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dimanche 26 juin 2016

Jean-François Thomas peintre oublié


On peut admettre qu'un enfant du pays est celui qui y est né. Droit du sol.

A ce titre, Jean-François Thomas né le 15 décembre 1894 à Guémené Penfao fait bien partie de la famille guémenoise.

Il est né dans un bâtiment aujourd'hui malheureusement disparu dont seules les cartes postales anciennes nous restituent la majesté antique, à savoir la grande gendarmerie de la route de Redon, à l'emplacement où la maréchaussée d'aujourd'hui continue cependant de résider.

Car papa, Jean-Marie François Thomas, était gendarme à pied, affecté en notre bourg en cette période de sa vie. Maman était une dame Françoise Marie Benoiton, tailleuse.

C'est entre deux gendarmes eux aussi à pied, deux "voisins de l'enfant" (Boutin et Landreau), que le père de notre héros, tel un voleur, fut escorté à la mairie toute proche pour la déclaration de naissance.

Au gré d'une nouvelle affectation de papa, Jean-François et sa famille (deux frères et deux sœurs) migrent vers d'autres cieux. On le retrouve élève au Prytanée militaire des Andelys, en Normandie.

Son âge, sinon son inclinaison naturelle ou sa formation, le prédispose à l'héroïsme. Il va donc, comme tout un chacun, se faire casser la gueule pour la Patrie. C'est d'ailleurs réussi puisqu'il est gravement blessé au thorax, au point d'être réformé en 1916. Il conservera toute sa vie des séquelles de cette blessure et sa santé demeurera précaire.

Remis quelque peu de ses émotions militaires, il poursuit ensuite des études à l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux avant de passer une année à Nantes où il enseigne.

En 1917, il "monte" à Paris et acquiert un atelier à Montmartre. C'est le début d'une carrière difficile marquée par une production intense. Cette production sera, à partir des années 20, exposée dans de nombreuses galeries essentiellement parisiennes.



C'est dans ce début d'après-guerre qu'il se lie d'amitié avec trois peintres, Roland Oudot, Raymond Legueult et Maurice Brianchon qui laisseront quelques traces intéressantes.

En 1923, Jean-François Thomas expose avec ses amis précités. Ils forment le « groupe du Portique » ; il connait pendant quelques années un certain succès, le Musée de Nantes et plusieurs musées étrangers lui achetant des toiles.

En 1925, il participe à l'exécution de la coupole du Printemps et à l'exposition des Arts Décoratifs. Il signe son premier contrat avec la Galerie Georges Lévy-Alverez et y collabore de 1927 à 1929.

De 1930 à 1931 il est sous contrat avec Mademoiselle Berr de Turique, pour la Galerie le Portique.

Un article de presse signale en décembre 1933 qu' "à la galerie Charles Auguste Girard, ..., on remarque les envois de Jean-François Thomas, presque un inconnu, dont certaine Gerbe, une ménagère soignant ses fleurs et - quoique de dimension fort réduite - la Vie familiale, sont des créations prouvant un tempérament aussi personnel qu'authentique".

On retrouve son oeuvre en 1934 à la Galerie Charpentier.

En 1935, il expose aux Ateliers Paul-Louis Mergier ainsi qu'à la Galerie Mignon-Massart à Nantes (10 rue Boileau : bombardée en septembre 1943, cette galerie voit sa propriétaire, un peintre et ses bâtiments détruits).

En 1936, Jean-François Thomas accroche ses oeuvres à la Galerie Moyon-Avenard, Passage Pommeraye à Nantes, à la Galerie de Paris, à la Galerie d'Art Malesherbes et à la Galerie Carmine dans le groupe « le sport et les Artistes », sous le patronage de Léo Lagrange, ministre bien connu des sports et des loisirs sous le Front Populaire.

En 1937, le Ministère de l'Education Nationale se rend acquéreur d'une toile.

Bref, toute sa production semble avoir convaincu le monde des arts de son époque et il est clair qu'à défaut d'avoir été largement reconnu ou populaire comme Picasso ou Balthus, Jean-François fut un petit maître sérieux de l'entre-deux-guerres. Et de nos jours encore quelques unes de ses toiles sont encore accrochées au Musée des Beaux-Arts de Nantes.

Son oeuvre est diverse : aquarelles, peintures à l'huile, pastel et exprime, selon les spécialistes, la double préoccupation de trouver des harmonies de couleur nouvelles et d'exprimer le mouvement. On dit que ses dessins à la plume, des lavis, sont d'une extrême finesse.

Sa vie semble avoir été très misérable car sa peinture ne le nourrissait guère. Deux anecdotes rapportées plus tard (trop tard) donnent la mesure de cette précarité. 

On dit en effet qu'il mangeait si peu et si mal qu'il contracta le scorbut (il ne consommait donc ni choux ni agrumes).

De même sa pauvreté extrême, jointe à sa passion de peindre, le conduisirent, paraît-il, à découper le drap de son lit pour y peintre un tableau.

La fin de sa vie arriva de bonne heure, avant que la notoriété n'ait eu le temps de calmer ses peines.

Le 15 janvier 1939, épuisé, il rend l'âme. Il avait quarante-quatre ans.














Il n'aura donc pas eu le temps de savourer l'exposition de sa production qui débutait à Chicago deux jours plus tard, à l'Arts Club. Et encore moins, la même année, une seconde exposition donnée à San Francisco.

Comme le dit un critique de l'époque : "l'Amérique l'aura découvert avant la France".

dimanche 19 juin 2016

L'horloger de Saint-Paul


Je musarde, comme beaucoup de gens finalement, sur les sites d'enchères ou de vente d'objets d'occasion, en centrant mes recherches sur Guémené, soit d'un point de vue géographique, soit du point de vue de ce qui s'y rapporte. En bref, je ne chine qu'à Guémené ou à propos de Guémené.

C'est ainsi que j'ai très récemment déniché un mécanisme de pendule de type "comtoise" portant sur son cadran l'inscription :


Qualité Garantie
JEHANNE
Guémené-Penfao

Mon sang n'a fait qu'un tour (de cadran) : je me suis empressé de refuser cet achat au prix trop élevé, tout en indiquant au vendeur que son objet aurait pu m'intéresser.

Bref, de fil en aiguille, ce dernier m'a consenti un gros rabais et je suis parti chercher l'objet, à la première occasion, sur un parking de Pornic, comme s'il s'était agi d'une transaction mystérieuse et louche.

Un coup de papote avec le vendeur et hop, voilà la pendule sur mon buffet de Guémené, en moins de temps qu'il n'en avait fallu pour négocier.


















L'objet n'est pas bien beau et ne fonctionne pas. Il lui manque les poids et le balancier. Mais que diable, il s'agit d'une horloge sortie d'une boutique de Guémené !

La bijouterie-horlogerie de Théophile Jehanne se tenait au coin sud-est de la place de l'église, église jadis dédiée à Saint Paul. Il y avait déjà un commerce de ce type vers 1900, comme on peut le voir sur les cartes postales de cette époque. Et encore aujourd'hui, l'emplacement est toujours consacré au même commerce dont le titulaire, fort bavard et toujours dans les murs, a pris en principe sa retraite...

Ce Jehanne horloger était né au bourg, le 11 janvier 1893, d'un père qui se prénommait déjà Théophile, menuisier ou agent d'assurances, selon les époques ; et d'une mère, Rosalie Garçon, épicière.

Son intégrité physique, voire sa vie, furent épargnées grâce à une "bronchite spécifique" que lui trouvèrent les médecins-majors. Elle devait être bien particulière, cette inflammation pulmonaire, pour lui permettre de se voir exempté de boucherie collective, l'année de ses 21 ans. Les mortifères à képi adorent en effet, sans trop y regarder en général, la chair tendre de ces jeunes gens.

A cette époque, il se déclare forgeron ajusteur. C'est un petit bonhomme de 1 mètre 65, châtain, aux yeux marron clair. Il a une binette qui ne doit pas s'oublier : un visage long surmonté d'un front bombé et un nez "cave", pour compenser.

Il dut profiter de la guerre, dont il était écarté, pour affiner sa formation en mécanique et on le retrouve horloger en 1921.

Peu avant, le 14 août 1919, il avait épousé à Guémené une jeune femme de vingt ans, Marie Poisson, fille "naturelle" (comment qualifier les autres : surnaturelles, culturelles, pas naturelles, frelatées, artificielles?...) née à La Forêt, hameau sur la route de Massérac, près du château de Friguel.

Cette Marie Poisson fut coiffeuse.

De ce mariage naquirent deux enfants, un garçon et une fille, et beaucoup de pendules, probablement.

Le fils du bijoutier et de la coiffeuse de Guémené, prénommé Théophile comme il se doit, a connu un peu de gloire, laquelle retentit sur sa patrie de naissance, en menant une carrière d'homme de théâtre.

La fille, Madeleine, n'apparaît pas dans les radars de la célébrité (comme la plupart d'entre nous d'ailleurs).

Le brave bijoutier n'eut guère le temps de profiter de la vie et n'atteignit pas la quarantaine.


Il s'éteignit en effet à la fin de juillet 1932. Ses obsèques se tinrent le 3 août à 14h30, en l'église de Guémené. C'était juste en face de sa boutique, de l'autre côté de la  rue, et ce fut son dernier acte public (comme c'est souvent le cas).

Sa épouse, sa veuve, attendit que les enfants soient grands et se remaria le 26 novembre 1945.

dimanche 22 mai 2016

Eugène Leblay, militant laïque et maire


Je n'ai pas beaucoup connu Eugène Leblay. Il était présent à la cérémonie du centenaire de ma grand-mère, en décembre 1995. Il n'était plus maire de Guémené à ce moment-là, ayant, après douze ans de mandat, décidé de se retirer et de ne pas se représenter au scrutin de juin de cette même année.

Evidemment, son successeur était présent à la maison de retraite pour honorer la doyenne. Mais ma grand-mère avait tenu à ce que Eugène Leblay, son maire, soit convié, considérant que lui seul possédait toujours cette qualité.

Eugène Leblay était de la même génération que ma mère. Elle le connaissait bien et l'associait à un événement de sa jeunesse qui l'avait profondément marquée puisqu'à la fin de sa longue vie elle en parlait encore, elle qui était si peu prolixe sur les événements de son passé lointain.

Bien qu'elle ait fait sa scolarité à l'école soit disant libre de Guémené, ma mère avait passé et réussi le brevet laïque. Elle était donc venue chercher son premier (et dernier) diplôme à l'école de garçons. Elle s'adressa au directeur de cet établissement qui, avec des mots peu amènes la rabroua parce qu'elle venait de l'autre école, l'école des curés. Ensuite, ce "brave" homme reprit le cours normal de ses activités qui consistait apparemment à préparer un jeune garçon à son avenir brillant de futur instituteur. Ce garçon était Eugène Leblay.


Celui qui devait un jour devenir le premier maire socialiste de Guémené était né le 15 janvier 1920 d'un père cantonnier et d'une mère agricultrice (quoique déclarée "ménagère" sur le registre de naissance).

Après des études primaires à Guémené (semble-t-il à l'école publique), il partit au collège à Nantes avant d'entrer à l'Ecole Normale Supérieure de Laval (promotion 1938-1941) où il obtint le brevet supérieur.

Sa carrière, ses trente quatre années d'instituteur vont se passer entièrement en Mayenne. Il est d'abord nommé pour un cours complémentaire à Laval-même en 1941 ; puis entre 1942 et 1945 à Meslay-du-Maine et enfin à partir de 1945 jusqu'en 1975, il sera directeur de l'école du Buret, petite commune de trois cents habitants. L'école du Buret porte le nom de son ancien directeur.

Eugène Leblay se marie avec une cultivatrice à Guémené en 1942. Son épouse l'accompagne ensuite dans ses affectations, participant à la gestion de la cantine scolaire.

Eugène Leblay, militant politique, associatif, mutualiste et syndical, a été un homme engagé depuis sa jeunesse.

Il adhère au Syndicat national des instituteurs (SNI) en 1945 au sein ou au nom duquel il prend de plus en plus de responsabilités.

Élu largement pour la première fois au conseil syndical de la section mayennaise de ce syndicat le 28 novembre 1950, il est intégré à la commission de défense laïque. 

Peu après, le 18 novembre 1952, il est facilement élu aux élections à la Commission Administrative Paritaire Départementale (CPAD), instance chargée, dans la fonction publique, de l'examen des situations individuelles.

Son mandat au conseil syndical de la section mayennaise du SNI fut confirmé à la même date et on lui confie alors la responsabilité du Secrétariat de la Commission des Affaires Corporatives. Cette confiance et cette responsabilité lui seront renouvelées au cours des années suivantes au détour de nombreuses réélections : 1954, 1956, 1959, 1963...

A noter qu'au sein de la Commission Administrative Paritaire, il se chargea plus particulièrement d’étudier les barèmes de mutation. Ce qui, évidemment, fait rêver.

Eugène Leblay est également élu au Conseil départemental de l’enseignement primaire en 1961. 

En mars 1965, à l’occasion du renouvellement du conseil syndical, il est élu sur la liste réunissant majoritaires et ex-cégétistes contre celle présentée par le courant de « l’École émancipée ». Ce dernier courant représentait la tendance la plus à gauche : Eugène était donc un modéré.

Réélu à la CAPD en 1965, il en démissionna le 16 février 1966, afin de protester contre les décrets gouvernementaux qui ôtaient à cette instance un contrôle des nominations aux postes de direction, pour les confier aux seuls recteurs.

Lors du renouvellement du conseil syndical en mars 1967, les trois tendances représentées dans la section syndicale mayennaise du SNI décidèrent de se présenter séparément, sous leur propre programme.

La tendance majoritaire à laquelle Eugène Leblay appartenait, remporta la majorité des sièges, ce qui permit à ce dernier de conserver la responsabilité de la Commission des Affaires Administratives. 

Son mandat fut reconduit en mars 1969. À l’assemblée générale de la section du 18 juin 1970, le rapport d’activité départemental fut mis en minorité par « l’École émancipée ».  L’ensemble du conseil syndical démissionna la semaine suivante. Mais aux élections qui suivirent en novembre 1970, Eugène retrouva son mandat, ainsi qu'aux élections de 1971. 

Il ne se représenta pas lors du renouvellement de mars 1975, année de sa retraite.


Eugène Leblay milita également dans le monde mutualiste et notamment à la Mutuelle générale de l’éducation nationale où il appartint au comité de section départementale de 1960 à 1975.


Eugène Leblay adhéra aux Jeunesses Socialistes en 1935 puis au Parti Socialiste SFIO en 1936. Il milita d'ailleurs toute sa vie dans les partis socialistes. Secrétaire de la section du Buret en 1954, il était membre de la commission exécutive fédérale. Le 25 novembre 1969, il signa un appel pour le congrès de la nouvelle fédération du nouveau Parti Socialiste.

Après sa retraite, Eugène Leblay quitta Le Buret pour rejoindre Guémené-Penfao où il fut élu conseiller municipal socialiste de 1977 à 1983, puis maire en 1983, réélu en 1989, agrégeant autour de lui les filières laïques locales (il fut Président de l'Amicale Laïque de Guémené de 1977 à 1983). 

En 1985, il prit la suite de Gaston Herrouin, conseiller général du canton de Guémené-Penfao et enseignant agricole populaire et pittoresque, qui s'était suicidé quelques jours plus tôt, en recueillant dès le premier tour 61% des suffrages. 

Le 1er février 1986, il fut mis à l’honneur par la fédération PS de Loire-Atlantique, qui organisa en marge de la campagne électorale des législatives et des régionales, un rassemblement militant à Guémené-Penfao à l’occasion du cinquantenaire du Front Populaire.

En 1986, Eugène Leblay figurait sur la liste socialiste aux élections régionales, en position non-éligible. Dans la circonscription de Châteaubriant, il fut le suppléant de Martine Buron, aux élections législatives de juin 1988, défaite de 381 voix au second tour.

En 1992, il fut battu au renouvellement cantonal par le centriste Yannick Bigaud, speaker du Football club de Nantes qui emporta la mairie de Guémené-Penfao lors du retrait de Eugène Leblay en 1995.

Ses mandats à Guémené ont été marqués par la réalisation de la salle de sports, l'agrandissement de la salle des fêtes, la rénovation de l'école publique et le déblocage des fonds pour l'extension de la Résidence pour personnes âgées.

Eugène Leblay, dont une rue de Guémené port le nom, disparaît le 15 mai 2005.

Evidemment, cette biographie met l'accent sur le militant et l'homme privé, intime, disparaît un peu derrière son engagement. Pourtant, Eugène avait d'autres passions qu'il serait dommage de passer sous silence, notamment celle de la pêche.

Alors pour clore cet hommage, finissons par un exploit gratuit d'Eugène jeune homme et étudiant.

On apprend ainsi que ce fils de cantonnier "des Ponts et Chaussées" captura, en septembre 1938, dans le Don - cette merveilleuse petite rivière qui coule chez nous, un brochet de près d'un mètre long pesant plus de quatorze livres...

Pardonnez-lui Seigneur car il a beaucoup péché...























source principale :

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article137005, notice LEBLAY Eugène, Marie par Jacques Cousin, version mise en ligne le 12 mai 2011, dernière modification le 16 juillet 2011.

dimanche 1 mai 2016

Le Vélodrome


Il y a quelques années déjà, les pelleteuses ont fait disparaître ce qu'il restait d'un monument de Guémené : la piste du vélodrome a été détruite. Une partie du patrimoine guémenéen a disparu. En quelques jours, le vélodrome Joseph-Haugomat a été la proie des pelleteuses, après 88 ans d'existence.

Le vélodrome a été construit en 1923, avec une piste en terre battue, et inauguré à l'Ascension de l'année suivante. Il a connu une première période florissante jusqu'en 1939, avec la participation des as de la petite reine du coin, les meilleurs pistards régionaux animant les réunions diurnes qui étaient organisées régulièrement.

Pendant la guerre de 1939-1945, le vélodrome est détruit par les Allemands qui défoncent la piste pour y faire des abris.

En 1947, sous l'impulsion de Joseph Haugomat, animateur de la Pédale guémenéenne, une piste en cendrée fut reconstruite. On retiendra que cette année-là, Jean Robic, vainqueur du Tour de France, dut s'incliner devant le régional Lucien Tulot venu en voisin (il est de Pierric, donc tout à côté de Guémené)...

Ci-dessous la photo de cet événement marquant où le petit gars du coin s'apprête à "sauter" le grand Robic, photo qui m'a été transmise par son fils que je remercie vivement (un article sera consacré à la carrière de Lucien Tulot prochainement). 

On appréciera par ailleurs l'état du terrain et on versera une larme sur la minoterie Lucas à l'arrière-plan, autre monument local abattu par les pelleteuses...















Puis la piste fait à nouveau l'objet de travaux pour relever les virages et, en 1950, elle est cimentée. En 1951, l'éclairage est installé et la première nocturne organisée, le 15 août de cette même année.

Ensuite, chaque année, deux réunions sont organisées, à l'Ascension et au 15 août, en nocturne, avec en clôture un superbe feu d'artifice. Chaque soirée était alors une véritable fête populaire et familiale. 

La Pédale guémenéenne a pu proposer des plateaux de qualité en retenant les coureurs qui s'étaient mis en évidence dans le Tour de France et les meilleurs pistards mondiaux.

Le vélodrome de Guémené-Penfao a ainsi connu ses années fastes à partir de 1963. Cette année-là, le belge Benoni Beheyt, sacré champion du monde le 11 août, effectua sa première sortie paré du maillot le 15 août, à Guémené-Penfao !

Chaque année des coureurs qui se mettaient en évidence dans le Tour de France venaient participer à cette soirée.

C'est ainsi que se sont produits tour à tour sur l'anneau de Guémené : Jacques Anquetil, Raymond Poulidor, Cyrille Guimard, Roger Pingeon, Lucien Aimar, les frères Groussard, Jean Malléjac, Bernard Thévenet, Patrick Sercu, Bernard Hinault, Laurent Fignon, Ronan Pensec, les frères Madiot et bien d'autres.

En 1969, deux réunions avaient été organisées. La première l'après-midi du Jeudi de l'Ascension avec la participation des médaillés des Jeux olympiques de Mexico, les Trentin, Morelon, Rebillard et Rousseau à qui étaient opposés les meilleurs régionaux dont notamment Jean-Yves Lebreton. 

Au 15 août de la même année, le Belge Ferdinand Bracke, champion du monde de poursuite, Lucien Aimar, vainqueur du Tour de France, Rolf Wolfschol, champion du monde de cyclo-cross tenaient la vedette et Cyrille Guimard apportait la contestation.années suivantes

Mais le record d'affluence se produit au 15 août 1971, lorsque 6 000 spectateurs sont venus encourager Raymond Poulidor.

J'ai encore dans l'oreille les primes aux coureurs offertes par les commerçants du bourg qu'annonçait  au micro le speaker, tous montants données en nouveaux et en anciens francs...

Chaque réunion se terminait donc par un superbe feu d'artifice... C'était la fête. A plus de cent kilomètres à la ronde on parlait de la nocturne du 15 août à Guémené-Penfao et on se déplaçait ! On se souvient qu'après les courses, au milieu de l'anneau de course, un vélo s'enflammait, ses roues projetant dans la nuit des étincelles blanches.

Mais les années ont passé, les budgets ont été de plus en plus lourds et difficiles à équilibrer, entre désaffection du public et exigences financières des coureurs. La date du 15 août a été abandonnée...

Et le 28 juillet 1990, la réunion commentée par Daniel Mangeas, speaker officiel du Tour de France ne mobilisait plus que 1 500 spectateurs. Certes, Ronan Pensec, Thierry Claveyrolat, Laurent Biondi étaient présents mais...le couperet est tombé : la réunion sur piste d'après Tour avait vécu.

dimanche 10 avril 2016

Petit Joseph inédit


Il n'était pas né à Guémené et n'y est pas mort non plus. Non, c'est à Nort-sur-Erdre, quarante kilomètres plus au Sud du département, que vit le jour et disparut Joseph Herbert. 

Guémené ne fut qu'une parenthèse assez courte dans sa vie, au demeurant assez brève, mais cet épisode guémenois qui dura peut-être une dizaine d'années au début du siècle passé, a laissé une trace indélébile dans le légendaire local.

Joseph Herbert naît le 8 mars 1873. Son père est Jean Marie Herbert, commerçant âgé de 41 ans à la naissance du bébé. Il est marié à Marie Augustine Alexandrine Lemaire (34 ans en 1873) et ils habitent Basse-Grande-Rue, à Nort-sur-Erdre.

En 1896, il est toujours à Nort et vit avec son frère et une domestique. Il est dans les vins.

En 1897, le 26 octobre, il épouse Marguerite Bourdon, fille de Nort d'un an sa cadette.

Il n'a pas laissé de trace dans les archives militaires, ce qui aurait pu nous donner son aspect quand il avait vingt ans. On peut présumer que son physique lui permit de se dispenser de service militaire.

C'est probable car au début du siècle, alors qu'il approche de la trentaine, ce qui fit sa gloire est déjà avéré : Premier Prix au concours international de grosseur organisé par le Chasseur Français (plus gros poids d'Europe). Il ne dut pas prendre ce poids exceptionnel en dix ans.

Que gagnait-on ? Espérons que cela se mesurait au poids du vainqueur. Car Joseph Herbert pesait 204 kg pour 1,65 m de hauteur et un tour de ceinture de 1,78 m...

Et même 212 kg pour un tour de taille de 1, 88 m, si l'on en croit un article du 8 août 1906 paru dans l'Est Républicain. Cet organe vénérable y présente notre ami comme le plus gros pêcheur de France et lui attribue la fondation de la société de pêche guémenoise, la "Gaule du Don".

C'est par ironie affectueuse, peut-on imaginer, qu'il gagna le surnom de "Petit Joseph". Il dut à son art de cornettiste celui de "Cornet à pistons".

On disait de lui beaucoup de choses. Qu'il était professeur de danse et que sa table de cuisine avait été creusée pour qu'il puisse y mettre son ventre. On disait aussi que sa braguette comptait dix-huit boutons...

Il tenait bien sûr à Guémené "l'Hôtel des voyageurs", place Simon, renommé depuis "l'Hôtel du Petit Joseph".

Joseph Herbert quitta son hôtel et Guémené en septembre 1909. Il mourra six ans plus tard à peine, le 9 mai 1915, dans sa ville natale.

Gloire locale de Nort-sur-Erdre et de Guémené-Penfao, il a été représenté sur des centaines de cartes postales.

En voici justement six, ci-après, qui sont autant de portraits de notre héros.

Elles sont connues. 

Il y a d'abord une première paire où notre héros pose devant son hôtel à Guémené, en sabots, en pantalon blanc et avec son cornet à pistons. Sans doute au retour d'un défilé de la clique de Guémené.






















La seconde paire de cartes postales révèle un Petit Joseph bourgeois. Il est affublé d'un grand chapeau noir, il porte un gilet sous son veston et une chaîne lui barre la poitrine. 

Pourtant, comme dans les deux photos précédentes, et celles qui suivent, il est chaussé de sabots. Il est indiqué qu'il est professeur de danse à Nort où ces deux clichés ont dû est pris. 

On notera que son visage n'arbore pas la même barbe que dans les deux cartes précédentes.




La première des deux cartes suivantes est probablement de sa dernière période niortaise et la pilosité faciale est proche de celle des deux photos précédentes. Le bâtiment devant lequel il se trouve pourrait être le même que la maison qui fait décor ci-dessus si l'on en croit les petites briques que l'on distingue autour du portail.

Mais la tenue est moins solennelle, la casquette remplace le chapeau et le gilet a disparu. On pourrait compter les boutons de la braguettes. Croyons sans façon qu'il y en a bien dix-huit...(en fait j'en ai compté une dizaine...). 

Une montre est dans une poche de la chemise dont on voit la chaîne accrochée à une boutonnière. Un petit nœud de cravate lui serre le col.

La dernière carte appartient sans doute à la même époque et le visage et la pilosité sont comparables. Il en va de même pour la tenue qui est exactement celle du Petit Joseph "bourgeois" évoquée ci-avant. Nous sommes chez un photographe, devant une toile de fond classique pour l'époque : arc de triomphe, draperie, bouquets de fleurs...






















Mais si vers la fin de sa vie, le Petit Joseph tend à poser et à n'être plus que le professeur de danse vainqueur du concours de grosseur, on se souvient à Guémené du Maître d'hôtel bon vivant et joueur de cornet dans la fanfare.

Alors pour finir, une photo inédite (en tout cas je le crois), que je dois à l'amitié d'un homme qui est tout dévoué à l'histoire de Guémené et à son patrimoine.

Elle représente Joseph Herbert dans la cour de son hôtel, côté coulisses donc, faisant le facétieux.

Il est penché en avant, de profil, un visage souriant face à l'objectif, ses deux poings serrés, dans une sorte de pose de boxeur.

Il porte un chapeau blanc sur sa bonne bouille hilare. Il a la barbe et la moustache de sa dernière période. Il est boudiné dans une veste sombre et porte un pantalon clair. Il a délaissé les sabots pour des chaussures.

Un baquet et une échelle servent de décor.


dimanche 3 avril 2016

Pierre Usé


Tous les jeux de mots ne sont pas drôles. Mais, pour autant, celui que je fais dans le titre de cet article semble cependant particulièrement adapté au cas qui va nous occuper aujourd'hui.

Ce cas nous montrera aussi que l'humour noir se loge parfois ailleurs qu'on ne croit.

Voici encore l'histoire (résumée) d'un de ces héros oubliés de Guémené qui s'est illustré pendant la dernière guerre mondiale (et même lors de la précédente).

Pierre Heuzé est né le 10 septembre 1893 au bourg de Guémené-Penfao.

Il est le fils d'Amaury Marie Heuzé, médecin à Guémené, et de Virginie Chapron. Que du beau monde, notable, et propre et tout et tout : madame a une bonne et va à la messe, comme il se doit.

Pierre est même le petit-fils de Jean-Baptiste Heuzé, officier de santé à Guémené vers le milieu du XIXè siècle et qui n'avait pas trop brillé par ses talents lors de la terrible épidémie de dysenterie de 1856.

Voilà donc trois générations de carabins couvrant un siècle de progrès médical et social.

Quand on naît en 1893, on a bien entendu vingt-ans en 1913, juste à temps pour aller exercer ses talents patriotiques et médicaux sur les champs de l'Argonne ou d'ailleurs.

Ce bonheur cueille notre héros alors qu'il étudie la médecine à Brest.

Son conseil de révision nous le décrit ainsi : plutôt grand pour l'époque (1 mètre 74 : donc bien nourri), il a le poil châtain et les yeux bleus.

Il fera la guerre de 14 comme médecin auxiliaire à partir du 11 juin 1915. Il passe ensuite à la 11ème Section d'infirmiers militaires, puis au 2ème Régiment d'Infanterie Coloniale, le 9 février 1916. 

Il disparaît des radars le 18 avril 1917 au combat d'Ailles (dans l'Aisne).

Prisonnier de guerre des Allemands, il est dirigé sur Karlsruhe, Mannheim et finalement Giessen, dans la Hesse, où il arrive fin mai 1917. Le camp est à quatre kilomètres de la ville. 

Il s'agit d'un camp d'immatriculation et de transit doté d'un lazarett (hôpital militaire). La Croix-Rouge enverra un communiqué à la famille le 5 juin suivant (la famille est désormais, apparemment, au 86 quai de la Fosse, à Nantes).

La captivité du jeune Pierre ne dure que moins d'un an : il sera rapatrié sanitaire d'Allemagne le 11 mars 1918. 





















Aussitôt l'Armée française se ressaisit de lui et le verse au 23ème Régiment d'Infanterie Coloniale, le 13 mars 1918. On en profite bientôt, le 21 août 1918, pour le promouvoir médecin aide major. Une semaine après, le voilà passé au 1er Régiment d'Infanterie Coloniale. 

Il est mis en congé le 3 septembre 1918. Mais une semaine plus tard, le voici en Russie du Nord où il restera jusqu'au 1er juin 1919.

Il fait alors partie du corps expéditionnaire français (composé du 21ème bataillon de marche, du 1er régiment d’infanterie coloniale, de deux batteries du 2ème régiment d’artillerie coloniale, d’une compagnie de skieur des Vosges, de trois compagnies de la légion étrangère ainsi que des éléments du 101 éme et 112 éme régiment d’artillerie lourde appuyé par trois croiseurs cuirassés...).

Ce Corps est parti, on l'ignore trop, combattre les Bolchéviks et ramener la civilisation en Russie (sans grand succès).

Au total, Pierre Heuzé fit une belle guerre. Il fut cité à l'ordre n° 51 de la 20ème Brigade d'infanterie coloniale le 2 novembre 1916 et à l'ordre du 2ème Corps d'armée coloniale n° 124/R du 3 juin 1917. Avec ça, une Croix de guerre avec étoiles de bronze et vermeil. Pas mal...

De retour à la vie civile, il va exercer son métier de médecin d'abord en région parisienne (à Paris dans le 10ème, puis le 16ème arrondissement ; à Levallois-Perret) pendant près de dix ans.

Pierre Heuzé se marie en juin 1932 à la mairie du 10ème à Paris (avec Valentine Marie Letard), avant de filer près de Beauvais en octobre 1933 et, en janvier 1939, à Saint-Maurice-lès-Chalencey, petit village du Canton de Tourouvre, entre Dreux et Alençon.

C'est là que l'ordre de mobilisation le rattrape le 2 septembre 1939. Il est dirigé le 12 janvier 1940 vers le dépôt de convalescence du château de Vaux (Eure-et-Loir) et promu au grade de médecin sous-lieutenant de réserve à compter du 25 mars 1940.

On sait comment tout cela a tourné. Les Allemands encore, l'Occupation, beaucoup d'attentisme, quelques résistants...

En octobre 1943, les résistants du groupe « Vengeance » du canton de Tourouvre  sont traqués. Les policiers cherchent à mettre fin à une filière d’évasion et de rapatriement d’aviateurs alliés. Plusieurs sont arrêtés. 

Pierre Heuzé fait partie des interpellés.

Les interrogatoires ont lieu à Alençon où il reste détenu quelques mois. Puis, il est déporté vers Compiègne et, le 12 mai 1944, vers Buchenwald (Matricule: 50996). Il connaîtra dans les mois qui suivent d'autres lieux de déportation : Dora, Wieda. 

Par chance Pierre Heuzé va survivre au régime infernal de ces camps. Quand les Américains arrivèrent à Dora, le 11 avril 1945, ils trouvèrent quelques survivants au Revier et de rares autres, au milieu des cadavres, dans la Boelcke Kaserne. Pierre Heuzé dut être de ceux-ci ou de ceux-là.

De retour en France, Pierre Heuzé n'est guère en forme. Mais vers la fin de 1946 son état empire.

Différentes commissions de réformes se pencheront, dans les années 50, sur son état physique et diagnostiqueront tout une série de troubles :

"Hémiparésie (paralysie partielle) intéressant face et membre, préhension nulle ; peut marcher ; contracture du membre supérieur. Etat spasmodique ; exagération des réflexes ; trépidations épileptoïdes (sic) ; céphalées ; vertiges ; inaptitude au travail intellectuel ; état général satisfaisant (sic), urines normales, urée sanguine : 0,36 ; Wassermann négatif (test de la syphilis) 

2/ Hypertension artérielle 20 x 11"


Il a dû être ravi de savoir que, en dépit de tout, un quarteron de médecins militaires en bonne santé trouvait qu'il disposait d'un "état général satisfaisant"...De vrais comiques troupiers...

En 1957, la commission des réformes raye des cadres Pierre Heuzé et constate que sa santé ne s'est pas améliorée : 

"Paralysie complète du membre supérieur droit ; paralysie incomplète du membre inférieur droit ; parésie (paralysie partielle) faciale droite ; gêne de la mastication de l'élocution ; troubles trophiques de la main droite ; hypertension artérielle ; édentation (sic) complète ; asthénie des déportés"


Usé, Pierre décède le 8 juin 1959, à Paris 14ème arrondissement, à l'âge de 66 ans à peine.

lundi 28 mars 2016

Jean-Baptiste Rimbaud, déporté


Beslé est une succursale de Guémené dotée d'un pont qui franchit la Vilaine. De l'autre côté du fleuve, ample, commence la commune de Langon au lieu-dit le Pâtis-Vert. Comme aucun bourg ne paraît de l'autre côté de la rivière, juste gardée par l'ancien et imposant hôtel Sergent posé au débouché du pont, c'est un peu de Beslé encore de ce côté-là.

Beslé fut un centre ferroviaire important (c'est aujourd'hui encore, de fait, la gare de Guémené) entre Nantes et Rennes, Redon et Châteaubriant, ces quatre points cardinaux de tout guémenois.

C'est là que se croisaient jadis les deux anciennes lignes qui desservaient le bourg de Guémené : la ligne de Redon à Châteaubriant et la ligne de Beslé à Blain, vers Nantes, dont l'emplacement a laissé encore de nos jours de grandes cicatrices boisées dans le paysage.

Beslé a toujours été un point de passage, que ce soit sur la Vilaine (il y avait un bac, avant la construction du pont à la fin du XIXème siècle) ou sur terre, grâce au chemin de fer.

Un nombre important de cheminots habitaient donc Beslé dans l'entre-deux-guerres (mondiales).

Parmi ceux-ci, Pierre Rimbaud, originaire de Derval, marié à une jeune femme de Pierric, Angélique Guérin.

Ce couple aura quatre enfants : Marie, née en 1913 ; Léon, née en 1914 ; Yvonne, en 1916 et Jean-Baptiste en 1918. Ou bien cinq : ajoutons Léontine.

Quand ils se sont mariés, en juillet (ce qui n'est guère une période paysanne) 1912, les époux étaient en principe cultivateurs. Le métier ferroviaire de Pierre Rimbaud est donc assez récent quand naît son dernier fils.

Jean-Baptiste Rimbaud voit le jour le 30 octobre 1918, quand la Première Guerre Mondiale expire enfin.

Comme souvent, on ne sait rien de son enfance, ni de son adolescence.

On apprend que, plus tard, Jean-Baptiste était employé chez Monsieur Baudu à Langon, au Pâtis-Vert. Celui-ci était marchand de bestiaux.

La vie historique, si j'ose dire, de Jean-Baptiste commence quand il entre au groupe Francs Tireurs et Partisans (FTP) de Beslé. 

Ses faits d'armes sont documentés et ne sont pas négligeables. Ainsi, il transporte des armes et des munitions de Beslé à Langon. Il participe également au sabotage de lignes souterraines de téléphone entre Rennes et Redon (à la Chapelle Sainte-Melaine et à Guipry). 

Plus tard encore (en juin d'une année non spécifiée), on le retrouve impliqué dans le sabotage de freins sur une rame de wagons allemands entre Guémené et Avessac. 

En juillet 1944, il est associé au convoyage de six aviateurs américains de Bain-de-Bretagne à Saint-Ganton et Massérac.

Il fut hélas arrêté par la Gestapo entre Guémené et Plessé, alors qu'il transportait trente kilos d'explosifs et un revolver.



















Il se trouve ensuite embarqué dans le convoi de Rennes, au début d'août 1944, à destination de l'Allemagne.

Il est dirigé vers le Fort Hatry de Belfort. Puis il est déporté le 29 août 1944 de Belfort vers le Camp de Concentration de Neuengamme (matricule 43790).

Dans ce train se trouvent 722 hommes parmi lesquels 444 décéderont. On dénombrera 194 rescapés. La différence est formée de disparus ou de personne dont le sort est inconnu. 

Parmi ces hommes, Bernard Danet, ce résistant de Beslé également, de deux ans le cadet de Jean Baptiste Rimbaud, et Pierre Baudu, l'ancien employeur du jeune homme.

Ce dernier, qui habitait le bourg de Beslé en 1931, sa femme Hélène et leur fille Antoinette sont en effet arrêtés au Pâtis-Vert, près de Beslé, le 21 juin 1944, sur dénonciation.

Pierre Baudu faisait partie du réseau Buckmaster. Lui et sa famille reviendront des camps.

Pas Jean-Baptiste Rimbaud, qui décède le 20 janvier 1945 au camp de Wilhelmshaven.

Un arrêté du 14 décembre 1997 a fait porter la mention "Mort en déportation" sur son acte de décès.

Jean-Baptiste Rimbaud passa un peu moins de quatre mois à Wilhelmhaven qui était une succursale (un "kommando") de Neuengamme. 

On dispose d'un témoignage qui permet d'imaginer ce que furent les derniers jours de la courte existence du jeune Résistant.

Wilhelmshaven était à l'extérieur du camp de Neuengamme, situé sur la mer du Nord, créé à partir du mois d'août 1944 et opérationnel dès le 4 septembre 1944. Le convoi de Jean-Baptiste Rimbaud "étrenna" en quelque sorte l'établissement. 


"Celui-ci, n'était pas terminé et il fallu d'abord éliminer un énorme tas de terre glaise qui obstruait la Place d'appel, effectuer des transports de briques à la brouette, sous la surveillance de kapos et de… SS qui étaient français. Nous étions logés dans des baraquements désaffectés de la jeunesse hitlérienne (...).

Ensuite, affectation à l'Arsenal de la Kriegsmarine où nous nous rendions à pied (4 à 5 km.). Dans cet immense complexe industriel, des ateliers de fabrication avaient été isolés et nous étaient réservés. Ils comportaient :

- Un grand hall où nous devions travailler comme tourneurs, usiner des pièces d'acier sous le contrôle de contremaîtres allemands, ramasser les copeaux de métal à main nue (...), fabriquer des câbles en acier, souder des pièces de toutes sortes – très grosses ou très petites – au chalumeau ou soudure électrique, presque sans protection, couper d'énormes plaques de métal à l'aide de machines immenses (souvenir : un Français s'est coupé les deux mains devant moi – suicide ?), effectuer différents modèles à l'emporte-pièce (...).

A part, se trouvaient d'autres ateliers, dont :

- la menuiserie où étaient fabriqués, entre autres, des manches de grenades et des fûts de fusils ;

- la forge où étaient usinées des pièces en fonte pour les navires de guerre. Poste très dur car les déportés étaient soumis à une intense chaleur pendant leur travail, pour être ensuite en contact avec le froid du dehors, et leurs vêtements étaient troués par les éclats de métal incandescent.

Tous ces bâtiments étaient entourés de rangées de barbelés et étroitement surveillés par les gardes.

Le travail se faisait 24 heures sur 24, par deux équipes, une de jour, une de nuit, de 12 heures chacune, avec une pause d'une demi-heure pour ingurgiter une maigre pitance. A la suite des bombardements alliés, des équipes furent constituées pour déterrer les bombes non éclatées ou à retardement (...).

Fin mars 1945, nous avons commencé à déblayer les ateliers détruits par les bombes. Devant l'ampleur du désastre – navires coulés, sous-marins ventre à l'air,… - un rayon de joie éclairait notre visage et nous étions devenus heureux – pour un temps (...)."


Jean-Baptiste Rimbaud n'eut pas le temps de partager cette joie. 

Bien que né à Guémené, c'est à Langon, de l'autre côté de la Vilaine, que sa mémoire est honorée : une simple plaque sur le monument au mort porte son nom, à côté de celui de cinq camarades.