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samedi 4 février 2017

Besnier de la Grée-Bréhaut


Je crois avoir dit déjà que je m'intéressais aux objets d'occasion que je pouvais trouver dans la région de Guémené, et si je ne manque jamais de faire un tour le samedi matin à la "recyclerie" de Conquereuil, quand j'ai la chance d'être dans les parages, je regarde tous les jours les remontées de filet que j'obtiens sur le site Leboncoin.fr.

Voilà quelques semaines, ainsi, j'ai eu la grande surprise d'y découvrir une horloge comtoise assez peu chère, qui présentait le double avantage de sembler assez ancienne et assez caractéristique de celles qui peuplaient les maisons de la région, tout en présentant l'immense particularité, à mes yeux, d'être de Guémené.

Qu'est-ce donc à dire, de Guémené ?

C'est que c'était écrit sur le cadran : Besnier à Guéméné-Penfao (je dis bien Guéméné, avec trois accents graves, car c'est ainsi que cela est marqué).

Je l'ai donc achetée. Les vicissitudes de sa vie d'horloge l'avait amenée à Saint-Marc-sur-Mer, près de Saint-Nazaire par conséquent, endroit immortalisée par le film de Jacques Tati, "Les vacances de Monsieur Hulot".









































































Je me suis enquis tout de suite de savoir qui pouvait bien être ce Besnier, avant de découvrir que cette horloge était finalement assez jolie et en tout cas assez bien conservée.

Jean-Marie Besnier vivait à Guémené dans la seconde moitié du XIXè siècle.

Il était né à Vay le 16 juillet 1833 et lui-même et ses parents étaient venus s'installer à Guémené au milieu du siècle.

Son père fabriquait du tissu, étant serger, d'abord à Vay puis à Guémené, et sa mère était cultivatrice.

Après la guerre de 70, Jean-Marie Besnier vit avec sa sœur Désirée dans le bourg de Guémené, avant de se marier sur le tard.

Il épouse en effet une jeune femme de Beslé, "fille naturelle" et domestique, Marie Coignard, le 25 octobre 1879 : il a alors quarante-six ans et elle, tout juste vingt.

Le couple aura trois enfants, un garçon et deux petites filles. Hélas, le jeune Jean-Marie décède à l'âge de huit ans, le 7 octobre 1888, suivi dans la tombe par son père, le 12 octobre.

Ainsi finit l'histoire de l'horloger de la Grée-Bréhaut, puisqu'aussi bien c'est en cette partie de Guémené, à flanc de Butte, dominant le bourg, que s'éteignit le brave homme.

En tant qu'horloger, il aura donc exercer une dizaine d'années et la comtoise de Saint-Marc-sur-Mer date donc de cette époque.

Mais regardons-la de près.

Elle a le profil des anciennes horloges qui n'avaient qu'un pendule maigrichon, dotées d'une simple lentille de laiton. En revanche, elle dispose d'une balancier lyre dont la grosse lentille, assez ouvragée, comporte une décoration géométrique.

La caisse est légère et ornée de motifs plus ou moins floraux. Ses pieds sont intacts, ce qui laisse à penser qu'elle n'a pas été posée sur un sol humide en terre battue.

La partie la plus intéressante est constituée par l'entourage estampé du cadran.

Comme toujours, la scène principale est au-dessus du cadran émaillé.

Dans un ciel où l'on distingue les rayons du soleil, une Sainte Vierge auréolée émergeant des nuages joint les mains. Elle semble assise ou posée sur une ancre de marine - ce qui n'est guère confortable il faut bien le dire - dont les deux pointes apparaissent à ses côtés.

A droite un infâme serpent à écailles serpente, venant lécher de sa langue fourchue une tiare pontificale, reconnaissable à ses trois niveaux de couronnes, dont on ne comprend guère la présence.

Antidote à ce animal maléfique, probablement, une sorte d'apôtre agenouillé, vêtu d'un grand manteau, regarde la Vierge en s'appuyant sur un grand livre ouvert qui paraît reposer sur un lutrin dont on aperçoit les deux pieds.

Le livre présente un texte en latin écrit en capitales qui dit peut-être :"IPSA CONTERET CAPUT TUUM" d'un côté, et de l'autre, "PORTAE INFERNI NON PRAEVALEBUNT".

Difficile de traduire : il est question de portes de l'enfer, de renommée,...et encore, ce n'est pas sûr...

Heureusement, un lecteur attentionné, Cyrille, et une latiniste distinguée et bien serviable surtout, Ingrid, m'ont donné la clé : 

"Ipsa..." : "Elle t'écrasera la tête", parole de Dieu au serpent tentateur du Paradis perdu. 

"Portae..." : "Les portes de l'enfer ne tiendront pas". Il s'agit d'un fragment de phrase tiré de l’Évangile (Mathieu, versets 18 et 19, chapitre 16) où il est question de Saint Pierre, fondateur de l'Eglise ("Tu es Pierre et sur cette pierre, etc..."). Bref, le bonhomme à gauche est Saint Pierre (d'où aussi le bibi papal, au milieu)

Dans les coins inférieurs de la tôle de laiton de la façade, deux angelots joufflus sont à genou dans les fleurs. L'un à droite, ferme les yeux tandis que celui de gauche regarde vers le ciel mains jointes.















































En jetant un coup d’œil à l’intérieur du réceptacle du mécanisme d'horlogerie, on découvre une inscription au crayon : "Thle Jehanne 27 juin 1918".
























Théophile Jehanne est un horloger dont j'ai déjà parlé pour avoir déjà récupérer une horloge issue de son magasin, portant sa marque et la mention de Guémené-Penfao. 

Il exerça dans l'entre deux-guerres et mourrut (peut-être de pneumonie) en août 1932. Il avait donc dû procéder à la révision de cette horloge, une trentaine d'années après son achat chez son prédécesseur.

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