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samedi 19 mars 2016

Coins et recoins d'église (3)


Ce pourrait être un article de la série "Vitraux et merveilles". Mais le vitrail dont je veux parler aujourd'hui étant moins accessible que ceux de la nef de l'église de Guémené et l'ayant découvert dans le cadre de ma récente expédition dans les coulisses de cet édifice, je préfère le traiter dans la récente série des "Coins et recoins d'église". D'ailleurs, ça n'a aucune espèce d'importance.

Pour apercevoir le vitrail en question, il faut aller dans la sacristie où il se déploie sur la paroi de la pièce qui donne sur l'extérieur, naturellement.

Ce petit vitrail (petit par rapport aux autres) consiste grossièrement en un écu circulaire placé au milieu d'un rectangle. Le rectangle est bordé de verres jaunes et composée de figures de verre géométriques, bleues, bleu pâle, mauve. Ces pièces forment dans la partie supérieure une sorte de croix.

A la simplicité de ce fond, l'écu rond oppose une composition plus riche où le rouge domine. Toutefois, cette partie de l'oeuvre ne comporte que cinq pièces de verre sur lesquelles des motifs ont été peints.

Un liseré vert entoure le disque à fond rouge. Sur celui-ci quatre éléments se distinguent : au centre, un blason posé sur une croix ; au-dessus du blason, une couronne comtale ; un chapelet est accroché aux deux bras de la croix ; une devise, "VERITAS", est inscrite de part et d'autre de la croix du chapelet.



Les armoiries sont une composition complexe et appartiennent à l'ordre des Dominicains.

Le fond du blason est blanc ou argenté avec comme deux rideaux noirs dans sa partie supérieure.

Sur la partie argentée se trouve figuré un chien blanc (ou argenté) qui tient dans sa gueule une torche enflammée. Sa patte gauche est posée sur un globe, surmonté d'une croix d'or et qui devrait être bleu (il est blanc !).

En principe, le chien devrait aussi être couché sur un livre...ce qui n'est guère apparent dans notre cas.

Au-dessus du chien, une palme censée être verte et un lys d'une couleur qui peut variée, mais blanc (ou argenté), en l'occurrence.

La partie supérieure du blason fait apparaître une étoile d'or séparée du reste de la composition par un arc de cercle également d'or.

En bel langage héraldique, cela donne :

"D'argent, à la chape de sable, l'argent chargé d'un chien de même, tenant dans la gueule une torche enflammée, la patte senestre sur un globe d'azur et couché sur un livre de gueules, accompagné d'une palme de sinople et d'un lys au naturel passés en sautoir dans une couronne d'or, et une étoile d'or en chef."


On peut se demander à quoi tout cela rime, s'agissant d'un ordre monastique. En fait une légende permet de rendre compte de cette iconographie.

En effet, la mère du fondateur de l'Ordre des dominicains, la maman de Saint Dominique par conséquent, une certaine Jeanne d'Aza peut-être, fit un rêve pendant sa grossesse.

Dans ce songe, un chien tenant une torche allumée en sa gueule afin d'éclairer le monde lui apparut. Ce rêve prémonitoire annonce bien évidemment la vie de son futur fils Dominique et les dominicains (dominicanes en latin) qui sont les chiens du Seigneur (domini canes, en latin). 

En effet, après ce jeu de mot onirique et désopilant, la brave femme accoucha de son fils qui lui-même accoucha de l'ordre monastique bien connu, dont le rôle est d'aboyer contre les hérésies et de surveiller comme de bons toutous le troupeau des brebis du Seigneur. Des flics, quoi.

La composition de ce vitrail datant de 1905 est due à une artiste d'origine toulousaine qui exerça à Angers : Jean Clamens.

Né à Toulouse en 1850, celui-ci s'installe à Paris pour y étudier le dessin et faire carrière. Mais c'est en Anjou qu'il se fixe, vers 1875. Il y prospéra, ouvrant une succursale à Paris et New-York.





















Cet artiste de qualité est par ailleurs représenté dans l'église de Guémené par des oeuvres commandées par les famille de Becdelièvre et Dubourg (voir les premiers articles de la série "Vitraux et merveilles").

Le commanditaire du vitrail de la sacristie m'est inconnu. Il s'agit probablement d'un dominicain (jusque là tout va bien). On peut penser qu'il provenait d'une famille noble locale ce dont pourrait témoigner la couronne comtale qui domine le blason. Mystère...


mercredi 31 décembre 2014

La longue tristesse d'Alfred Bertot


Alfred Gustave Bertot est né dans le Calvados, le 20 juillet 1863, à Villy-Bocage, petite bourgade à une quinzaine de kilomètres de Caen. 

De son enfance et de ses origines familiales, on ne sait rien (scandaleusement, les archives en ligne du Calvados sont payantes : par principe ou par radinerie - voire les deux -, j'ai renoncé à percer ce mystère). 

Alfred a vingt ans et il "monte" à Paris. Ce jeune homme aux yeux marron clair, aux cheveux bruns, d'une taille plutôt normale pour son époque (1 mètre 67), y restera une petite douzaine d'années où il servira comme domestique. 

Cette période est cependant "mangées" par le service militaire (prévu en principe pour cinq ans, à cette époque !) dont il se sort en septembre 1883, au bout de "seulement" trois ans et dix mois...

Il demeure d'abord au 137 rue de Charonne dans le 11ème arrondissement, puis dans des quartiers riches où sans doute habitaient ses patrons : 6 villa de Longchamp; rue Saint-Didier, 84 avenue Kléber, toutes adresses situées dans le 16ème arrondissement de la capitale.

Il se marie probablement vers 1894. Son épouse est originaire de Guémené, de Beslé et même du village de Méauduc, pour être très précis. Elle s'appelle Anne-Marie Hervé et a quatre ans de plus que lui, mais ce n'est pas grave. Où se sont-ils rencontrés ? Mystère... peut-être à Paris, qui sait...

Ce couple - plus tout jeune - va avoir un enfant, lequel naîtra à Brains-sur-Vilaine, en face de Beslé de l'autre côté du fleuve, le 30 juillet 1895, soit la même année que ma grand-mère Gustine.

Rapidement le petit Gustave Alfred est mis en nourrice à la ferme de la sœur de sa mère (la tante Victoire Hervé), toujours à Brains, au hameau de la Blandinais. Cette tante avait épousé en juillet 1879 Joseph (ou Jean-Marie, on ne sait plus) Morel, un gars de Beslé aussi. Ils ont sept enfants, alors un de plus un de moins...

On retrouve le jeune Gustave en 1911 à Beslé. Il a seize ans et est employé comme ouvrier bourrelier chez Pierre Pesneau.

On peut dire que la vie de ce jeune homme est paradoxale : fils unique, il passe sa vie dans des familles très étendues. Les Pesneau (dont la femme est "débitante") battent en effet les Morel nourriciers : ils ont six enfants mais en plus, leur foyer abrite la sœur du patron, qui fait office de cuisinière, et trois ouvriers bourreliers, dont le fils de notre héros du jour et deux jeunes gens un peu plus âgés que lui. Soit douze personnes...à table, on a frôlé la catastrophe...

A cette date, on ne trouve pas trace des parents de Gustave, Alfred et Anne-Marie,  dans le coin.

Toutefois, ces derniers sont signalés comme habitant Beslé en 1914.

Cette année 1914 est une année de guerre, bien sûr, et de Conseil de révision pour le jeune Bertot. Gustave est un jeune homme comme les autres : plutôt petit (1 mètre 63), cheveux châtains et yeux marrons. Un peu comme papa, en fait.

Apte pour le service, il incorpore le 16 décembre un régiment d'infanterie basé à Brest, le 19ème. Toutefois, fin mai 1915, ce fils de France va rejoindre le 2ème Régiment "bis" de Zouaves.

Ce régiment est alors dans les Flandres belges, dans le secteur de Boesinghe, banlieue au nord d'Ypres. Quand le jeune homme arrive, les troupes du secteur viennent d'essuyer leur première attaque aux gaz (Ypres oblige...).

Toutefois, les débuts guerriers de Gustave restent relativement "paisibles" : quatre mois à Boesinghe puis repos du côté de Dunkerque.


Le 5 novembre 1915, départ en chemin de fer. Les 7 et 9 novembre, embarquement à bord du « Lutétia » et du « Burdigala » deux navires qui rejoignent l'Armée d'Orient. Vogue la galère... Autre chose que la navigation sur la Vilaine...

Débarquement des 3.200 hommes à Salonique, la "Sultane convoitée", et regroupement dans les environs, au camp de Zeitenlick, "terrain désertique, semi-marécageux, bossué, sans un arbre". Bonjour l'Orient et les Mille et unes nuits....

L'hiver arrive, puis le printemps... De février à Mai 1916, le régiment 
défend le secteur du Vardar "sous des pluies battantes et pataugeant dans la boue. Nombreuses sont les atteintes de paludisme, de dysenterie, de gelures de pieds". Pas vraiment des vacances au soleil, quoi.

Puis, le régiment gagne la vallée du Genis-Deré, pour interdire la contrebande et rendre praticables les pistes du coin.

Après un séjour d'un mois à Salonique, le régiment gagne par étape la région nord de Serrès. Il se trouve ainsi stationné à Kavakli lorsque, le 17 août au matin, les Bulgares attaquent.

Le 19 août, le régiment reçoit l’ordre de se porter en avant et d’atteindre la voie ferrée de Serrès. Le 20 août, à 4 heures du matin, il franchit le fleuve, la Strouma, et progresse.

Il règne une chaleur accablante. Face à l'opposition, les unités françaises se replient à nouveau derrière le fleuve. Bref, un coup pour rien.


Quelques jours plus tard, le 2ème Zouaves "bis" rentre à Salonique.


Enfin, moins les manquants.

Le Journal des Marches et Opérations de ce régiment est un modèle du genre : clarté des notes, calligraphie, détails...Je vous y renvoie bien volontiers, sur le site "Mémoires des Hommes", pages 64 et suivantes. 

Le bilan humain de cette remarquable attaque sur la Strouma y est détaillé en longs tableaux : 31 morts, 146 blessés et 143 disparus dont les matricules, noms, prénoms, compagnies et sorts sont scrupuleusement mentionnés par le scribe militaire de service.

Y figure parmi les "disparus" celui de Gustave Bertot, soldat de 2ème classe de la 12ème Compagnie du 2è Zouaves "bis".

Mais sur sa fiche de "Mort pour la France", il est indiqué qu'il a été "tué à l'ennemi", à Orljak, sur la rive droite de la Strouma, le 20 août 1916.

Salonique et Serrès à 90 km au Nord-Est

La Strouma, Serrès, Kavakli, Orljak

Pendant ce temps là, à Beslé au bord de la Vilaine, la vie continue.

La guerre aussi.

Enfin, elle se termine dans la joie et la tristesse, selon. Nul doute que les parents du disparu n'aient longtemps espéré un miracle, et donc le retour du fils unique et tardif à Beslé, fraction de Guémené.

Mais le Tribunal de Saint-Nazaire rend un jugement fin avril 1921 qui clôt l'histoire de Gustave Alfred Bertot. Il est déclaré mort et cela est transcrit sur les registres d'Etat-civil de la commune. Son jeune corps s'est volatilisé dans les Balkans, à jamais et pour pas grand-chose.

Alfred et Anne-Marie Bertot se retrouvent seuls, sans enfant. Il n'y a pas de mot pour désigner cette situation : un enfant est orphelin s'il perd ses parents, un conjoint est veuf s'il perd sa moitié. Mais un parent qui perd un enfant ? C'est l’innommable.

Les jeunes compagnons d'avant-guerre de Gustave, du temps de chez le bourrelier Pesneau, ont échappé au massacre. Ainsi Alexandre Pentecouteau, autre jeune ouvrier de la maisonnée qui n'a été "que" blessé à deux reprises, ou le fils aîné Pesneau, Pierre qui sera bourrelier aussi et pour qui il n'y a rien à dire.

J'ignore quelle était l'occupation du papa de Gustave. Dans les données disponibles d'après-guerre, il apparaît sans profession, tandis que la maman est déclarée "ménagère".

Le 17 mars 1924, Anne-Marie Bertot, née Hervé à Beslé, disparaît à son tour, laissant Alfred Bertot seul face à son chagrin. On suit sa trace encore pendant dix ans, au gré des recensements.


En 1942, un maître verrier nantais Henry Uzureau réalise une oeuvre telle qu'il n'en pas réalisée depuis vingt ans.

Cette oeuvre montre ce qui semble être un évêque avec sa crosse, tenant dans sa main gauche un sacré-coeur. Il est auréolé, c'est donc probablement un saint. Il ne porte pas la mitre épiscopale classique, mais un couvre chef plus ou moins en dôme avec un voile qui descend derrière la tête. La barbe renforce l'idée d'un saint orthodoxe, comme ceux de Salonique ou des rives funestes de la Strouma.

Ce maître verrier avait  été sollicité juste après le premier conflit mondial pour des vitraux commémoratifs : on en trouve dans les églises de Quilly, du Gâvre ou encore d'Herbignac. Leur style est très différent de celui du vitrail de Beslé.

Alfred Bertot a près de 80 ans. Il vient de faire réaliser une oeuvre à la mémoire de son fils unique, Gustave, destinée à l'église de Beslé.

L'énigme de cette figuration rajoute au mystère de la mort de Gustave Bertot ou de celle de son père, Alfred, dont je ne connais pas la date. Et d'ailleurs, celle qui figure sur le vitrail pour la disparition du fils est erronée...

Mais qu'importe. Si vous passez par Beslé et que par hasard l'église en est ouverte, arrêtez-vous un instant pour contempler le vitrail à la mémoire de Gustave Bertot, mort à 21 ans quelque part en Orient et ayez une pensée pour lui et pour la longue tristesse d'Alfred, son père.






lundi 29 décembre 2014

Vitraux et merveilles (8)


Aujourd'hui, on va s'attaquer à du lourd. En effet, il s'agit rien moins que d'évoquer les vitraux de l’extrémité orientale du transept de l'église de Guémené. On y trouve essentiellement une rosace et cinq baies hautes et étroites.

Vu de loin, les compositions qui forment la décoration de cette partie de l'église sont moins chatoyantes que leurs alter ego situés à l'opposé, côté ouest. Le bleu et le rouge semblent y dominer.






Je le dis tout de suite, je ne sais pas à quel atelier cet ouvrage a été confié, ni en quelle année.

En revanche le commanditaire probable est identifiable à sa "signature", à savoir des armoiries que l'on trouve tout à droite et tout à gauche des quatre œils-de-bœuf lobés qui séparent la rosace supérieure des cinq baies inférieures.

Vu la hauteur et la petitesse de ces petits vitraux, mes photos sont médiocres. On y découvrent cependant un blason surmonté de la couronne comtale, comprenant quatre quartiers répétant deux motifs, flanqué de deux lions.

Les quartiers supérieur gauche et inférieur droit sont identifiables aux armes des Potiron de Boisfleury : sur un fond rouge, une aiguière d'argent est inscrite dans une couronne d'or ("de gueule, à l'aiguière d'argent dans une vire d'or"). Encore que le fond rouge paraisse surprenant : on s'attendrait plutôt à du bleu...

Mais au total, difficile quand même de dire de quels commanditaires précisément il s'agit.




Ces vitraux semblent dédiés à l’Évangile. Les cinq baies inférieures représentent en effet les étapes essentielles de la saga de Jésus.

Chacun des cinq grands vitraux  sous la rosace comprend trois scènes de la vie de Jésus - essentiellement - mais la chronologie veut qu'on les lise ligne à ligne, horizontalement (de la première scène en haut du vitrail de gauche jusqu'à la première scène en haut du vitrail de droite ; puis de la seconde scène, au milieu du vitrail de gauche jusqu'à la dernière scène à même hauteur du vitrail de droite ; et ainsi de suite).

En tout donc, quinze scènes du Nouveau testament :

1 - L'Annonce faite à Marie : dans une loggia à carreaux blancs et noirs, un ange sur un nuage, de mauve vêtu, remet un lys à Marie. Celle-ci le reçoit agenouillée, enveloppée d'un manteau bleu, tandis que la colombe du Saint-Esprit lui envoie ses rayons sur la tête.



2 - Episode non identifié : Joseph, portant une cape rouge et tenant une sorte de chapeau de paille à la main ainsi qu'un bâton de pâtre, et Marie font leurs adieux à Saint-Anne (?). C'est la nuit, on distingue de la végétation à l'arrière plan à gauche et un palmier à droite.



3 - La Nativité : dans une hutte couverte de branchages feuillus, deux bergers se recueillent face au bébé Jésus, langé de blanc et couché sur de la paille posée sur un tréteau. Joseph et Marie le leur présentent. Au pied du "berceau", un agneau aux pattes liées gît. L'un des berger porte une tunique bleue tandis que l'autre a un manteau marron et des chausses rouges.



4 - La présentation au Temple : les parents de Jésus se tiennent en position inférieure par rapport au personnage central qui doit être Siméon le Sage. Un autre personnage en chasuble verte en retrait de Siméon ne m'est pas connu (en principe, l'autre personnage de cet épisode est Anne, une prophétesse : mais elle n'avait probablement pas de barbe, contrairement au bonhomme en vert évoqué). Conformément aux rites, les parents de Jésus ont apporté en sacrifice deux colombes qui sont dans une cage près de Joseph, sur laquelle celui-ci pose la main.



5 - Jésus discute avec les docteurs au Temple : Jésus est un enfant de douze ans chevelu et glabre : il se tient entre deux autres personnages, un livre à la main, en robe blanche et manteau rouge, assis sur un trône de pierre posé sur un carrelage blanc et noir dans une pièce à colonnettes. Les deux docteurs, chauves et barbus, ont également un livre, plus gros d'ailleurs, et semblent écouter le jeune orateur à la main levée.



6 - Au jardin de Gethsémani : nous sommes après la dernière cène. Dans ce jardin au pied du Mont des Oliviers, Jésus est angoissé. Un ange tenant un calice à la main et vêtu de mauve vient le rasséréner. Au fond, on aperçoit trois disciples qui dorment.



7 - La Flagellation : attaché à une colonne dans un espace délimité au fond par un muret, Jésus semble supporter stoïquement les coups que lui assènent avec vigueur deux soldats barbus et moustachus dont l'un porte un casque.



8 - Le Couronnement d'épines : résigné, Jésus subit les insultes et la dérision des soldats dans le prétoire. Un des soldats lui tresse une couronne d'épines avec une sorte de tenaille tandis que l'autre paraît continuer de le frapper. Une sceptre de roseau a été glissé entre les mains liées de la victime revêtue d'un manteau de pourpre.



9 - Le chemin de croix : Jésus est tombé à genou sous le poids de sa croix qu'un passant barbu et chauve, en tunique bleu sombre, Simon de Cyrène, l'aide à porter. Un personnage arborant une longue tunique verte et des chausses bleues, portant l'épée, tire l'attelage avec une corde. Une femme auréolée en manteau bleu, Marie ? - accompagne le funeste cortège.



10 - La crucifixion : on ne voit que Jésus crucifié, mort, le corps livide, la tête penchée sur l'épaule. On distingue les clous et la plaie au côté. Deux femmes sont présentes : Marie sa mère, à gauche et toujours en manteau bleu ; et peut-être Marie-Magdeleine, de l'autre côté, mains jointes et en manteau pourpre.



11 - La Résurrection : Jésus est descendu aux enfers et en revient bouleversé. D'où ce regard perdu dans le lointain, ce visage livide. Il sort du tombeau n'ayant sur lui que son manteau rouge, et il tient un étendard blanc dans la main gauche ( la droite est levée vers le ciel). Trois soldats gardiens du tombeau sont épouvantés et s'enfuient.



12 - L'Ascension : Jésus s'envole au ciel devant deux disciples. Il semble porté par des nuages blancs. On a l'impression de voir deux empreintes de pied dans le sol...



13 - La mort de Marie (?) : une femme en manteau vert est surmontée de la colombe du Saint-Esprit. Elle est agenouillée au bord d'un tombeau, entouré de six disciples de Jésus. Certains prient les mains jointes.



14 - L'Assomption de Marie : la mère de Jésus sort par le haut de son tombeau rempli de rose, reposant ses pieds sur un nuage blanc qui ressemble à un coussin, que tiennent par en dessous quatre anges.



15 - Le Couronnement de la Vierge : Marie, toujours vêtue de son manteau bleu, le visage juvénile, est agenouillée sur un nuage (nous sommes au Ciel...). Un peu au-dessus d'elle sur les côtés, se trouvent Dieu le Père et son fils qui lui posent une couronne à fleurons et perles blanches sur la tête, sous les auspices bienveillants du Saint-Esprit (la colombe au dessus de tout le monde). Dieu le Père tient dans la main droite un globe tandis que Jésus tient sa croix de son bras gauche.




Vous vous souvenez qu'il y a quatre oculus lobés entre les vitraux qu'on vient de regarder et la grande rosace.

Il s'agit d'anges annonciateurs. En effet, les représentations montrent quatre personnages auréolés et munis d'une paire d'ailes tenant des phylactères, ces petites bandelettes ondulantes qui portent en général la parole.

Je ne sais pas pourquoi, j'ai oublié d'en photographié un.






La rosace n'est narrativement pas très intéressante. Elle est composée principalement de vitraux ornementaux. Seuls onze pièces, des oculus à cinq lobes, figurent des personnages. Pour la plupart, ces derniers sont des anges musiciens. Toutefois, le plus élevé d'entre eux, en tunique rouge, ne joue pas d'un instrument de musique mais présente un chapelet. En voici une moitié :










Pour finir avec ce coin de l'église, voici un petit complément concernant les vitraux non figuratifs qui sont au-dessus de la porte latérale qui donne dans l'église à l'est.

Je n'ai pas non plus identifié l'atelier qui a réalisé ces oeuvres comportant deux baies allongées couronnées d'un oeil-de-boeuf lobé.

En revanche on sait (parce que c'est mentionné) que le commanditaire et donateur en fut le curé de Guémené. Il s'agit probablement du curé Revert, promoteur de l'église qui mourut en 1898, ou de son successeur, Alexandre Arbeille, curé de choc engagé dans la lutte en réaction à la laïcisation dont j'ai, à plusieurs reprises déjà, évoqué l'oeuvre et la personnalité.






Ainsi s'achève ce voyage vitrailliste du jour.

La suite à un prochain numéro.

mercredi 23 avril 2014

Vitrail et mitraille (2)


Dans un article récent consacré aux vitraux de la chapelle des Lieussaints, j'indiquais n'avoir pas identifié le couple de commanditaires (et donateurs) des deux vitraux les plus intéressants où figurent néanmoins leurs blasons.



Au terme d'une enquête palpitante dont je vous épargne les méandres, je crois pouvoir être en mesure de fournir une solution à cette énigme.

Pour rappel, le thème central de ces deux vitraux est, d'une part, une scène coloniale figurant un groupe de soldats menés par un officier dans un décor exotique et, d'autre part, une scène à connotation religieuse représentant deux femmes, probablement la Vierge et Sainte Anne, sa mère. 



Dans le précédent article, j'émettais l'hypothèse que le blason à fond blanc avec trois feuilles de houx pouvait renvoyer à la famille (comtale : d'où la couronne) Guériff de Launay dont un représentant, vers la fin du XIXème siècle, demeurait au château de la Herbretais à Marsac-sur-Don, commune riveraine de Guémené, comme on sait, et dont la chapelle dépositaire des vitraux en question est proche (le site de la chapelle est quasiment équidistant des deux bourgs).

Il se trouve que ce comte marsacais avait pour épouse une dame de Courcival. Moyennant quelques investigations j'ai trouvé des compléments décisifs sur la famille de Courcival, dont le nom complet est Stellaye de Baigneux de Courcival (les noms nobles sont souvent encombrants : il faut donc des demeures vastes pour les abriter. Voilà sans doute pourquoi ces gens-là ont tendance à habiter des châteaux).

Je suis donc tombé sur une plaquette anonyme qui raconte l'histoire de cette famille avec, en quatrième de couverture, les titres et les armoiries de ces braves gens. Evidemment, le blason est en noir et blanc. Mais les motifs (les trois étoiles) évoquent farouchement le blason de droite sur les vitraux. De plus, sa description en jargon héraldique confirme la proximité entre le blason des de Courcival et la représentation de la chapelle : "de sable (noir), chargé de trois étoiles d'or".


Ainsi donc, les donateurs de ces deux vitraux sont le comte Clément-Marie de Guériff de Launay, capitaine au 12ème Dragons de ligne, et Adèle-Renée Stellaye de Baigneux de Courcival (fille de marquis) née à Mortagne le 13 novembre 1836 et épousée le 17 mai 1858, châtelains de la Herbretais en Marsac.

Reste à savoir quelles furent les motivations qui les amenèrent à faire ce don à cette chapelle.

Je vais donc me risquer ici à une double proposition d'interprétation.

La scène colonial fait peut-être allusion à leur troisième enfant (sur quatre), Auguste-Jules, né le 13 septembre 1862 et qui fut brigadier au 2ème Dragons.

Ce pauvre Auguste mourut en effet à Madagascar dans la fleur de l'âge, le 20 novembre 1899. Mais surtout il était titulaire des Médailles Coloniale et du Dahomey et était également Chevalier de l'ordre du Dragon d'Annam. Visiblement le brigadier avait roulé sa bosse du Zambèze à la Corrèze, plus colonial tu meurs (en effet) !

Ce vitrail est possiblement un hommage de parents endeuillés à un fils mort au service de la France et de ses valeurs civilisatrices, une sorte de stèle commémorative à la mémoire de celui qui demeurait sans sépulture sur le sol de la Mère Patrie.

Dans le même ordre d'idée, je suggère que le second vitrail soit aussi une sorte de stèle en souvenir d'une parente également soustraite au monde.

On trouve en effet qu'une sœur de la châtelaine de la Herbretais en Marsac, Stéphanie-Charlotte Stellaye de Baigneux d'etc... fut reçue dans le "noble Chapitre des Dames Chanoinesses de Sainte-Anne de Bavière". Tout un programme qui sent la clôture et l'éloignement : bref une mort au monde séculier.

Je propose donc que ce vitrail fasse référence à cet engagement en rapport avec la dame à laquelle est dédiée la chapelle, à savoir la brave Sainte Anne.

Voilà, bonne soirée et à bientôt pour d'autres aventures.