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samedi 21 septembre 2013

Les autres combats de Marie Rolland


Le personnage de Marie Rolland, institutrice hors norme du début du XIXème siècle à Guémené, a déjà donné lieu à divers développements dans ce blog : son action dans la Résistance et ses forages pétroliers (eh oui !..) ont ainsi illustré deux facettes remarquables de cette personnalité et de ses combats.

Comme souvent, je suis tombé sans forcément le chercher sur une page internet qui apporte des éclairages nouveaux sur ses engagements, ses luttes et ses valeurs.

Loin d'atténuer l'éclat et la qualité de Marie Rolland tels qu'ils sont connus, ces éléments rehaussent encore l'exemplarité de cette femme engagée dont toute la vie est l'expression d'une énergie combattante en faveur du Droit et de la Raison si caractéristique de certains militants laïcs de la IIIème République, purs produits de l'Instruction Publique.

Je vais reprendre pour l'essentiel, ci-après, l'article trouvé dans une encyclopédie en ligne de la Franc-Maçonnerie. J'ai par ailleurs lancé d'autres investigations pour étayer certains faits avancés dans cette livraison. On aura donc l'occasion d'en reparler.

Pour rappel, Marie Rose Adélaïde Rolland est née à Plessé en 1873. Fille de modestes agriculteurs, elle reçoit une instruction primaire, puis reste à la ferme. Sa vie prend un tour décisif quand elle décide de devenir institutrice à 22 ans  : elle y arrive "en étudiant la nuit à la lueur de la bougie". Ainsi, après avoir à 25 ans passé avec succès le brevet élémentaire, devenant institutrice suppléante, elle réussit le brevet supérieur et devient titulaire.

Elle a une sœur de six ans sa cadette, Mélanie, qui lui emboîte le pas dans le métier. Les deux sœurs passent vite pour des missionnaires de l'école laïque dans une région pas forcément très accueillante de ce point de vue. Mais elles contribuent par leur action à l'essor de l'école républicaine à Guémené.

Pour rappel également, Marie Rolland avait cru que la configuration géologique de la commune de Guémené permettait d'envisager la présence de pétrole dans ses sous-sols. Elle finit par obtenir le droit de mener des forages à ses frais (et à ses dépens) dans divers village, dont ma Hyonnais où l'on peut voir un maigre tuyau métallique rouillé sortant du sol qui serait un vestige de ces vains sondages pétroliers (dommage...).

Toujours pour rappel, elle entre dans la Résistance dès juillet 1940 sous le pseudonyme d'Annick, puis rencontre le responsable du réseau Buckmaster, qui hélas sera capturé et fusillé au Mont Valérien. Annick met alors sur pied ses propres réseaux, bientôt rattachés au maquis de Saint-Marcel, dans le Morbihan.

Identifiée et recherchée par la Gestapo, elle se cache dans la région. Septuagénaire et presque impotente, elle participe activement à la Libération de l'Ouest, contribuant à la capitulation des forces allemandes de la région de Plessé (elle aurait été une des rares femmes à recevoir la reddition d'un général ennemi). Médaillée de la Résistance pour "faits exceptionnels rendus à la Résistance", elle se consacre après-guerre à la défense des droits des résistants et des victimes de guerre.

Mais voici ce qui est plus nouveau : l'engagement précoce de Marie Rolland auprès de la Ligue des Droits de l'Homme et dans la Franc-Maçonnerie.

Elle rejoint la Ligue des Droits de l'Homme (fondée en juin 1898) au début du XXème siècle. Marie Rolland se rend bientôt célèbre en intentant un procès au maire de Saint Nazaire qui avait voulu contraindre sa secrétaire de mairie à inscrire ses enfants à l'école religieuse. Elle gagne : désavoué, ce maire fut destitué.

C'est dans ce contexte, le 12 août 1906, qu'elle rencontre la Franc-Maçonnerie: elle est initiée dans la première loge du Droit Humain dans l'Ouest, à Auray. Le Droit Humain (fondé en 1893) est la première organisation, dans l'histoire de la Franc-Maçonnerie, à accueillir des femmes. 


Marie Rolland s'implique fortement dans ce nouvel engagement. Ainsi, avec Mélanie sa sœur, elle participe à la création en 1908 du Triangle de Nantes (devenue en août 1909 la Loge n° 32, puis baptisée «Guépin» quelques années après) dont Marie Rolland est le premier Vénérable (présidente). Avec Mélanie encore, elle fonde les loges de Rennes et de La Roche-sur-Yon que d'ailleurs les deux sœurs fréquenteront.

Dans ces loges elles militent ardemment pour l'émancipation de la femme, l'amélioration du sort des travailleurs et l'éducation des enfants et des adolescents. Présentes dans tous les congrès et Convents (assemblées générales) du Droit Humain, elles prirent une part active à ses travaux.

Ainsi, en 1912 Marie Rolland est députée de la loge d'Auray et prend la présidence du Convent, tandis que Mélanie, députée de la loge de Nantes, rapporte sur la question sociale consacrée au travail des femmes dans l'industrie. Au Convent de 1913, Marie rapporte sur la question sociale (la nationalisation de l'enseignement). En 1921, Marie Rolland occupe le "grade" de deuxième Surveillant ("adjoint" du Vénérable) et Mélanie celui de Secrétaire (personne qui tient le journal des travaux de la loge).

Les sœurs Rolland vont  connaître une grande ascension dans les instances dirigeantes de l'organisation maçonnique. Ainsi Mélanie est élue au Conseil National dont elle devient la trésorière, puis réélue en 1924 pour un second mandat. Marie fait partie du Suprême Conseil de 1929 à 1946 atteignant par conséquent - comme Mélanie - les plus hauts degrés de responsabilité.

La vieillesse et les événements n'éloigneront pas Marie Rolland de la Maçonnerie: en 1945, elle aide en effet à la reconstruction de la loge "Guépin" à Nantes et de la Fédération française du Droit Humain. Elle assiste à son premier Convent d'après la guerre, en 1945.

Marie Rolland s'est encore investie dans de nombreux autres domaines : outre le pétrole déjà mentionné, elle s'intéressa au kaolin, à la remise en exploitation d'ardoisières désaffectées ou à l'installation de laiteries coopératives !..

Retraitée à partir de 1929, elle se retire en Dordogne et achète une ferme à Limeuil où sa sœur Mélanie la rejoint. Elle s'initie à la culture du tabac, reprend ses projets de création d'une laiterie mais revend la ferme. Elle s'installe alors à Mérignac avant de revenir à Guémené-Penfao où, avec Mélanie, elle achète une petite maison au Bout des Ponts. Elle y meurt d'une crise cardiaque le 21 mai 1947.


Grande femme dont je n'ai même pas une photo à montrer !

2 commentaires:

  1. morte l'année de ma naissance ... cette dame fait vraiment honneur à la gente féminine. Resta-t-elle célibataire ?

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  2. Oui, elle est restée célibataire. Evidemment si on pouvait retrouver des parents, il serait possible d'obtenir des témoignages personnels. Si on peut m'aider....

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