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lundi 14 juillet 2014

Sainte Anne, ora pro nobis


Quand on dépouille la presse ancienne, on trouve très peu de chose à propos de la succursale orientale de Guémené que représente la section de Guénouvry. A vrai dire on n'y entend guère parler que de la fête de Sainte Anne...

La célébration de Sainte Anne, qui culmine par les cérémonies qui se tiennent sur le site de Lessaint, près Guénouvry, est ancienne. Se déroulant fin juillet, elle attirait une grande foule de Guémené et des communes environnantes, et a donné lieu à de nombreux comptes-rendus.

Voici donc l'écho de jours festifs de 1906, 1920, 1921, 1934, 1938, 1939 et 1940, puisé à différents organes : le Nationaliste de l'Ouest, Ouest-Éclair ou l'Espérance du Peuple.

La journée de célébration suit un schéma à peu près stable : en fin de matinée, grand-messe à l'église de Guénouvry (qui est une paroisse à part entière, alors), Salut au Saint Sacrement en début d'après-midi, puis procession jusqu'à la chapelle de Lessaint (2 ou 3 kilomètres !) où, enfin, on chante les vêpres. Diverses prises de paroles accompagnent plus ou moins ces différentes phases qui meublent une bonne partie de la journée.




Cette fête religieuse est également une fête tout court : elle donne par conséquent lieu, à l'instar des "pardons" de la Bretagne occidentale, à des réjouissances profanes pourvues par des forains installés autour de la chapelle : on comprend que les buvettes à cidre ne manquent pas...

Beaucoup de commentateurs s'émerveillent de la beauté du site de Lessaint associé au village du Tahun, tout proche. 

N'oublions pas enfin, qu'à l'époque, Guémené et sa région sont administrativement partie de la Bretagne.


Echo de 1906 (Nationaliste de l'Ouest) : 

Ma grand-mère Gustine avait alors 11 ans : peut-être s'y trouvait-elle...

Dans cet article, l'accent est mis sur la procession depuis l'église de Guénouvry et sur les festivités, religieuses et profanes, prenant place sur la colline de Lessaint.

L'article fait explicitement référence aux "pardons" bretons : "...fête religieuse en même temps que profane, un vrai pardon de Bretagne. Plusieurs milliers de personnes étaient venues des campagnes voisines pour honorer en ce beau lieu la bonne Mère Sainte-Anne."

On signale le rayonnement régional exceptionnel de cette fête en pointant les "...nombreux visiteurs venus de Conquereuil, de Marsac, de Vay et de Guémené, la capitale de la contrée."

La procession de l'église à la chapelle est en elle-même un exploit : "Pendant trois kilomètres, les fidèles ont récité le chapelet et chanté à leur patronne les cantiques traditionnels."

A leur arrivée, les processionnaires sont accueillis...par une fanfare : "A quatre heures, clairons et tambours annoncent l'arrivée de la procession..."

Pour finir, "le Curé de Massérac qui préside la procession, ... fait trois fois le tour de la chapelle, en chantant un cantique à Sainte-Anne de Lessaint. Le prédicateur monte sur une estrade élevée en plein air et donne de substantiels enseignements aux pèlerins".

Il est temps désormais de boire un coup et de s'amuser : " les pèlerins se dispersent sur la colline et se désaltèrent avec le cidre du pays. Ils restent quelques heures à contempler les attractions habituelles des fêtes foraines..."


Echo de 1920 (Ouest Éclair) : 

L'article, sobre et factuel, commence par rappeler que la fête a lieu :"entre Marsac et Guémené-Penfao, au lieu-dit Lessaint, dans un des sites les plus pittoresques de cette région, sur une colline qui tombe à pic sur la vallée du Don..."

Cette année-là, un événement particulier suscite une affluence encore plus importante que d'habitude : "M. le Curé de Guénouvry ayant eu l'heureuse idée de placer cette année au pied de la colline, sur laquelle est érigée la chapelle, dans une anfractuosité du roc, une très belle statue de l'Immaculée-Conception, le pèlerinage de dimanche dernier avait pris une ampleur inaccoutumée pour l'inauguration de cette statue."

On peut mesurer aisément l'aire d"influence de cette fête à l'examen des croix et bannières qui conduisent la procession : "A quatre heures, les paroisses de Guénouvry, de Conquereuil, de Marsac et du Gâvre, précédées de leurs bannières et de leurs croix, arrivaient processionnellement au pied de la statue..."

L'article confirme que les vêpres sont ensuite chantées devant une foule de plusieurs milliers de personnes. Celles-ci bénéficient à cette occasion d'un Salut au Saint-Sacrement et d'un sermon, avant de pouvoir vaquer...


Echo de 1921 (Ouest Éclair) : 

Le journaliste qui couvre l'événement en cette année de naissance de ma mère (je ne crois pas qu'elle en conserve un grand souvenir personnel...), est visiblement un chantre un peu enfumé de la "bretonnitude" et il s'emballe un peu : "Élevée au sommet d'un coteau situé au bord du Don, la chapelle domine un magnifique paysage : falaise abrupte bordant le Tahun (Traon Aoun ? val de la peur), roches de schiste couvertes de lichen, collines couronnées de pins et de châtaigniers, prés et champs jetant une note claire sur l'ensemble du tableau".

Tant qu'à faire, un peu d'histoire et de philologie fantaisistes ne nuisent pas : "La construction de l'édifice semble remontée au XVIIè siècle et le nom de Liessaint pourrait être une altération de de celui des "Sept-Saints" dont le culte, si populaire en Basse-Bretagne donne lieu au fameux pèlerinage du Tro-Breizh (Tour de Bretagne)." Ben voyons...

Et comme si cela ne suffisait pas à bien marquer les choses, le barde d'Ouest Éclair ajoute : "En tout cas, les bretons du Pays Nantais, dans leur pèlerinage au sanctuaire de Sainte-Anne de Guénouvry suivent les traditions de leurs frères du Pays de Léon et de Trégor et accomplissent pieusement les mêmes dévotions."

Plus on avance dans le temps, plus la liste des paroisses environnantes participantes s'allonge : "A la procession prennent part...des délégations de fidèles de Guémené, Conquereuil, Pierric, Massérac, Guénouvry, Marsac, le Gâvre, Nozay, etc."

Telle une grosse chenille, la procession chemine : "Partant du Tahun, elle suit les lacis d'un sentier qui gravit la colline au milieu des bruyères..."

Notre journaliste en profite pour filer son délire bretonnant, en indiquant que la procession atteint "un placître établi au-dessous d'une reproduction de la grotte de Lourdes". Un placître est en fait la partie herbeuse dans les murs d'un enclos paroissial breton, alors que l'endroit qualifié de tel n'est qu'un espace en sous-bois à flanc de colline, au pied d'une petite falaise rocheuse...






















Le chant des vêpres, un sermon par M. l'Abbé Landais, vicaire de Nozay, puis le chant du "Credo" en l'honneur de Sainte Anne terminent la cérémonie religieuse.

Notre ami de la Bretagne, rassuré après cette belle journée de fête, ainsi de conclure : "on sent que ce coin de terre de Bretagne, si semblable aux ravissants paysages qu'on découvre des Monts d'Arrhée, garde fidèlement le culte de l'antique patronne de l'Arvor." J'allais le dire...


Echos des années 30

Dans ces années-là, les choses se gâtent. Un article de 1934, paru dans l'Espérance du Peuple fournit une relation circonstanciée des événements, mais surtout le résumé d'un sermon qui se fait l'écho du malaise de cette période. 

Tout commence comme souvent par un un peu d'histoire (approximative) : "La dévotion à Sainte Anne est très ancienne à Lessaint... Elle remonterait au XIIIe siècle, ou peut-être même au XIe..., dominant la vallée du Don, se dresse la chapelle actuelle, vieille de deux siècles environ, qui a remplacé d'autres chapelles tombées en ruines au cours des âges..."

Et de peinture bucolique des lieux :  "...Les bois de pins, de chênes, de châtaigniers, qui, dans le voisinage, forment de gros bouquets de verdure et présentent à l’œil un spectacle délicieux et reposant de fraîcheur, font à cette chapelle un entourage coquet et magnifique."

On souligne aussi le rayonnement du pèlerinage par la présence massive de fidèles des communes avoisinantes : "...des pèlerins venus des paroisses voisines de Conquereuil, Marsac, Derval, Guémené, du Coudray, de Blain et au-delà, se rendaient en cars, en autos, à bicyclette ou simplement à pied vers le sanctuaire de Sainte Anne."

Puis, comme à l'accoutumé, après la messe du matin et la présentation de l'ostensoir en l'église de Guénouvry, le cortège se met en marche, truffé de membres du clergé du coin : "un cortège présidé par M. l'Abbé Paillusson, curé de Derval, et dans lequel nous avons remarqué : MM. les Curés de Guémené-Penfao, du Coudray, de Conquereuil, plusieurs vicaires et séminaristes de paroisses voisines..."

Cette procession vers le sanctuaire de Lessaint est en tous points semblable à celle décrite en 1906 : "Tandis qu'on y gravissait, sous un soleil ardent, la route abrupte qui y conduit, longue de deux kilomètres au moins, le chant des litanies de la Sainte Vierge et des cantiques en l'honneur de Sainte Anne n'ont cessé de se faire entendre."

Les pèlerins, évalués à quatre mille, sont massés au pied de la grotte en contrebas de la chapelle. C'est là que sont chantées les vêpres, suivies du sermon du Chanoine Lemoine (!), vicaire général de Nantes (donc une "huile")

Le bon père n'y va pas par quatre chemins : il faut que l'auditoire s'unisse dans ses prières pour "faire le siège de Sainte Anne" afin "qu'elle hâte la venue d'un sauveur". C'est que tout va mal : c'est la crise. 

Et le chanoine de développer : 

D'abord la crise économique qui frappe les campagnes : "...vos greniers crèvent sous le poids du blé dont personne ne veut".

En second lieu, bien sûr, la crise morale et le spectre corrélatif de désordres sociaux effrayants : "Maintenant beaucoup de gens vivent avec l'unique souci du corps et des biens terrestres. L'âme, la vie future, ils ne s'en préoccupent pas... N'est-ce pas pour cela que s'est formée l'armée des "damnés de la terre" prête à marcher à l'assaut de ceux qui possèdent parce qu'elle exige, elle aussi, sa part de biens et de bonheur ici-bas !". Mon dieu !

Ensuite, la crise nationale, fruit des "scandales les plus hideux qui ont porté atteinte à notre honneur national."

Enfin, la crise internationale : "Qui nous dit que nous ne reverront pas les sombres jours de 1914 ?"

L'orateur, s'interroge évidemment sur l'origine de tous ces désordres et apporte une réponse : "...parce qu'on a organisé le monde comme si Dieu n'existait pas." A partir de là, toute licence est rendue possible : "...Si Dieu n'est pas dans ma conscience pour m'enseigner le respect du bien et de la personne d'autrui, qui m'empêchera de voler, de supprimer ceux qui sont un obstacle à mon bien-être ?" En effet.

Mais il existe encore une solution pour remédier à ces horreurs : "...la restauration de la foi et de la morale chrétienne dans les âmes et les familles." Et le prédicateur achève "en suppliant Sainte Anne de nous rendre des mœurs pures et d'étendre dans les âmes le règne de Jésus-Christ."

Le curé de Guénouvry prend ensuite la parole pour remercier le chanoine et enfin, la foule répète l'antique rite : "...monte vers la chapelle et fait trois fois le tour de celle-ci en chantant de tout coeur et à pleine voix un cantique à Sainte Anne. Puis elle pénètre dans le sanctuaire pour invoquer une dernière fois l'aïeule vénérée de Jésus, devant son antique statue."


Nous sautons quatre années et retrouvons Ouest Éclair en 1938.

La relation des faits y est succincte. Il fait très chaud et il y a cependant beaucoup de participants.

Comme d'habitude : grand-messe le matin à Guénouvry et procession l'après-midi jusqu'à la chapelle où l'on célèbre les vêpres. Un autre chanoine y prononce "un sermon éloquent et très spirituel".

L'originalité de cette fête tient à ce qui suit, à savoir la "bénédiction d'une statue de Sainte Anne pour remplacer celle de Notre-Dame de Lourdes qui avait été brisée voilà déjà deux ans", épisode qui avait fait grand bruit dans les chaumières et les sacristies.























Singulière enfin, l'allocution du curé de Guénouvry qui conclut cette journée en "remerciant vivement les nombreux pèlerins qui avaient eu l'amabilité de se déranger pour venir en si grand nombre assister à cette bénédiction..." Les braves gens !


L'année d'après, 1939, nous sommes renseignés par "l'Echo du dimanche". C'est l'année de la guerre, bien sûr, dont nous ne sommes qu'à une petite poignée de semaines, en ce dimanche 30 juillet.

Les gens sont préoccupés : à la grand-messe du matin, la foule "demandait à la Bonne Mère de veiller sur notre pays et d'étendre sa protection à toutes les familles de Guénouvry..."

Pour couronner le tout, il ne faisait pas beau : "Après le Salut du Saint-Sacrement... la procession partit vers les coteaux de Lessaint. La pluie commençait de tomber, mais les pèlerins ne se découragèrent pas", tous entraînés qu'ils étaient par leur clergé : "M. le Doyen de Derval...récitait le chapelet. M. le Doyen de Guémené dirigeait les chants."

Arrivée à la grotte de Sainte Anne, la foule assiste aux vêpres. Hélas, il se met à pleuvoir de plus belle. Cette épreuve ne surprit pas les fidèles qui "n'oublièrent pas que la pénitence doit faire partie d'un pèlerinage et ils restèrent courageusement à prier sous l'averse."

Mais pour s'attendre à la pénitence on n'en est pas moins prévoyant de la météo : "Le R.P. Jacques commença son sermon devant une impressionnante assemblée de parapluies. Il ne voyait aucun de ses auditeurs."

A la fin, le curé de Guénouvry remercia l'orateur et les pèlerins et "les invita à faire individuellement leur visite à la modeste chapelle de Sainte Anne".

Mais bon, il faisait un temps de chien : "La foule se dispersa bien vite, passant rapidement devant les baraques des forains qui envahissaient l'esplanade." Il paraît cependant que les gens rentrèrent chez eux contents car : " du haut du Ciel, Sainte Anne les avait bénis...". Il faut peu de choses...


C'est à Ouest Éclair que revient le mot de la fin. En cet été 1940, la fête à lieu le 28 juillet : la défaite est consommée et l'Armistice est signé depuis six semaines. Que dire de plus : " La grand-messe fut célébrée à 12 heures (heure allemande)...". On ne saurait mieux dire, en effet...

mercredi 23 avril 2014

Vitrail et mitraille (2)


Dans un article récent consacré aux vitraux de la chapelle des Lieussaints, j'indiquais n'avoir pas identifié le couple de commanditaires (et donateurs) des deux vitraux les plus intéressants où figurent néanmoins leurs blasons.



Au terme d'une enquête palpitante dont je vous épargne les méandres, je crois pouvoir être en mesure de fournir une solution à cette énigme.

Pour rappel, le thème central de ces deux vitraux est, d'une part, une scène coloniale figurant un groupe de soldats menés par un officier dans un décor exotique et, d'autre part, une scène à connotation religieuse représentant deux femmes, probablement la Vierge et Sainte Anne, sa mère. 



Dans le précédent article, j'émettais l'hypothèse que le blason à fond blanc avec trois feuilles de houx pouvait renvoyer à la famille (comtale : d'où la couronne) Guériff de Launay dont un représentant, vers la fin du XIXème siècle, demeurait au château de la Herbretais à Marsac-sur-Don, commune riveraine de Guémené, comme on sait, et dont la chapelle dépositaire des vitraux en question est proche (le site de la chapelle est quasiment équidistant des deux bourgs).

Il se trouve que ce comte marsacais avait pour épouse une dame de Courcival. Moyennant quelques investigations j'ai trouvé des compléments décisifs sur la famille de Courcival, dont le nom complet est Stellaye de Baigneux de Courcival (les noms nobles sont souvent encombrants : il faut donc des demeures vastes pour les abriter. Voilà sans doute pourquoi ces gens-là ont tendance à habiter des châteaux).

Je suis donc tombé sur une plaquette anonyme qui raconte l'histoire de cette famille avec, en quatrième de couverture, les titres et les armoiries de ces braves gens. Evidemment, le blason est en noir et blanc. Mais les motifs (les trois étoiles) évoquent farouchement le blason de droite sur les vitraux. De plus, sa description en jargon héraldique confirme la proximité entre le blason des de Courcival et la représentation de la chapelle : "de sable (noir), chargé de trois étoiles d'or".


Ainsi donc, les donateurs de ces deux vitraux sont le comte Clément-Marie de Guériff de Launay, capitaine au 12ème Dragons de ligne, et Adèle-Renée Stellaye de Baigneux de Courcival (fille de marquis) née à Mortagne le 13 novembre 1836 et épousée le 17 mai 1858, châtelains de la Herbretais en Marsac.

Reste à savoir quelles furent les motivations qui les amenèrent à faire ce don à cette chapelle.

Je vais donc me risquer ici à une double proposition d'interprétation.

La scène colonial fait peut-être allusion à leur troisième enfant (sur quatre), Auguste-Jules, né le 13 septembre 1862 et qui fut brigadier au 2ème Dragons.

Ce pauvre Auguste mourut en effet à Madagascar dans la fleur de l'âge, le 20 novembre 1899. Mais surtout il était titulaire des Médailles Coloniale et du Dahomey et était également Chevalier de l'ordre du Dragon d'Annam. Visiblement le brigadier avait roulé sa bosse du Zambèze à la Corrèze, plus colonial tu meurs (en effet) !

Ce vitrail est possiblement un hommage de parents endeuillés à un fils mort au service de la France et de ses valeurs civilisatrices, une sorte de stèle commémorative à la mémoire de celui qui demeurait sans sépulture sur le sol de la Mère Patrie.

Dans le même ordre d'idée, je suggère que le second vitrail soit aussi une sorte de stèle en souvenir d'une parente également soustraite au monde.

On trouve en effet qu'une sœur de la châtelaine de la Herbretais en Marsac, Stéphanie-Charlotte Stellaye de Baigneux d'etc... fut reçue dans le "noble Chapitre des Dames Chanoinesses de Sainte-Anne de Bavière". Tout un programme qui sent la clôture et l'éloignement : bref une mort au monde séculier.

Je propose donc que ce vitrail fasse référence à cet engagement en rapport avec la dame à laquelle est dédiée la chapelle, à savoir la brave Sainte Anne.

Voilà, bonne soirée et à bientôt pour d'autres aventures.

dimanche 20 avril 2014

Vitrail et mitraille


Voilà un moment que je cherchais à revisiter la chapelle Sainte-Anne des Lieussaints (ou de Lessain ou de etc...) où j'avais manqué, la dernière fois, de prendre des photos des vitraux, me concentrant sur les fresques.

En arrivant ce matin sur le sommet de la colline où perche cet édifice qui domine la vallée du Don, voyant de loin sa porte latérale grande ouverte, je savais ma persévérance enfin récompensée.

Il faisait bien sombre et pas trop chaud dans la petite chapelle.

Je me suis d'abord dirigé vers les deux vitraux proches de l'autel et qui sont les plus intéressants du point de vue artistique.

Il sont l'oeuvre du maître-verrier Antoine Meuret de Nantes, déjà mentionné pour ses importantes réalisations dans l'église de Guémené :



Je n'ai pas réussi à en identifier les commanditaires, en dépit de la présence de deux blasons surmontés d'une couronne comtale, au bas des deux ouvrages (peut-être à gauche, celui des de Gueriff de Launay, du château de la Herbretais, à Marsac). Si donc vous avez l'information, je suis preneur.



Le premier vitrail, à droite de l'autel, est singulier en ce qu'il représente une scène de guerre coloniale.

Une petite troupe d'infanterie de marine, pantalon blanc, casque colonial (modèle 1885) frappé de l'ancre, vareuse à double rangée de boutons et guêtres, progresse dans une nature exotique, avec pour fond de hautes collines sombres.

Elle est commandée par un jeune officier moustachu plein d'entrain et sabre au clair. La troupe, derrière, semble plus perplexe et moins lancée vers l'aventure consistant à civiliser les autochtones à coups de fusils. On dirait même qu'elle est un peu "paumée".

On remarquera un jeune clairon sur la gauche qui semble avoir remarqué quelque chose au loin.

L'ensemble de la scène est surmontée d'une figure un peu mystérieuse assise dans les nuages, une femme apparemment.





























Le vitrail qui lui fait face n'est pas signé, mais doit provenir du même atelier que le précédent. Il a d'ailleurs pour donateurs le même couple de comte et comtesse inconnus.

La scène principale met en scène deux femmes devant un nouveau-né dans un berceau monté sur patins.

La plus jeune est revêtue de bleu et est agenouillée devant l'enfant, mains jointes, tandis que la seconde est debout et porte des vêtements clairs. Il s'agit probablement de Marie et de Sainte Anne, sa mère.

Le tableau prend place dans une pièce carrelée avec à l'arrière-plan des grands pans d'un rouge sombre marqués de motifs circulaires.

Un bon Dieu barbu plane dans le ciel juste au-dessus, bras écartés.






























Tant que j'y étais, j'en ai profité pour examiner les deux autres vitraux, moins vivement colorés, présents vers le fond de la chapelle. Ils sont d'une autre série et probablement d'un autre artiste (pas de signature visible).

Tous deux sont dédiés à Sainte Anne qui en orne la partie centrale par deux "portraits" quasiment identiques :

























Des "phylactères", ces rubans de paroles fréquents dans les représentations religieuses, louent les mérites de la sainte dans un lyrisme dont on se demande à quelle source exacte il peut bien puiser, mais qui m'a un petit air de saint-sulpicisme rance, une odeur de fond de sacristie où se mêleraient sans discernement l'encens, la bougie et l'humidité :

"Sainte Anne, Tige fleurie, Institutrices des Vierges ",

"Mère des veuves, Sainte Anne, priez pour nous",

"Sainte Anne, racine féconde, Gloire de la Terre",

"Rampart de l'Eglise, Sainte Anne, priez pour nous".

Il est fort à craindre que l'auteur de ces sentences, à qui l'eau bénite est visiblement montée à la tête, n'ait pas été vierge, hélas. Car sinon, cette personne aurait forcément eu pour institutrice la bonne Sainte Anne qui lui aurait dit que "Rampart" (correct en anglais) s'écrit "Rempart", en bel langaige françouais !

Quoique selon Saint Âne,...







samedi 6 octobre 2012

La Chapelle des Lieussaints


L'été dernier, je me suis rendu à la Chapelle Sainte-Anne de Lessaint. Il faisait beau, j'étais avec le plus jeune des mes fils âgé de 18 ans. Je n'étais pas venu moi-même sur ce site depuis une éternité. Ma mère prétend que nous y sommes passés avec mon père, qu'une photo en témoigne, mais je ne l'ai pas retrouvée et cela date de quarante-cinq ou même cinquante ans maintenant.

Malgré la période des vacances et le beau temps, nulle autre personne que nous ne venait troubler la tranquillité du lieu. La Chapelle était ouverte en prévision du pèlerinage du dimanche à venir. Nous avons pu longuement en faire le tour, lire les panneaux explicatifs, regarder les fresques murales, faire des photos.

Je vous propose ces clichés à la fin de ce post.

Pour l'heure, je vous soumets trois textes qui éclairent l'histoire ou la légende de ce lieu. L'un est tiré des 
Annales de Nantes auxquelles j'ai déjà eu recours récemment, l'autre d'un ouvrage de la fin du XIXème siècle. Le dernier provient d'un panonceau explicatif disposé à l'intérieur de la Chapelle.

Le premier texte est assez plan-plan. Il raconte platement la légende du Solitaire de Lessaint et de sa rencontre avec la Duchesse Anne.


A la fin du XVème siècle, le coteau de Lessaints fut le refuge d'un pieux vieillard, vivant solitaire, en la seule compagnie d’une biche apprivoisée.

C'est vers 1480 qu'il était venu se fixer là, n'apportant pour tout bagage que de vieilles hardes, plusieurs manuscrits rédigés et illustrés par lui-même et par les moines de Saint-Sauveur de Redon, puis surtout un coffret de bois magnifiquement ouvragé qu'il cacha dans la ténébreuse caverne de son ermitage.

Chaque matin, il montait à la chapelle et il faisait de longues oraisons, les bras en croix, sans se soucier de ceux qui passaient.

Sur ces entrefaites, Anne de Bretagne fut invitée à Pontveix en Conquereuil par le Seigneur Maxi­milien de La Chenaie. à l'occasion d'une chasse ducale dans la forêt du Gâvre.

A la fin du repas que Maximilien offrit à ses invités, le Solitaire vint demander audience à la Duchesse.

L'après-midi. Anne de Bretagne monta à la chapelle, précédée de la biche de l'ermite qui servait de guide et d'introductrice.

Le Solitaire s'avança porteur de sa précieuse cassette qui contenait des rubis et des émeraudes, des trésors remportés d'Orient par les ancêtres du moine.

Emportez ces joyaux, ma souveraine, dit le vieillard, ce sera pour achever votre cathédrale de Nantes.

La duchesse émerveillée lui promit, qu'en échange, elle lui ferait construire une belle demeure.

Non, répondit le Solitaire, je ne demande qu'une chose, c'est de faire en sorte que les landes qui entourent la chapelle y restent attenantes et n'en puissent être distraites, ni modifiées pour conserver intact le paysage à travers les siècles.

Anne de Bretagne promit et l'ermite, suivi de sa biche, s'en retourna à sa caverne, tout heureux d'avoir rendu service à son pays d'adoption.

L'autre texte est tiré d'un ouvrage de 1898 consacré aux Sept-Saints de Bretagne et aux pèlerinages à eux dédiés en divers endroits. L'auteur (Julien Taverny, assez inconnu au bataillon, par ailleurs) est un écrivain breton du XIXème. Ayant fait le tour des chapelles consacrées aux Sept-Saints en "vraie" Bretagne, il digresse, non sans aigreur, de la manière suivante :

A cette liste de chapelles des Sept-Saints situées dans les limites de leurs anciens diocèses, il faut en ajouter une autre située dans le diocèse de Nantes.

En la commune de Conquereuil (canton de Guémené-Penfao, arrondissement de Saint-Nazaire), près du château de Pont-Veix, au bord même de l'ancienne voie romaine conduisant de Blain vers la Vilaine, il existe une chapelle placée sous le vocable de Sainte Anne, mais nommée autrefois chapelle des Sept-Saints, autrement (par corruption) de Lessaint (les Saints).

On voyait autrefois dans la chapelle sept statuettes en bois, très anciennes, occupant sept niches distinctes  représentant sept saints avec leurs attributs ; mais les noms de ces saints étaient perdus, il y a près d'un demi­ siècle.

A cette époque, vers 1852, la chapelle fut reconstruite avec le goût qui préside d'ordinaire à ces réfections, les sept niches furent supprimées. Il y a vingt ans les statuettes furent offertes à un brocanteur qui n'en voulut pas ; six d'entre elles furent remisées au grenier de la chapelle neuve ; la septième, moins vermoulue que les autres, fut placée dans la choeur de la chapelle où elle figure encore sous le nom de saint Méen. 

Pour le coup, l'histoire est un peu différente de celle qu'on a l'habitude d'entendre...Et le rattachement suggéré à une vraie tradition culturelle bretonne me paraît, d'un point de vue "bretonnant", plus bretonnant que la classique histoire écolo-cucul de la Duchesse Anne et du Solitaire à la biche.

Enfin, chacun voit.

Reste donc le panonceau "officiel" situé dans la chapelle, qui met l'accent sur d'autres aspects historiques.

Le site des Lieux Saints (sic) est un lieu de fréquentation très ancien, dont l'origine n'est pas réellement connue.

Il fut, dans les temps anciens, une frairie, regroupant les villages autour : le Tahun, Les Rivières, la Holtais, la Billiais...

Le site lui-même se serait développé à partir des années 900, par l'action des moines du prieuré de Redon. Ils fondèrent là une léproserie, comprenant un village, avec ses habitations, son cimetière, et son lieu de culte.

Cette chapelle, comme tout lieu de culte de maladrerie (léproserie), est dédié à Sainte Anne.

On ne sait comment ce site a évolué au fil des siècles. Simplement l'on sait qu'en 1835, on recensait ici 6 maisons, situées près de la carrière, et un cimetière. Entre 1963 et 1968, au moment du remembrement, les quelques vestiges ont été définitivement détruits.

Bref, difficile de s'y retrouver...

Maintenant, comme promis vous trouverez ci-après les photos que j'y ai prises. Leur intérêt est bien entendu documentaire. A ma grande surprise, on voit sur les murs intérieurs de l'édifice des peintures assez jolies dans le goût italien du XVème siècle. Elles représentent des scènes de chasses. Elles sont côtoyées d'oeuvres plus faibles que je ne vous montre pas.












Enfin ce qui est sûr, c'est que la visite vaut le coup, ne serait-ce que pour le site qui est fort apaisant.