Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est horloger. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est horloger. Afficher tous les articles

samedi 4 février 2017

Besnier de la Grée-Bréhaut


Je crois avoir dit déjà que je m'intéressais aux objets d'occasion que je pouvais trouver dans la région de Guémené, et si je ne manque jamais de faire un tour le samedi matin à la "recyclerie" de Conquereuil, quand j'ai la chance d'être dans les parages, je regarde tous les jours les remontées de filet que j'obtiens sur le site Leboncoin.fr.

Voilà quelques semaines, ainsi, j'ai eu la grande surprise d'y découvrir une horloge comtoise assez peu chère, qui présentait le double avantage de sembler assez ancienne et assez caractéristique de celles qui peuplaient les maisons de la région, tout en présentant l'immense particularité, à mes yeux, d'être de Guémené.

Qu'est-ce donc à dire, de Guémené ?

C'est que c'était écrit sur le cadran : Besnier à Guéméné-Penfao (je dis bien Guéméné, avec trois accents graves, car c'est ainsi que cela est marqué).

Je l'ai donc achetée. Les vicissitudes de sa vie d'horloge l'avait amenée à Saint-Marc-sur-Mer, près de Saint-Nazaire par conséquent, endroit immortalisée par le film de Jacques Tati, "Les vacances de Monsieur Hulot".









































































Je me suis enquis tout de suite de savoir qui pouvait bien être ce Besnier, avant de découvrir que cette horloge était finalement assez jolie et en tout cas assez bien conservée.

Jean-Marie Besnier vivait à Guémené dans la seconde moitié du XIXè siècle.

Il était né à Vay le 16 juillet 1833 et lui-même et ses parents étaient venus s'installer à Guémené au milieu du siècle.

Son père fabriquait du tissu, étant serger, d'abord à Vay puis à Guémené, et sa mère était cultivatrice.

Après la guerre de 70, Jean-Marie Besnier vit avec sa sœur Désirée dans le bourg de Guémené, avant de se marier sur le tard.

Il épouse en effet une jeune femme de Beslé, "fille naturelle" et domestique, Marie Coignard, le 25 octobre 1879 : il a alors quarante-six ans et elle, tout juste vingt.

Le couple aura trois enfants, un garçon et deux petites filles. Hélas, le jeune Jean-Marie décède à l'âge de huit ans, le 7 octobre 1888, suivi dans la tombe par son père, le 12 octobre.

Ainsi finit l'histoire de l'horloger de la Grée-Bréhaut, puisqu'aussi bien c'est en cette partie de Guémené, à flanc de Butte, dominant le bourg, que s'éteignit le brave homme.

En tant qu'horloger, il aura donc exercer une dizaine d'années et la comtoise de Saint-Marc-sur-Mer date donc de cette époque.

Mais regardons-la de près.

Elle a le profil des anciennes horloges qui n'avaient qu'un pendule maigrichon, dotées d'une simple lentille de laiton. En revanche, elle dispose d'une balancier lyre dont la grosse lentille, assez ouvragée, comporte une décoration géométrique.

La caisse est légère et ornée de motifs plus ou moins floraux. Ses pieds sont intacts, ce qui laisse à penser qu'elle n'a pas été posée sur un sol humide en terre battue.

La partie la plus intéressante est constituée par l'entourage estampé du cadran.

Comme toujours, la scène principale est au-dessus du cadran émaillé.

Dans un ciel où l'on distingue les rayons du soleil, une Sainte Vierge auréolée émergeant des nuages joint les mains. Elle semble assise ou posée sur une ancre de marine - ce qui n'est guère confortable il faut bien le dire - dont les deux pointes apparaissent à ses côtés.

A droite un infâme serpent à écailles serpente, venant lécher de sa langue fourchue une tiare pontificale, reconnaissable à ses trois niveaux de couronnes, dont on ne comprend guère la présence.

Antidote à ce animal maléfique, probablement, une sorte d'apôtre agenouillé, vêtu d'un grand manteau, regarde la Vierge en s'appuyant sur un grand livre ouvert qui paraît reposer sur un lutrin dont on aperçoit les deux pieds.

Le livre présente un texte en latin écrit en capitales qui dit peut-être :"IPSA CONTERET CAPUT TUUM" d'un côté, et de l'autre, "PORTAE INFERNI NON PRAEVALEBUNT".

Difficile de traduire : il est question de portes de l'enfer, de renommée,...et encore, ce n'est pas sûr...

Heureusement, un lecteur attentionné, Cyrille, et une latiniste distinguée et bien serviable surtout, Ingrid, m'ont donné la clé : 

"Ipsa..." : "Elle t'écrasera la tête", parole de Dieu au serpent tentateur du Paradis perdu. 

"Portae..." : "Les portes de l'enfer ne tiendront pas". Il s'agit d'un fragment de phrase tiré de l’Évangile (Mathieu, versets 18 et 19, chapitre 16) où il est question de Saint Pierre, fondateur de l'Eglise ("Tu es Pierre et sur cette pierre, etc..."). Bref, le bonhomme à gauche est Saint Pierre (d'où aussi le bibi papal, au milieu)

Dans les coins inférieurs de la tôle de laiton de la façade, deux angelots joufflus sont à genou dans les fleurs. L'un à droite, ferme les yeux tandis que celui de gauche regarde vers le ciel mains jointes.















































En jetant un coup d’œil à l’intérieur du réceptacle du mécanisme d'horlogerie, on découvre une inscription au crayon : "Thle Jehanne 27 juin 1918".
























Théophile Jehanne est un horloger dont j'ai déjà parlé pour avoir déjà récupérer une horloge issue de son magasin, portant sa marque et la mention de Guémené-Penfao. 

Il exerça dans l'entre deux-guerres et mourut (peut-être de pneumonie) en août 1932. Il avait donc dû procéder à la révision de cette horloge, une trentaine d'années après son achat chez son prédécesseur.

dimanche 19 juin 2016

L'horloger de Saint-Paul


Je musarde, comme beaucoup de gens finalement, sur les sites d'enchères ou de vente d'objets d'occasion, en centrant mes recherches sur Guémené, soit d'un point de vue géographique, soit du point de vue de ce qui s'y rapporte. En bref, je ne chine qu'à Guémené ou à propos de Guémené.

C'est ainsi que j'ai très récemment déniché un mécanisme de pendule de type "comtoise" portant sur son cadran l'inscription :


Qualité Garantie
JEHANNE
Guémené-Penfao

Mon sang n'a fait qu'un tour (de cadran) : je me suis empressé de refuser cet achat au prix trop élevé, tout en indiquant au vendeur que son objet aurait pu m'intéresser.

Bref, de fil en aiguille, ce dernier m'a consenti un gros rabais et je suis parti chercher l'objet, à la première occasion, sur un parking de Pornic, comme s'il s'était agi d'une transaction mystérieuse et louche.

Un coup de papote avec le vendeur et hop, voilà la pendule sur mon buffet de Guémené, en moins de temps qu'il n'en avait fallu pour négocier.


















L'objet n'est pas bien beau et ne fonctionne pas. Il lui manque les poids et le balancier. Mais que diable, il s'agit d'une horloge sortie d'une boutique de Guémené !

La bijouterie-horlogerie de Théophile Jehanne se tenait au coin sud-est de la place de l'église, église jadis dédiée à Saint Paul. Il y avait déjà un commerce de ce type vers 1900, comme on peut le voir sur les cartes postales de cette époque. Et encore aujourd'hui, l'emplacement est toujours consacré au même commerce dont le titulaire, fort bavard et toujours dans les murs, a pris en principe sa retraite...

Ce Jehanne horloger était né au bourg, le 11 janvier 1893, d'un père qui se prénommait déjà Théophile, menuisier ou agent d'assurances, selon les époques ; et d'une mère, Rosalie Garçon, épicière.

Son intégrité physique, voire sa vie, furent épargnées grâce à une "bronchite spécifique" que lui trouvèrent les médecins-majors. Elle devait être bien particulière, cette inflammation pulmonaire, pour lui permettre de se voir exempté de boucherie collective, l'année de ses 21 ans. Les mortifères à képi adorent en effet, sans trop y regarder en général, la chair tendre de ces jeunes gens.

A cette époque, il se déclare forgeron ajusteur. C'est un petit bonhomme de 1 mètre 65, châtain, aux yeux marron clair. Il a une binette qui ne doit pas s'oublier : un visage long surmonté d'un front bombé et un nez "cave", pour compenser.

Il dut profiter de la guerre, dont il était écarté, pour affiner sa formation en mécanique et on le retrouve horloger en 1921.

Peu avant, le 14 août 1919, il avait épousé à Guémené une jeune femme de vingt ans, Marie Poisson, fille "naturelle" (comment qualifier les autres : surnaturelles, culturelles, pas naturelles, frelatées, artificielles?...) née à La Forêt, hameau sur la route de Massérac, près du château de Friguel.

Cette Marie Poisson fut coiffeuse.

De ce mariage naquirent deux enfants, un garçon et une fille, et beaucoup de pendules, probablement.

Le fils du bijoutier et de la coiffeuse de Guémené, prénommé Théophile comme il se doit, a connu un peu de gloire, laquelle retentit sur sa patrie de naissance, en menant une carrière d'homme de théâtre.

La fille, Madeleine, n'apparaît pas dans les radars de la célébrité (comme la plupart d'entre nous d'ailleurs).

Le brave bijoutier n'eut guère le temps de profiter de la vie et n'atteignit pas la quarantaine.


Il s'éteignit en effet à la fin de juillet 1932. Ses obsèques se tinrent le 3 août à 14h30, en l'église de Guémené. C'était juste en face de sa boutique, de l'autre côté de la  rue, et ce fut son dernier acte public (comme c'est souvent le cas).

Sa épouse, sa veuve, attendit que les enfants soient grands et se remaria le 26 novembre 1945.

jeudi 1 mai 2014

Les frasques de Léon Gros, horloger à Beslé


Quand on traverse le paisible Beslé d’aujourd’hui, cette section de Guémené qui borde la Vilaine et qu’on associait jadis jusqu’à Rennes et Nantes aux délices de la pêche dans son bief, on ne peut croire que son petit bourg abrita naguère un personnage désormais bien oublié, mais qui sans doute, avant-guerre, dut bien faire jaser dans les chaumières guémenoises.

Léon Gros était né le 21 septembre 1900 à Tours. Il s’était marié à Langon (Ile-et-Vilaine) le 16 septembre 1924 avec Marie-Joseph Billard (descendance). Une séparation de corps était prononcée entre les époux le 24 septembre 1962 par la Chambre d’Appel de Rennes. Léon Gros mourait le 28 octobre 1979 à Saint-Just (Ile-et-Vilaine).

Léon était le fils de Léon Gros, lui-même horloger à Tours, demeurant 19 rue des Ursulines.

Entre 1927 et 1940, on ne compte pas moins de onze articles dans les différentes éditions de Ouest-Eclair où il est question de Léon Gros.

Il semble, en dehors de Beslé, avoir habité en plusieurs communes de la rive droite de la Vilaine : Brain, Redon, Saint-Just…

Oyons donc, amis, les aventures de l’horloger de Beslé.


1/ Ouest-Eclair du 25 octobre 1927

Ce premier article est en fait la transcription d’un courrier adressé au journal par notre nouveau héros, à propos de l’observation d’un étrange phénomène survenu dans la nuit. Il est intéressant par la bonne écriture du personnage, ainsi que par la signature où il fournit, non sans prétention, sa qualité.

« Bonjour Monsieur le Rédacteur en Chef,

Je m’empresse de vous écrire pour vous faire savoir que j’ai également aperçu le 20 octobre (1927) à une heure et demi du matin, le phénomène céleste que signale un de vos lecteurs.

Revenant très tard en moto de Chateaubriand, par Derval, passé Pierric (Loire-Inférieure) route de Beslé (Loire-Inférieure), je remarquai tout à coup une grande lueur éblouissante au Nord-Est : c’était une sorte d’étoile qui venait de gauche et s’en allait vers la droite, dans le sens horizontal tout en sautillant par intermittence.

Ladite étoile se transforma, un peu avant d’arriver à son point culminant, en une sorte de boule de feu qui laissait derrière elle une longue traînée lumineuse d’un éclat difficile à soutenir. Je vis ensuite trois grandes lueurs verticales ressemblant à des faisceaux de projecteurs et qui allaient doucement vers la droite. Puis plus rien. 

Léon Gros, horloger - expert en petite mécanique générale à Brain-sur-Vilaine.»

(Le journal se demande s’il ne s’agirait pas d’une aurore boréale.)


2/ Les dix articles suivants révèle un autre jour du personnage, moins favorable et au final presque sympathique (en dehors de l’épisode de la roustée à sa femme) : celle d’une sorte de petit escroc de comédie italienne, fort avec les faibles et faible avec les forts, un minable délinquant tous azimuts, gibier pitoyable des prétoires des Tribunaux correctionnels de Saint-Nazaire ou de Redon.


2-1/ Ouest-Eclair du 7 février 1929

Du précédent article à celui-ci, on s’aperçoit que Léon Gros était un homme motorisé : tantôt une moto, tantôt une automobile.

On y apprend aussi que le prix d'un genou n'est pas très élevé.

Le 14 novembre (1928) M. Léon Gros montait en automobile la rue de Rennes (ville non précisée : Nantes ?). Il venait de doubler un tramway lorsque, redressant sa direction, il accrocha une charrette à bras qui elle-même « balaya » un employé du Service des Eaux, M. Florin, occupé à manœuvrer une prise d’eau.

M. Florin, atteint, d’une fracture du genou, dut rester un mois à l’Hôtel-dieu.

On reprochait à M. Léon Gros un excès de vitesse, une fausse manœuvre et de n’avoir pas corné pour avertir le conducteur de la charrette qui roulait devant lui.

Après une bonne plaidoirie de Me. Ricordeau fils, l’automobiliste a été condamné à 25 francs d’amende.


2-2/ Ouest-Eclair (Rennes) du 19 janvier 1929

Après l’homme éduqué et curieux, le délinquant de la route « par accident », voici que commence la série des méfaits volontaires de Léon Gros. Contrairement aux bonnes histoires, le meilleur n’est pas pour la fin, mais pour le début.

Outre les péripéties qu’il raconte, l’article suivant offre un portrait à la fois au physique et au moral du jeune Gros, et nous apprend qu’il louait son logis chez un mécanicien de Beslé où il vivait avec femme et enfant.

En creux de cette escroquerie à la soutane, on devine un monde rural crédule. On appréciera enfin la qualité d’écriture du journaliste hélas anonyme.

Une grossière parodie.

Léon Gros, 28 ans, est un fort garçon imberbe, les yeux lourds derrière ses lunettes. Il était horloger à Beslé, mais il ne lui plaisait point sans doute de manier les brucelles (pinces d’horloger) et d’examiner à la loupe, tout au long des journées, les rouages des montres.

Bien que marié et père d’un enfant, il semble surtout demander au vol et à l’abus de confiance les subsides nécessaires à l’apaisement de sa soif inextinguible.

Il tient d’ailleurs, avec son air bonasse, à jouer les escrocs de grande envergure, friand de mise en scène. Gros ne s’est-il pas déguisé en capitaine - aviateur ou en lieutenant de vaisseau constellé de décorations ?

Jaloux du laveur de vaisselle italien qui, comme faux prélat polonais, défraya la chronique des Côtes-du-Nord, il s’est regardé dans une glace et s’est trouvé un masque ecclésiastique.

Il a échafaudé une combinaison qu’il espère fertile et, pour la réaliser, vient à Rennes.

Chez un costumier de la ville, il loue une soutane, se prétendant envoyé par un patronage où l’on monte une séance récréative et, transformé en abbé débonnaire, il commence à courir les campagnes.

En novembre (1928) dernier, un curé-doyen de la région apprend de son coiffeur qu’un prêtre est venu chez lui se faire tonsurer. Le coiffeur qui paraît scandalisé, pousse plus loin ses confidences : ce prêtre inconnu au pays était admirablement ivre et parlait à tord et à travers.

Le Figaro a pu ainsi apprendre qu’il avait été ordonné à St Quentin, qu’il appartenait à des missions africaines dont le noviciat était dans cette ville  et qu’on l’avait envoyé en Bretagne pour quêter pour l’Ordre.

L’honorable curé-doyen s’émut et pria la gendarmerie de surveiller cet étrange abbé qui roulait à bicyclette dans les environs.

A la porte d’un hôtel, les gendarmes trouvèrent une bicyclette qui portait deux plaques d’identité, l’une au nom d’un mécanicien de Beslé, l’autre à celui d’un vicaire de Nantes.

Une rapide enquête leur permit d’éventer les trucs de Gros.

Il se présentait dans les fermes et après avoir exposé la situation difficile de l’œuvre en faveur de laquelle il faisait appel aux âmes pieuses et charitables, il s’inquiétait de la santé du bétail. S’il y avait eu de la morbidité dans l’année, il s’offrait pour la modique somme de 3 francs, à attirer la bénédiction du Ciel sur l’étable et, gravement, prononçait dans son abracadabra des formules destinées à écarter les génies malfaisants.

La cérémonie terminée, se tournant vers la métayère, il prenait sa voix la plus édifiante pour lui susurrer : « Ma sœur, si vous ajoutiez quelques francs, je ferais dire  des messes pour vos animaux… ». Il ne disait pas si ç’aurait été à l’hôtel (sic) de quelque St-Herbot ou de quelque Cornely, en Basse-Bretagne.


La bonne femme, touchée du « Ma sœur » dont la gratifiait un abbé si poli, retournait parfois à l’armoire. Inutile d’ajouter que notre homme ne refusait pas les offrandes en nature et qu’il rendait hommage aux crus du terroir, vidant pichet sur pichet. « Est-il simple, ce prêtre-là ! » devaient dire les bonnes gens. On s’étonne d’ailleurs, à l’entendre patoiser, qu’il ait pu donner le change à quelqu’un.

Quelques jours plus tard, on rencontrait un jeune abbé, saoul comme un polonais, qui zigzaguait à bicyclette ou s’asseyait pour souffler sur un accotement.

Les farces trop prolongées fatiguent. Arrêté, on vit au Parquet de Rennes la pittoresque apparition d’un gaillard penaud, en complet usagé mais au chef adorné d’un magnifique chapeau de curé.

Il n’avait pu heureusement escroquer de bien grosses sommes.

Il tenta en vain de faire croire à une plaisanterie, à un pari passé avec son propriétaire, ce que celui-ci démentit. La bicyclette, outil de travail de Gros, lui appartenait. La plaque portant le nom de ce mécanicien de Beslé, avait été commandé pour les besoin de la cause. Avec la soutane, il fallait l’adresse d’un presbytère et la qualité de vicaire de Nantes ou d’ailleurs.

On a voulu faire passer Gros pour un faible d’esprit, mais des renseignements il ressort qu’il ne déraisonne qu’à la suite de ses interminables libations.

Me Didier défend Gros qui pleure, affalé sur son banc.

Deux mois de prison.


2-3/ Ouest-Eclair (Nantes) du 16 mai 1930

Les choses se gâtent. Si le pittoresque du personnages est encore mentionné, l’affaire est moins drôle : l’escroc qui exploitait la crédulité des bonnes gens de la campagne se fait voleur, et ça coûte plus cher…

Un singulier personnage.

Gros Léon, 29 ans, est un singulier personnage qui a teint en noir ses cheveux blancs et s’est promené souvent dans des lieux suspects revêtu d’un costume ecclésiastique.

On l’accuse d’avoir vendu des montres en or et en argent et des alliances qui lui avaient été confiés aux fins de réparation ou d’expertise, par des clients de Blain, de Guémené et de Batz  (Loire-Inférieure). Une bicyclette prêtée à cet individu est demeurée introuvable.

Pour se justifier, l’horloger a inventé des histoires d’agression dont il aurait été victime à Nantes.

Par défaut, six mois de prison.


2-4/ Ouest-Eclair (Nantes) du 13 juin 1930

Les mauvaises nouvelles s’enchaînent pour Léon, encore dans le registre du vol. On en apprend un peu plus sur ses travestissements.

Léon Gros, Fregoli horloger.

Horloger à Beslé, âge de 29 ans, qui se métamorphose en ecclésiastique, en romanichel…et en soubrette, selon les endroits, est encore inculpé d’un vol de montre. Le bijou lui avait été confié par M. Leroux de Nantes.


Gros est condamné à six mois de prison. Cette peine se confond avec elle prononcée le 15 mai dernier, par le Tribunal de Saint-Nazaire également.


2-5/ Ouest-Eclair (Rennes) du 20 août 1930

L’année 1930 est décidément un bon cru pour Léon l’horloger de Beslé. L’épisode suivant nous révèle de nouveaux talents de délinquants du sieur Gros : la grivèlerie et la fabrication de fausses pièces d’identité.

On y voit aussi, à la fin, que le personnage commence à connaître son droit. Le théâtre de ses opérations délictueuses se situe cette fois à dix ou vingt kilomètres au sud-est de Rennes

Langon : une bonne prise.

Les gendarmes étaient avisés, avant-hier, qu’un homme, après s’être fait servir un repas chez madame David, au bourg de Lassy, était parti à bicyclette en négligeant de régler l’addition.

Les agents de l’autorité se mirent à sa poursuite et furent assez heureux de le rejoindre près de Brial-sous-Montfort.

Notre homme, ramené à Lassy, reconnut la filouterie d’aliments qui lui était reprochée et exhiba des papiers au nom de Gautier Louis, originaire de Tours.

L’individu se disait horloger, actuellement au service de M. Leclerc de Talensac.

Entre temps, une nouvelle plainte était déposée contre l’homme par Madame Bossard qui, le 12 courant, lui avait donné à manger et n’avait pas été payée. L’individu, pour inspirer confiance, lui avait déclaré venir réparer l’horloge de l’église.

Les gendarmes téléphonèrent pour obtenir des renseignements sur l’individu qui, se voyant pris, avoua son véritable état-civil, Gros Léon, horloger, né à Tours et âgé de 30 ans.

Gros reconnut alors avoir falsifié un acte de naissance et s’être fabriqué d’autres papiers de fantaisie pour pouvoir égarer la police.

Notre homme était en effet recherché pour purger une peine de six mois de prison encourue à Saint-Nazaire pour escroquerie.

Il y a quelques jours, Gros avait déjà été arrêté à Langon pour purger cette peine, mais il avait déclaré faire opposition au jugement qui ne lui avait pas été notifié et avait promis de se présenter à Saint-Nazaire pour défendre sa cause.


2-6/ Ouest-Eclair du 24 août 1930

Justement, notre héros ne se présente pas à l’audience d’appel. Visiblement, le Tribunal correctionnel de Saint-Nazaire perd patience. Cette fois, le journal fait le service minimum.

L’horloger Fregoli.

Gros Léon, 25 ans (sic), est cet horloger de Guémené qui oublie de rendre aux clients les montres qu’il a réparées.

Cet individu change souvent de costumes. On l’a vu revêtu d’une soutane puis d’une robe de femme.

Condamné deux fois à six mois de prison, il fait opposition. Comme il ne se présente pas, le tribunal confirme ses jugements.


2-7/ Ouest-Eclair du 13 mai 1933

Après les frasques de 1929 et 1930, une accalmie de trois ans (sans doute occupée aussi par un peu de prison). On retrouve le bonhomme du côté de Redon.

On sait que Léon Gros est un homme marié, père de famille. Voici maintenant l’occasion d’une plongée dans son intérieur de nature à fournir matière à un article de journal et…à une condamnation dont on appréciera, à l’aune de notre morale d’aujourd’hui, l’incroyable faiblesse. 

Ceci est aussi un écho du Tribunal correctionnel de Redon, aujourd’hui disparu.


Redon. La lune rousse.

La femme de Léon Gros, horloger à La Touche de Redon, quittait le domicile conjugal le 20 avril dernier pour éviter les scènes que lui faisait son mari, et allait chez sa mère habitant la Morinais en Langon.

Gros alla dans la nuit même chercher sa femme. Il se fit même ouvrir la porte, gifla sa femme à plusieurs reprises et bouscula quelque peu la belle-mère, puis ramena sa moitié chez lui.

A l’origine de cette affaire, il y aurait de la jalousie. (16 francs d’amende).


2-8/ Ouest-Eclair (Rennes) du 14 septembre et du 30 octobre 1937

Léon Gros est revenu à Beslé. Après avoir molesté physiquement sa moitié dans l’épisode précédent, il va se manifester à nouveau en s’en prenant verbalement à des agents de l’autorité.

Un premier article relate l’incident et un second se fait l’écho de l’audience au tribunal de Redon qui s’ensuivit.

On ne dit jamais les termes utilisés par l’horloger à l’encontre des Pandores. Mais le titre plein de finesse du second article, fait comprendre qu’il les traita probablement de « cons ».

Les gendarmes de Pipriac ayant interpellé le sieur Gros Léon, horloger à Beslé de triste notoriété pour défaut de plaque de contrôle, ce dernier refusa de donner son identité et les injuria (conclusion : procès-verbal pour outrage et défaut de plaque).

***

Où il est question d’intelligence.

Léon Gros, horloger à Beslé, se trouvant de passage à Langon et roulant sur une bicyclette sans plaque, a été interpellé par un gendarme.

Ce fut l’occasion d’un petit scandale, Gros outrageant l’agent de l’autorité qui, aux dires d’un témoin, fit preuve d’une belle patience (48 heures de prison pour outrage à gendarme).



2-9/ Ouest-Eclair (Rennes) du 25 novembre 1940

Evidemment, les temps sont durs. La France est vaincue, mais pas Léon Gros, qui tente (en vain) de prendre enfin sa revanche judiciaire après une grosse décennie de déboires.

L’objet du litige, une paire de lunettes confiée à, ou attendue de Léon Gros, peut bien sûr paraître surprenant s’agissant d’un horloger. Mais cela semble aller de soi pour le journaliste qui n’éclaircit pas le point.

Emile Leblond et Juste Baudu, cultivateurs à la Bescherais en Saint-Just, avaient fait l’objet d’une plainte de Léon Gros, horloger.

Les deux cultivateurs s’étaient présentés le 21 octobre (1940) au soir pour réclamer une paire de lunettes. Ce dernier ne voulait pas les recevoir et, quand il ouvrit la porte, il avait en main une trique, laissant présager des intentions belliqueuses.


Gros prétendait avoir fait l’objet de violences des deux hommes qui, de leur côté, déclaraient n’avoir fait que désarmer l’horloger. (Les deux hommes sont acquittés).


Voilà un bien long article pour un jour chômé...mais le mérite (ou l'inconvénient) en revient à Léon Gros et aux très bons journalistes de feu Ouest-Eclair.