur à l’école élémentaire où, pendant un peu plus d’un an, il éprouve beaucoup de satisfaction à mettre à l’essai sa méthode auprès de très jeunes élèves. 

Mais, encore là, ses obsessions le poursuivent et il abandonne ce poste pour se consacrer à sa vocation de réformer entièrement et radicalement le système d’éducation.

Un héritage inattendu permet à Leroy de se rendre en France vers la fin de 1881. Il y continue de chercher un collège où il pourrait amorcer sa réforme ; à cet effet, il demande, en vain, à l’évêque de Nantes qu’on lui confie le poste de supérieur du collège de Couet. 

De retour dans la province de Québec à la fin de 1883, il tente de convaincre, l’année suivante, le nouveau délégué apostolique, Mgr Joseph-Gauthier-Henri Smeulders, de la nécessité de remplacer Mgr Racine par le père Arnaud, à la direction du diocèse de Chicoutimi. 

En 1885, il se rend même à Rome pour intercéder en faveur d’Arnaud. Il prétend reconnaître en ce missionnaire oblat le futur pape "dont parlent les prophéties". N’ayant pu obtenir gain de cause, il revient à Québec à la fin de la même année. 

Il se croit alors espionné par la police républicaine française et rentre, en 1886, dans son pays natal où il vit en fugitif : revolver en poche, il cherche, sur les routes de France et de Suisse, à échapper aux agents secrets qui le surveillent sous de multiples déguisements.

On le retrouve en Loire-Inférieure en 1898. Après être allé à Moisdon-la-Rivière où son père a un cabinet et où sa demi-sœur Camille Leroy s'est mariée, sans doute pour demander de l'argent, il est à Guénouvry, section de la commune de Guémené-Penfao, où il achète un petit lopin de terre aux Blandin, 

Les Blandin sont deux des trois familles du Point-de-Vue, un hameau de Guénouvry situé sur la colline en face de la chapelle Sainte-Anne de Lessaint. Alexandre Blandin (1894) et Jean Blandin (1880) y demeurent avec femmes et enfants.

Avec de très grosses pierres, une cahute est construite sur une butte près du hameau. Le toit est fait de plusieurs épaisseurs de planches. Une ouverture à l'ouest, par laquelle il faut descendre et à gauche une maie sert de lit. Pas de drap, pas de couverture, de table ni de vaisselle, pas de porte, seulement un trou au sud...

Dans le fond de la cabane, une sorte de niche sert de bibliothèque. Leroy écrit beaucoup sur une planche posée sur ses genoux. Il reçoit beaucoup de docteurs, notaires,...Il donne un coup de main dans les fermes pour avoir son pain et mange surtout des pommes de terre.

La famille Guihot du hameau de la Débourgère le reçoit souvent. La fille aînée Jeanne-Marie lui coupe les cheveux et taille sa barbe. M. Leroy n'est pas sale et n'a ni poux, ni puces. La Débourgère est une ferme isolée ; la famille Guihot compte cinq personnes, la fille aînée, Jeanne étant née en 1915 (sa vocation de coiffeuse était donc précoce).













A la messe, il se place dans la chapelle des hommes et interpelle le prêtre pendant le sermon. Il est même virulent. Il parle toujours de Chicoutimi au Québec, de coïncidences et de concordances...

Chaque matin, l'ermite venait à la métairie du Point-de-Vue où les Blandin lui remettaient des vivres. Mais depuis le 24 octobre 1929, plus de Pierre Auguste.

L’octogénaire ne jouissait plus de ses facultés mentales, disait-on. On croit savoir qu'il était parti à pied pour se confesser à Abbaretz. Sans doute était-il allé droit devant lui, sans s'occuper des obstacles ni des misérables contingences terrestres...

Épuisé probablement, il fut pris d'une syncope sur la route.

Près d'une semaine après sa disparition du Point-de-Vue, deux cultivateurs, Louis Renou et Jean Garaud, découvrirent, dans un champ près du village de La Colle à Marsac-sur-Don, un pauvre vieux qui agonisait.

Ils ne se doutaient pas qu'il s'agissait du vieil original de Guénouvry. Pierre Auguste Leroy est décédé là, dans une étable, celle de Pierre Marsac, malgré les soins prodigués par un médecin de Nozay, le docteur Méraud.


Le lopin de terre avec la cahute revint aux Blandin. Au remembrement, au milieu des années 60, les sapins furent arrachés, les pierres enlevées au bulldozer, la butte à Leroy arasée...Ainsi va la vie.















Bibliographie :

Pierre-Auguste Leroy est l’auteur de nombreux ouvrages traitant de pédagogie et de ses visions mystiques, dont : 

- Études de langues ; réforme de l’enseignement [...] (Québec, 1874) ; 

- Thèmes, règles et vie d’Agésilas : nouvelle méthode pour apprendre le latin en peu de temps (Québec, 1874) ; 

- Pour et contre, réforme de l’enseignement : nouvelle méthode pour apprendre les langues en peu de temps (Québec, 1875) ;

- l’Enfant et l’Éducation (Québec, 1877) ; 

- Ensemble du système (Québec, 1877) ; 

- Gage de la victoire (s.l., 1878) ; 

- Lumen in cœlo, le mot de l’énigme : explication de la prophétie de St. Malachie (Québec, 1881) ;

- Lumen in cœlo, la fin du monde : nous sommes aux derniers jours du monde (Québec, 1885) ;

- Lumen in cœlo, le futur pape : laissez passer la justice de Dieu (Nantes, France, 1885) ; 

- En avant, Œdipe ; où est l’étoile ? (s.l., [1886]). 

Leroy a également fondé, à Québec en 1876, le journal la Volonté ; celui-ci cessera cependant d’exister au début de l’année suivante.

dimanche 26 juin 2016

Jean-François Thomas peintre oublié


On peut admettre qu'un enfant du pays est celui qui y est né. Droit du sol.

A ce titre, Jean-François Thomas né le 15 décembre 1894 à Guémené Penfao fait bien partie de la famille guémenoise.

Il est né dans un bâtiment aujourd'hui malheureusement disparu dont seules les cartes postales anciennes nous restituent la majesté antique, à savoir la grande gendarmerie de la route de Redon, à l'emplacement où la maréchaussée d'aujourd'hui continue cependant de résider.

Car papa, Jean-Marie François Thomas, était gendarme à pied, affecté en notre bourg en cette période de sa vie. Maman était une dame Françoise Marie Benoiton, tailleuse.

C'est entre deux gendarmes eux aussi à pied, deux "voisins de l'enfant" (Boutin et Landreau), que le père de notre héros, tel un voleur, fut escorté à la mairie toute proche pour la déclaration de naissance.

Au gré d'une nouvelle affectation de papa, Jean-François et sa famille (deux frères et deux sœurs) migrent vers d'autres cieux. On le retrouve élève au Prytanée militaire des Andelys, en Normandie.

Son âge, sinon son inclinaison naturelle ou sa formation, le prédispose à l'héroïsme. Il va donc, comme tout un chacun, se faire casser la gueule pour la Patrie. C'est d'ailleurs réussi puisqu'il est gravement blessé au thorax, au point d'être réformé en 1916. Il conservera toute sa vie des séquelles de cette blessure et sa santé demeurera précaire.

Remis quelque peu de ses émotions militaires, il poursuit ensuite des études à l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux avant de passer une année à Nantes où il enseigne.

En 1917, il "monte" à Paris et acquiert un atelier à Montmartre. C'est le début d'une carrière difficile marquée par une production intense. Cette production sera, à partir des années 20, exposée dans de nombreuses galeries essentiellement parisiennes.



C'est dans ce début d'après-guerre qu'il se lie d'amitié avec trois peintres, Roland Oudot, Raymond Legueult et Maurice Brianchon qui laisseront quelques traces intéressantes.

En 1923, Jean-François Thomas expose avec ses amis précités. Ils forment le « groupe du Portique » ; il connait pendant quelques années un certain succès, le Musée de Nantes et plusieurs musées étrangers lui achetant des toiles.

En 1925, il participe à l'exécution de la coupole du Printemps et à l'exposition des Arts Décoratifs. Il signe son premier contrat avec la Galerie Georges Lévy-Alverez et y collabore de 1927 à 1929.

De 1930 à 1931 il est sous contrat avec Mademoiselle Berr de Turique, pour la Galerie le Portique.

Un article de presse signale en décembre 1933 qu' "à la galerie Charles Auguste Girard, ..., on remarque les envois de Jean-François Thomas, presque un inconnu, dont certaine Gerbe, une ménagère soignant ses fleurs et - quoique de dimension fort réduite - la Vie familiale, sont des créations prouvant un tempérament aussi personnel qu'authentique".

On retrouve son oeuvre en 1934 à la Galerie Charpentier.

En 1935, il expose aux Ateliers Paul-Louis Mergier ainsi qu'à la Galerie Mignon-Massart à Nantes (10 rue Boileau : bombardée en septembre 1943, cette galerie voit sa propriétaire, un peintre et ses bâtiments détruits).

En 1936, Jean-François Thomas accroche ses oeuvres à la Galerie Moyon-Avenard, Passage Pommeraye à Nantes, à la Galerie de Paris, à la Galerie d'Art Malesherbes et à la Galerie Carmine dans le groupe « le sport et les Artistes », sous le patronage de Léo Lagrange, ministre bien connu des sports et des loisirs sous le Front Populaire.

En 1937, le Ministère de l'Education Nationale se rend acquéreur d'une toile.

Bref, toute sa production semble avoir convaincu le monde des arts de son époque et il est clair qu'à défaut d'avoir été largement reconnu ou populaire comme Picasso ou Balthus, Jean-François fut un petit maître sérieux de l'entre-deux-guerres. Et de nos jours encore quelques unes de ses toiles sont encore accrochées au Musée des Beaux-Arts de Nantes.

Son oeuvre est diverse : aquarelles, peintures à l'huile, pastel et exprime, selon les spécialistes, la double préoccupation de trouver des harmonies de couleur nouvelles et d'exprimer le mouvement. On dit que ses dessins à la plume, des lavis, sont d'une extrême finesse.

Sa vie semble avoir été très misérable car sa peinture ne le nourrissait guère. Deux anecdotes rapportées plus tard (trop tard) donnent la mesure de cette précarité. 

On dit en effet qu'il mangeait si peu et si mal qu'il contracta le scorbut (il ne consommait donc ni choux ni agrumes).

De même sa pauvreté extrême, jointe à sa passion de peindre, le conduisirent, paraît-il, à découper le drap de son lit pour y peintre un tableau.

La fin de sa vie arriva de bonne heure, avant que la notoriété n'ait eu le temps de calmer ses peines.

Le 15 janvier 1939, épuisé, il rend l'âme. Il avait quarante-quatre ans.














Il n'aura donc pas eu le temps de savourer l'exposition de sa production qui débutait à Chicago deux jours plus tard, à l'Arts Club. Et encore moins, la même année, une seconde exposition donnée à San Francisco.

Comme le dit un critique de l'époque : "l'Amérique l'aura découvert avant la France".

dimanche 19 juin 2016

L'horloger de Saint-Paul


Je musarde, comme beaucoup de gens finalement, sur les sites d'enchères ou de vente d'objets d'occasion, en centrant mes recherches sur Guémené, soit d'un point de vue géographique, soit du point de vue de ce qui s'y rapporte. En bref, je ne chine qu'à Guémené ou à propos de Guémené.

C'est ainsi que j'ai très récemment déniché un mécanisme de pendule de type "comtoise" portant sur son cadran l'inscription :


Qualité Garantie
JEHANNE
Guémené-Penfao

Mon sang n'a fait qu'un tour (de cadran) : je me suis empressé de refuser cet achat au prix trop élevé, tout en indiquant au vendeur que son objet aurait pu m'intéresser.

Bref, de fil en aiguille, ce dernier m'a consenti un gros rabais et je suis parti chercher l'objet, à la première occasion, sur un parking de Pornic, comme s'il s'était agi d'une transaction mystérieuse et louche.

Un coup de papote avec le vendeur et hop, voilà la pendule sur mon buffet de Guémené, en moins de temps qu'il n'en avait fallu pour négocier.


















L'objet n'est pas bien beau et ne fonctionne pas. Il lui manque les poids et le balancier. Mais que diable, il s'agit d'une horloge sortie d'une boutique de Guémené !

La bijouterie-horlogerie de Théophile Jehanne se tenait au coin sud-est de la place de l'église, église jadis dédiée à Saint Paul. Il y avait déjà un commerce de ce type vers 1900, comme on peut le voir sur les cartes postales de cette époque. Et encore aujourd'hui, l'emplacement est toujours consacré au même commerce dont le titulaire, fort bavard et toujours dans les murs, a pris en principe sa retraite...

Ce Jehanne horloger était né au bourg, le 11 janvier 1893, d'un père qui se prénommait déjà Théophile, menuisier ou agent d'assurances, selon les époques ; et d'une mère, Rosalie Garçon, épicière.

Son intégrité physique, voire sa vie, furent épargnées grâce à une "bronchite spécifique" que lui trouvèrent les médecins-majors. Elle devait être bien particulière, cette inflammation pulmonaire, pour lui permettre de se voir exempté de boucherie collective, l'année de ses 21 ans. Les mortifères à képi adorent en effet, sans trop y regarder en général, la chair tendre de ces jeunes gens.

A cette époque, il se déclare forgeron ajusteur. C'est un petit bonhomme de 1 mètre 65, châtain, aux yeux marron clair. Il a une binette qui ne doit pas s'oublier : un visage long surmonté d'un front bombé et un nez "cave", pour compenser.

Il dut profiter de la guerre, dont il était écarté, pour affiner sa formation en mécanique et on le retrouve horloger en 1921.

Peu avant, le 14 août 1919, il avait épousé à Guémené une jeune femme de vingt ans, Marie Poisson, fille "naturelle" (comment qualifier les autres : surnaturelles, culturelles, pas naturelles, frelatées, artificielles?...) née à La Forêt, hameau sur la route de Massérac, près du château de Friguel.

Cette Marie Poisson fut coiffeuse.

De ce mariage naquirent deux enfants, un garçon et une fille, et beaucoup de pendules, probablement.

Le fils du bijoutier et de la coiffeuse de Guémené, prénommé Théophile comme il se doit, a connu un peu de gloire, laquelle retentit sur sa patrie de naissance, en menant une carrière d'homme de théâtre.

La fille, Madeleine, n'apparaît pas dans les radars de la célébrité (comme la plupart d'entre nous d'ailleurs).

Le brave bijoutier n'eut guère le temps de profiter de la vie et n'atteignit pas la quarantaine.


Il s'éteignit en effet à la fin de juillet 1932. Ses obsèques se tinrent le 3 août à 14h30, en l'église de Guémené. C'était juste en face de sa boutique, de l'autre côté de la  rue, et ce fut son dernier acte public (comme c'est souvent le cas).

Sa épouse, sa veuve, attendit que les enfants soient grands et se remaria le 26 novembre 1945.

dimanche 22 mai 2016

Eugène Leblay, militant laïque et maire


Je n'ai pas beaucoup connu Eugène Leblay. Il était présent à la cérémonie du centenaire de ma grand-mère, en décembre 1995. Il n'était plus maire de Guémené à ce moment-là, ayant, après douze ans de mandat, décidé de se retirer et de ne pas se représenter au scrutin de juin de cette même année.

Evidemment, son successeur était présent à la maison de retraite pour honorer la doyenne. Mais ma grand-mère avait tenu à ce que Eugène Leblay, son maire, soit convié, considérant que lui seul possédait toujours cette qualité.

Eugène Leblay était de la même génération que ma mère. Elle le connaissait bien et l'associait à un événement de sa jeunesse qui l'avait profondément marquée puisqu'à la fin de sa longue vie elle en parlait encore, elle qui était si peu prolixe sur les événements de son passé lointain.

Bien qu'elle ait fait sa scolarité à l'école soit disant libre de Guémené, ma mère avait passé et réussi le brevet laïque. Elle était donc venue chercher son premier (et dernier) diplôme à l'école de garçons. Elle s'adressa au directeur de cet établissement qui, avec des mots peu amènes la rabroua parce qu'elle venait de l'autre école, l'école des curés. Ensuite, ce "brave" homme reprit le cours normal de ses activités qui consistait apparemment à préparer un jeune garçon à son avenir brillant de futur instituteur. Ce garçon était Eugène Leblay.


Celui qui devait un jour devenir le premier maire socialiste de Guémené était né le 15 janvier 1920 d'un père cantonnier et d'une mère agricultrice (quoique déclarée "ménagère" sur le registre de naissance).

Après des études primaires à Guémené (semble-t-il à l'école publique), il partit au collège à Nantes avant d'entrer à l'Ecole Normale Supérieure de Laval (promotion 1938-1941) où il obtint le brevet supérieur.

Sa carrière, ses trente quatre années d'instituteur vont se passer entièrement en Mayenne. Il est d'abord nommé pour un cours complémentaire à Laval-même en 1941 ; puis entre 1942 et 1945 à Meslay-du-Maine et enfin à partir de 1945 jusqu'en 1975, il sera directeur de l'école du Buret, petite commune de trois cents habitants. L'école du Buret porte le nom de son ancien directeur.

Eugène Leblay se marie avec une cultivatrice à Guémené en 1942. Son épouse l'accompagne ensuite dans ses affectations, participant à la gestion de la cantine scolaire.

Eugène Leblay, militant politique, associatif, mutualiste et syndical, a été un homme engagé depuis sa jeunesse.

Il adhère au Syndicat national des instituteurs (SNI) en 1945 au sein ou au nom duquel il prend de plus en plus de responsabilités.

Élu largement pour la première fois au conseil syndical de la section mayennaise de ce syndicat le 28 novembre 1950, il est intégré à la commission de défense laïque. 

Peu après, le 18 novembre 1952, il est facilement élu aux élections à la Commission Administrative Paritaire Départementale (CPAD), instance chargée, dans la fonction publique, de l'examen des situations individuelles.

Son mandat au conseil syndical de la section mayennaise du SNI fut confirmé à la même date et on lui confie alors la responsabilité du Secrétariat de la Commission des Affaires Corporatives. Cette confiance et cette responsabilité lui seront renouvelées au cours des années suivantes au détour de nombreuses réélections : 1954, 1956, 1959, 1963...

A noter qu'au sein de la Commission Administrative Paritaire, il se chargea plus particulièrement d’étudier les barèmes de mutation. Ce qui, évidemment, fait rêver.

Eugène Leblay est également élu au Conseil départemental de l’enseignement primaire en 1961. 

En mars 1965, à l’occasion du renouvellement du conseil syndical, il est élu sur la liste réunissant majoritaires et ex-cégétistes contre celle présentée par le courant de « l’École émancipée ». Ce dernier courant représentait la tendance la plus à gauche : Eugène était donc un modéré.

Réélu à la CAPD en 1965, il en démissionna le 16 février 1966, afin de protester contre les décrets gouvernementaux qui ôtaient à cette instance un contrôle des nominations aux postes de direction, pour les confier aux seuls recteurs.

Lors du renouvellement du conseil syndical en mars 1967, les trois tendances représentées dans la section syndicale mayennaise du SNI décidèrent de se présenter séparément, sous leur propre programme.

La tendance majoritaire à laquelle Eugène Leblay appartenait, remporta la majorité des sièges, ce qui permit à ce dernier de conserver la responsabilité de la Commission des Affaires Administratives. 

Son mandat fut reconduit en mars 1969. À l’assemblée générale de la section du 18 juin 1970, le rapport d’activité départemental fut mis en minorité par « l’École émancipée ».  L’ensemble du conseil syndical démissionna la semaine suivante. Mais aux élections qui suivirent en novembre 1970, Eugène retrouva son mandat, ainsi qu'aux élections de 1971. 

Il ne se représenta pas lors du renouvellement de mars 1975, année de sa retraite.


Eugène Leblay milita également dans le monde mutualiste et notamment à la Mutuelle générale de l’éducation nationale où il appartint au comité de section départementale de 1960 à 1975.


Eugène Leblay adhéra aux Jeunesses Socialistes en 1935 puis au Parti Socialiste SFIO en 1936. Il milita d'ailleurs toute sa vie dans les partis socialistes. Secrétaire de la section du Buret en 1954, il était membre de la commission exécutive fédérale. Le 25 novembre 1969, il signa un appel pour le congrès de la nouvelle fédération du nouveau Parti Socialiste.

Après sa retraite, Eugène Leblay quitta Le Buret pour rejoindre Guémené-Penfao où il fut élu conseiller municipal socialiste de 1977 à 1983, puis maire en 1983, réélu en 1989, agrégeant autour de lui les filières laïques locales (il fut Président de l'Amicale Laïque de Guémené de 1977 à 1983). 

En 1985, il prit la suite de Gaston Herrouin, conseiller général du canton de Guémené-Penfao et enseignant agricole populaire et pittoresque, qui s'était suicidé quelques jours plus tôt, en recueillant dès le premier tour 61% des suffrages. 

Le 1er février 1986, il fut mis à l’honneur par la fédération PS de Loire-Atlantique, qui organisa en marge de la campagne électorale des législatives et des régionales, un rassemblement militant à Guémené-Penfao à l’occasion du cinquantenaire du Front Populaire.

En 1986, Eugène Leblay figurait sur la liste socialiste aux élections régionales, en position non-éligible. Dans la circonscription de Châteaubriant, il fut le suppléant de Martine Buron, aux élections législatives de juin 1988, défaite de 381 voix au second tour.

En 1992, il fut battu au renouvellement cantonal par le centriste Yannick Bigaud, speaker du Football club de Nantes qui emporta la mairie de Guémené-Penfao lors du retrait de Eugène Leblay en 1995.

Ses mandats à Guémené ont été marqués par la réalisation de la salle de sports, l'agrandissement de la salle des fêtes, la rénovation de l'école publique et le déblocage des fonds pour l'extension de la Résidence pour personnes âgées.

Eugène Leblay, dont une rue de Guémené port le nom, disparaît le 15 mai 2005.

Evidemment, cette biographie met l'accent sur le militant et l'homme privé, intime, disparaît un peu derrière son engagement. Pourtant, Eugène avait d'autres passions qu'il serait dommage de passer sous silence, notamment celle de la pêche.

Alors pour clore cet hommage, finissons par un exploit gratuit d'Eugène jeune homme et étudiant.

On apprend ainsi que ce fils de cantonnier "des Ponts et Chaussées" captura, en septembre 1938, dans le Don - cette merveilleuse petite rivière qui coule chez nous, un brochet de près d'un mètre long pesant plus de quatorze livres...

Pardonnez-lui Seigneur car il a beaucoup péché...























source principale :

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article137005, notice LEBLAY Eugène, Marie par Jacques Cousin, version mise en ligne le 12 mai 2011, dernière modification le 16 juillet 2011.

dimanche 1 mai 2016

Le Vélodrome


Il y a quelques années déjà, les pelleteuses ont fait disparaître ce qu'il restait d'un monument de Guémené : la piste du vélodrome a été détruite. Une partie du patrimoine guémenéen a disparu. En quelques jours, le vélodrome Joseph-Haugomat a été la proie des pelleteuses, après 88 ans d'existence.

Le vélodrome a été construit en 1923, avec une piste en terre battue, et inauguré à l'Ascension de l'année suivante. Il a connu une première période florissante jusqu'en 1939, avec la participation des as de la petite reine du coin, les meilleurs pistards régionaux animant les réunions diurnes qui étaient organisées régulièrement.

Pendant la guerre de 1939-1945, le vélodrome est détruit par les Allemands qui défoncent la piste pour y faire des abris.

En 1947, sous l'impulsion de Joseph Haugomat, animateur de la Pédale guémenéenne, une piste en cendrée fut reconstruite. On retiendra que cette année-là, Jean Robic, vainqueur du Tour de France, dut s'incliner devant le régional Lucien Tulot venu en voisin (il est de Pierric, donc tout à côté de Guémené)...

Ci-dessous la photo de cet événement marquant où le petit gars du coin s'apprête à "sauter" le grand Robic, photo qui m'a été transmise par son fils que je remercie vivement (un article sera consacré à la carrière de Lucien Tulot prochainement). 

On appréciera par ailleurs l'état du terrain et on versera une larme sur la minoterie Lucas à l'arrière-plan, autre monument local abattu par les pelleteuses...















Puis la piste fait à nouveau l'objet de travaux pour relever les virages et, en 1950, elle est cimentée. En 1951, l'éclairage est installé et la première nocturne organisée, le 15 août de cette même année.

Ensuite, chaque année, deux réunions sont organisées, à l'Ascension et au 15 août, en nocturne, avec en clôture un superbe feu d'artifice. Chaque soirée était alors une véritable fête populaire et familiale. 

La Pédale guémenéenne a pu proposer des plateaux de qualité en retenant les coureurs qui s'étaient mis en évidence dans le Tour de France et les meilleurs pistards mondiaux.

Le vélodrome de Guémené-Penfao a ainsi connu ses années fastes à partir de 1963. Cette année-là, le belge Benoni Beheyt, sacré champion du monde le 11 août, effectua sa première sortie paré du maillot le 15 août, à Guémené-Penfao !

Chaque année des coureurs qui se mettaient en évidence dans le Tour de France venaient participer à cette soirée.

C'est ainsi que se sont produits tour à tour sur l'anneau de Guémené : Jacques Anquetil, Raymond Poulidor, Cyrille Guimard, Roger Pingeon, Lucien Aimar, les frères Groussard, Jean Malléjac, Bernard Thévenet, Patrick Sercu, Bernard Hinault, Laurent Fignon, Ronan Pensec, les frères Madiot et bien d'autres.

En 1969, deux réunions avaient été organisées. La première l'après-midi du Jeudi de l'Ascension avec la participation des médaillés des Jeux olympiques de Mexico, les Trentin, Morelon, Rebillard et Rousseau à qui étaient opposés les meilleurs régionaux dont notamment Jean-Yves Lebreton. 

Au 15 août de la même année, le Belge Ferdinand Bracke, champion du monde de poursuite, Lucien Aimar, vainqueur du Tour de France, Rolf Wolfschol, champion du monde de cyclo-cross tenaient la vedette et Cyrille Guimard apportait la contestation.années suivantes

Mais le record d'affluence se produit au 15 août 1971, lorsque 6 000 spectateurs sont venus encourager Raymond Poulidor.

J'ai encore dans l'oreille les primes aux coureurs offertes par les commerçants du bourg qu'annonçait  au micro le speaker, tous montants données en nouveaux et en anciens francs...

Chaque réunion se terminait donc par un superbe feu d'artifice... C'était la fête. A plus de cent kilomètres à la ronde on parlait de la nocturne du 15 août à Guémené-Penfao et on se déplaçait ! On se souvient qu'après les courses, au milieu de l'anneau de course, un vélo s'enflammait, ses roues projetant dans la nuit des étincelles blanches.

Mais les années ont passé, les budgets ont été de plus en plus lourds et difficiles à équilibrer, entre désaffection du public et exigences financières des coureurs. La date du 15 août a été abandonnée...

Et le 28 juillet 1990, la réunion commentée par Daniel Mangeas, speaker officiel du Tour de France ne mobilisait plus que 1 500 spectateurs. Certes, Ronan Pensec, Thierry Claveyrolat, Laurent Biondi étaient présents mais...le couperet est tombé : la réunion sur piste d'après Tour avait vécu.