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lundi 15 août 2016

Incursion photographique dans les fêtes religieuses d'antan


Il faut aussi des articles courts, surtout quand l'objet se suffit à lui-même : point aujourd'hui donc de long récit.

Voici pour le plaisir des yeux, une incursion dans un passé religieux et social inimaginable de nos jours, quatre photos montrant trois fêtes religieuses vers 1900 à Guémené.

Ces photos sont issus du fonds photographique mis à disposition par J. M. : qu'il en soit remercier à nouveau.

Les trois fêtes sont, d'une part, le pèlerinage annuel à Sainte Anne de Lesssaint, en 1910 ; d'autre part, une communion solennelle en 1889 et, enfin, une Fête-Dieu survenue en 1908.


Le pèlerinage sur la colline de Guénouvry se tient fin juillet, la fête de Sainte Anne tombant le 26 juillet. Les prêtres des trois paroisses de la commune y dirent sans doute la messe : Alexandre Arbeille, curé de Guémené, Jacques Dugast, curé de Guénouvry et Alexandre Rousseau de Beslé.

C'était un grand rassemblement populaire de toute la région, avec messe en plein air et attractions foraines ou commerciales. Les parents de J. M., mon fournisseur des photos, y vendaient par exemple des fruits, à leur époque...

La photo est donc prise sur le versant sud-est du sanctuaire. On y remarque au premier plan des enfants et des personnes "de qualité" : les paysans restent en retrait. Il s'agit probablement d'une photo de famille.

Il y a une "grotte" sur le côté nord de la colline nichant une Sainte-Anne, en contrebas de la chapelle. Les pèlerins (les femmes surtout) y allaient bien sûr faire leurs dévotions à cette brave sainte par le chemin abrupte qui y descend. Il était d'usage que le chemin de retour, le raidillon qui remonte vers la chapelle, soit fait à genoux !



















Voici maintenant une communion solennelle à Guémené en 1889, date à laquelle le curé de Guémené est Joseph Revert, le"bâtisseur" de la monstrueuse église actuelle de Guémené, ses vicaires étant Auguste Hervé et Jean-Baptiste Chotard.

Il est probable que les curés et vicaires de Guénouvry (Jean-Mathurin Birot, Noël Lecarré, Pierre-Marie Pabois et Alexandre-Marie Rochet) ainsi que ceux de Beslé (Nicolas Lescaudron et Pierre-François Lescaudron) aient été de la partie.

Nous sommes dans le bourg, quelque part que je n'ai pas réussi à situer. On y distingue principalement des jeunes communiantes de la génération de ma grand-mère, sensiblement (1895), en aube blanche et voile portant des bannières claires surmontées d'une petite croix.

Quelques femmes et jeunes filles au premier plan en costume du pays sont accompagnées par une femme chapeautée plus "bourgeoise" (elle a un gros nœud sur les fesses). On remarque aussi deux hommes dont l'un porte une bannière de frairie.

















Et le meilleur pour la fin  : deux clichés de la Fête-Dieu de 1908 qui devait tomber le jeudi 18 juin.

La première est prise Place Simon, à côté de l'ancien présidial du XVIème siècle, le Vieux-Logis dont on distingue la tour hexagonale et pointue, à gauche.

La photo révèle le gigantesque reposoir en gradins au sommet duquel est installé un autel. Dans des niches de part et d'autre de l'hôtel et au-dessus, trois statues de saints contemplent l'assemblée.

Sur les gradins et à leurs pieds, des prêtres et des enfants de choeur vêtus des habits rituels. On note aussi quelques petites filles en robe blanche, auréolées d'une couronne de fleurs.

Beaucoup de fleurs autour du reposoir et, en cercle au milieu de la place, on observe une jonchée artistique.

Des guirlandes de fleurs et des étendards flottent au vent. Des hommes et des femmes sont massés au pied des gradins, à droite et à gauche.






















Maintenant la foule des officiants et des badauds s'est ébrouée. La procession a quitté la Place Simon et emprunte la rue de l'Hôtel-de-Ville. 

On distingue l’hôtel du Commerce (le plus gros bâtiment). En face, la mairie avec les étendards, une boulangerie. 

Au loin, au bout de la rue à l'angle de la Place Simon, l'hôtel du Petit-Joseph laisse flotter des étendards à ses fenêtres. A l’arrière-plan, le château massif de la Grée-Bréhaut domine la situation.

Les processionnaires défilent entre deux haies d'arbustes et foulent d'autres jonchées. La foule compacte suit un dais en se protégeant du soleil avec parapluies et ombrelles.

















Eh ben, ça donnait...

lundi 6 avril 2015

La colonne du Père Joseph


On raconte que la construction de l'église de Guémené avait fini par lui monter à la sainte cafetière : Joseph Revert, le Père Joseph si l'on veut, avait tellement désiré son église, avait affronté tant de difficultés pour arriver à ses fins, que l'achèvement de cet incroyable édifice lui avait causé, dans son exaltation, une forme de transport au cerveau. 

Dire de lui qu'il avait le melon serait peu dire, car il avait au moins la pastèque : parler de montgolfière serait plus juste. 

Ne disait-il pas qu'il voulait être enterré dans l'oeuvre de sa vie ? N'avait-il pas déjà choisi l'emplacement ? N'avait-il pas déjà fait sculpter à ses propres frais la colonne au pied de laquelle sa dépouille mortelle devait venir reposer ?

Joseph Revert décéda en 1898, après vingt-deux années de sacerdoce à Guémené. Un an après sa mort, son successeur intercède auprès du Conseil municipal afin que le vœu du prélat soit accompli. Une résolution dudit Conseil est prise en ce sens, mais tout cela n'aboutit pas, la translation des restes mortels n'a pas lieu, et le vénérable reste logé dans son tombeau massif, près de la croix de granit qui orne le centre du cimetière.

Depuis, une inscription en latin, fixée à la fameuse colonne du Père Joseph, matérialise l'endroit où cet ensevelissement aurait se produire.

Je suis allé y faire un petit tour.

A hauteur d'yeux, la colonne est sculptée ou, en tout cas, offre dans des petites niches des statues de saints. Six statues par colonne. Celle chère à Joseph Revert est la première de la nef à droite en regardant le choeur, juste devant le monument aux morts. Elle est donc près de la chaire.

Puisqu'il en a financé l'ornementation, on peut penser qu'il en avait orienté les motifs et que les six personnages représentés revêtaient une importance personnelle pour ce mécène. 

On y trouve ainsi saint Joseph, son saint patron, sans grande surprise. Pour la sainte Vierge, rien à dire : tout le monde à l'époque s'y intéressait. Saint Stanislas Kotska est plus inattendu, mais peut-être est-ce un hommage aussi au collège du même nom de Nantes, fondé dans l'enfance du jeune Joseph et qu'il a pu fréquenter ?

La présence de saint Émilien, saint Louis ou saint Henri est un mystère que le brave curé a emporté dans sa tombe. En voici des photos :



























On remarque au passage que le chapiteau est également sculpté ainsi qu'une petite couronne située plus bas sur le haut pilier.















On peut se faire une idée de l'allure de l'intérieur de l'église peu de temps après le décès de son promoteur en examinant les vieilles cartes postales. En voici une dont la photographie doit dater de 1905 1910 :



Ce qui frappe d'abord, c'est l'absence de décoration sur la colonne de gauche : pas de saints représentés ni de chapiteau sculpté, contrairement à la colonne Revert à droite, en face. Les chapiteaux des piliers de la croisée de transept sont également ouvragés. Ce que confirme une approche plus détaillée de ce vieux cliché : 







On note que la chaire monumentale existait alors (sans doute présente depuis le début, 1886) et, sur la colonne qui lui fait face, qu'un grand Christ en croix était fixé (offert par le Comte du Halgouët pour la Mission de 1901).

Depuis, toutes les colonnes ont connu une décoration harmonisée : outre que leurs chapiteaux sont ouvragés, chacune héberge son lot de six saints, ainsi qu'on peut s'en aviser. Voici, pour finir cette excursion pascale, quelques photos prises hier matin alors que le soleil entrait par les grandes baies :










mercredi 18 février 2015

Première pierre à la nouvelle église de Guémené


Racontant la saga des églises de Guémené au XIXè siècle (de la restauration de l'ancienne, à la construction de la nouvelle), je mentionnai en un second billet daté d'août 2013 que la pose de la première pierre de la nouvelle église fut l'occasion d'une fête "avec évêque et fanfare".

J'adore les fêtes publiques, les "14 juillet" de quartier, à Paris jadis, ou ceux de mon enfance à Guémené, derrière la mairie, avec pétards, pompiers, lampions et musique ; j'aime les défilés de la fanfare municipale sous le soleil, les trognes rougies sous la casquette blanche par le souffle, le pinard et la chaleur ; je me délecte des récits d'inaugurations d'école, de gare ou que sais-je, avec maire, député, général ou préfet, tout ça rutilant et martial...

Mais rien ne vaut une bonne première pierre.

Dans ce registre, les premières pierres des bâtiments religieux de Guémené sont mieux documentées que celles des bâtiments publics. C'est dommage, mais c'est comme ça.

Une première pierre religieuse attire quand même son monde. Le casting comprend en général un évêque. C'est bien, un évêque, c'est décoratif.

A vrai dire, je raffole aussi des évêques. J'ai pour ces prélats une affection intellectuellement et physiquement très platonique, mais la robe attire.... et je leur trouve une onctuosité, une componction, une aménité doucereuse qui me fait chavirer...Et je serai beaucoup pardonné car...

Après moultes tribulations (l'idée d'un nouveau temple prenant forme en 1878), la bénédiction de la première pierre de la nouvelle église de Guémené est enfin prévue le 21 septembre 1884. Je mentionne pour l'Histoire le nom de l'entrepreneur à qui fut confié ce projet pharaonique : Babjeau. Il aurait été dommage qu'avec un nom si original, la chronique continuât de l'ignorer...

Ce fut une bien belle journée, que favorisait un soleil généreux.

Tout commença par l'arrivée solennelle de Sa Grâce Jules-François Le Coq. Cette dernière avait commencé sa tournée par une visite apéritive aux Sœurs de Saint-Gildas-des-Bois, à vingt cinq kilomètres au sud-ouest de Guémené, ramassant au passage leur Supérieur, l'abbé Desnaurais, et traînant dans ses bagages l'abbé Bruneau, maître des cérémonies.


Armes de François-Jules Le Coq
évêque de Nantes

Cet équipage traversa Guenrouët, puis Plessé. La voiture et les chevaux avaient été prêtés par notre Comte du Halgouët, Poulpiquet pour les intimes, président de la "fabrique" (organisme qui gère le temporel de la paroisse) et châtelain de Juzet.

Pratiquement au sortir de Plessé, à plus de dix kilomètres de Guémené encore, une escouade de cavalerie commandée par Monsieur de Boisfleury (probablement Arthur, mort centenaire, que ma mère connut dans son enfance et qui était partisan de l'Action Française) se mit à escorter les bons prélats qui ne se sentaient plus d'aise.

Comme pour la première pierre du presbytère, une délégation attendait de pied ferme ce charivari au carrefour des routes de Plessé, Blain et Guénouvry, de l'autre côté du nouveau pont sur le Don.

Il y avait là d'abord toutes les "huiles" religieuses : le curé Revert en tête, assisté de ses vicaires et flanqué de l'abbé Courgeon (enfant du pays ayant réussi : préfet des études et professeur de philosophie à Saint-Stanislas, à Nantes). D'autres prêtres des environs avaient profité de l'aubaine pour s'aérer la soutane.

Naturellement "toute" la population s'en était venue recevoir Monseigneur. Pour faire bonne mesure, un bataillon d'infanterie était présent également, composé de jeunes soldats de la paroisse et commandé par Louis Menant, jeune tanneur de vingt-sept ans. Le sabre n'était donc pas en reste du goupillon, à croire qu'on craignait une attaque des prussiens...

Pour l'occasion, le pont sur le Don avait été paré de mâts et d'oriflammes.

Vers dix heures moins le quart, un nuage de poussière s'éleva à l'ouest et deux cavaliers en surgirent : Monseigneur arrive ! Monseigneur est là !

François-Jules descendit de sa carriole et vint saluer le clergé assemblé au bord de la route. Le curé Revert lui présenta alors le Maire, Fidèle Simon, le conseil municipal et le conseil de fabrique, c'est-à-dire ses soutiens républicains, d'un côté, et ses soutiens monarchistes, de l'autre.

Quelques baisouilles d'anneau par ci, quelques serrages de pognes par là, et tout ce petit monde commence la procession : non seulement le pont est pavoisé, mais les maisons aussi. On remonte doucement vers la place de l'ancienne église. Une grand-messe chantée inaugure les festivités. C'est justement l'abbé Courgeon qui s'y colle.

Tout ça c'est pas tout, mais c'est bientôt l'heure du casse-croûte. On se dirigea donc vers le presbytère décoré de tentures et d'oriflammes bleues et blanches. Dans la grande salle, un banquet de soixante-quinze convives avait été préparé.

Tout le monde, c'est-à-dire toute les notabilités, y avait été convié. Le maire et son fils député républicain y étaient bien entendu, comme les du Halgouët de Juzet ou de Saint-Germain de Beslé. Seuls manquaient les de Boisfleury qui, ayant bouffé du cheval, n'imaginaient pas partager le pain avec leurs ennemis politiques républicains (comprendre : les Simon).

Sur le coup de deux heures, Monseigneur ayant fait son rôt bien canoniquement, ainsi que le reste de l'assistance à l'unisson, on fit une petite promenade bien solennelle et digestive par le bourg.

Huit petits tambours arrivés de Chateaubriant par le train de midi conduisirent le défilé à la grande satisfaction des badauds endimanchés qui en admirèrent "l'aplomb et la tenue". Le curé de Derval chanta les Vêpres pour faire digérer la compagnie.

Une fois terminés ces amusements, on mena Sa Grâce au chantier bien processionnellement. Encore une fois, de riches tentures décoraient le choeur et les murs. Des oriflammes rouges et blanches pendaient aux écoperches des échafaudages.

Pour marquer le coup, l'entrepreneur Babjeau avait fait dresser une vaste estrade autour de la première pierre où Sa Grâce vint poser son saint séant, entouré des principaux du banquet (et de la ville).

Heureusement, le curé Revert, grand bâtisseur devant l'éternel, avait fait dresser un dais pour protéger la caboche épiscopale des ardeurs solaires (les mitres ne sont pas réfrigérées, hélas).

S'ensuivirent divers blablas. 

Le curé, conciliateur, remercia l'évêque, les autorités municipales, républicaines, et les autorités paroissiales, qui le sont moins. Il ajouta une louche pour l'architecte nantais Bougouin et l'entrepreneur, tous deux bons chrétiens, cela va sans dire.

Pas en reste, François-Jules en profita pour dire tout le bien qu'il pensait de la religion et des églises, et de Guémené, ceci cela.

Mais tout ça c'est pas le tout, comme on dit, le temps passe et c'est bientôt l'heure de ramener Monseigneur dans son bercail, car Sa Grâce, commençant à avoir quelques heures de vol, a tendance à dodeliner de la mitre. 

L'escorte de cavalerie de de Boisfleury et la voiture et les chevaux de du Halgouët sont à nouveau sollicitées pour emmener Sa Grâce à la petite gare de Massérac, où passe la ligne de Nantes, tout à côté de Guémené, pour le train de cinq heures vingt.

Cette première pierre, mon Dieu quelle corvée, pourvu que ce soit la dernière...

lundi 29 décembre 2014

Vitraux et merveilles (8)


Aujourd'hui, on va s'attaquer à du lourd. En effet, il s'agit rien moins que d'évoquer les vitraux de l’extrémité orientale du transept de l'église de Guémené. On y trouve essentiellement une rosace et cinq baies hautes et étroites.

Vu de loin, les compositions qui forment la décoration de cette partie de l'église sont moins chatoyantes que leurs alter ego situés à l'opposé, côté ouest. Le bleu et le rouge semblent y dominer.






Je le dis tout de suite, je ne sais pas à quel atelier cet ouvrage a été confié, ni en quelle année.

En revanche le commanditaire probable est identifiable à sa "signature", à savoir des armoiries que l'on trouve tout à droite et tout à gauche des quatre œils-de-bœuf lobés qui séparent la rosace supérieure des cinq baies inférieures.

Vu la hauteur et la petitesse de ces petits vitraux, mes photos sont médiocres. On y découvrent cependant un blason surmonté de la couronne comtale, comprenant quatre quartiers répétant deux motifs, flanqué de deux lions.

Les quartiers supérieur gauche et inférieur droit sont identifiables aux armes des Potiron de Boisfleury : sur un fond rouge, une aiguière d'argent est inscrite dans une couronne d'or ("de gueule, à l'aiguière d'argent dans une vire d'or"). Encore que le fond rouge paraisse surprenant : on s'attendrait plutôt à du bleu...

Mais au total, difficile quand même de dire de quels commanditaires précisément il s'agit.




Ces vitraux semblent dédiés à l’Évangile. Les cinq baies inférieures représentent en effet les étapes essentielles de la saga de Jésus.

Chacun des cinq grands vitraux  sous la rosace comprend trois scènes de la vie de Jésus - essentiellement - mais la chronologie veut qu'on les lise ligne à ligne, horizontalement (de la première scène en haut du vitrail de gauche jusqu'à la première scène en haut du vitrail de droite ; puis de la seconde scène, au milieu du vitrail de gauche jusqu'à la dernière scène à même hauteur du vitrail de droite ; et ainsi de suite).

En tout donc, quinze scènes du Nouveau testament :

1 - L'Annonce faite à Marie : dans une loggia à carreaux blancs et noirs, un ange sur un nuage, de mauve vêtu, remet un lys à Marie. Celle-ci le reçoit agenouillée, enveloppée d'un manteau bleu, tandis que la colombe du Saint-Esprit lui envoie ses rayons sur la tête.



2 - Episode non identifié : Joseph, portant une cape rouge et tenant une sorte de chapeau de paille à la main ainsi qu'un bâton de pâtre, et Marie font leurs adieux à Saint-Anne (?). C'est la nuit, on distingue de la végétation à l'arrière plan à gauche et un palmier à droite.



3 - La Nativité : dans une hutte couverte de branchages feuillus, deux bergers se recueillent face au bébé Jésus, langé de blanc et couché sur de la paille posée sur un tréteau. Joseph et Marie le leur présentent. Au pied du "berceau", un agneau aux pattes liées gît. L'un des berger porte une tunique bleue tandis que l'autre a un manteau marron et des chausses rouges.



4 - La présentation au Temple : les parents de Jésus se tiennent en position inférieure par rapport au personnage central qui doit être Siméon le Sage. Un autre personnage en chasuble verte en retrait de Siméon ne m'est pas connu (en principe, l'autre personnage de cet épisode est Anne, une prophétesse : mais elle n'avait probablement pas de barbe, contrairement au bonhomme en vert évoqué). Conformément aux rites, les parents de Jésus ont apporté en sacrifice deux colombes qui sont dans une cage près de Joseph, sur laquelle celui-ci pose la main.



5 - Jésus discute avec les docteurs au Temple : Jésus est un enfant de douze ans chevelu et glabre : il se tient entre deux autres personnages, un livre à la main, en robe blanche et manteau rouge, assis sur un trône de pierre posé sur un carrelage blanc et noir dans une pièce à colonnettes. Les deux docteurs, chauves et barbus, ont également un livre, plus gros d'ailleurs, et semblent écouter le jeune orateur à la main levée.



6 - Au jardin de Gethsémani : nous sommes après la dernière cène. Dans ce jardin au pied du Mont des Oliviers, Jésus est angoissé. Un ange tenant un calice à la main et vêtu de mauve vient le rasséréner. Au fond, on aperçoit trois disciples qui dorment.



7 - La Flagellation : attaché à une colonne dans un espace délimité au fond par un muret, Jésus semble supporter stoïquement les coups que lui assènent avec vigueur deux soldats barbus et moustachus dont l'un porte un casque.



8 - Le Couronnement d'épines : résigné, Jésus subit les insultes et la dérision des soldats dans le prétoire. Un des soldats lui tresse une couronne d'épines avec une sorte de tenaille tandis que l'autre paraît continuer de le frapper. Une sceptre de roseau a été glissé entre les mains liées de la victime revêtue d'un manteau de pourpre.



9 - Le chemin de croix : Jésus est tombé à genou sous le poids de sa croix qu'un passant barbu et chauve, en tunique bleu sombre, Simon de Cyrène, l'aide à porter. Un personnage arborant une longue tunique verte et des chausses bleues, portant l'épée, tire l'attelage avec une corde. Une femme auréolée en manteau bleu, Marie ? - accompagne le funeste cortège.



10 - La crucifixion : on ne voit que Jésus crucifié, mort, le corps livide, la tête penchée sur l'épaule. On distingue les clous et la plaie au côté. Deux femmes sont présentes : Marie sa mère, à gauche et toujours en manteau bleu ; et peut-être Marie-Magdeleine, de l'autre côté, mains jointes et en manteau pourpre.



11 - La Résurrection : Jésus est descendu aux enfers et en revient bouleversé. D'où ce regard perdu dans le lointain, ce visage livide. Il sort du tombeau n'ayant sur lui que son manteau rouge, et il tient un étendard blanc dans la main gauche ( la droite est levée vers le ciel). Trois soldats gardiens du tombeau sont épouvantés et s'enfuient.



12 - L'Ascension : Jésus s'envole au ciel devant deux disciples. Il semble porté par des nuages blancs. On a l'impression de voir deux empreintes de pied dans le sol...



13 - La mort de Marie (?) : une femme en manteau vert est surmontée de la colombe du Saint-Esprit. Elle est agenouillée au bord d'un tombeau, entouré de six disciples de Jésus. Certains prient les mains jointes.



14 - L'Assomption de Marie : la mère de Jésus sort par le haut de son tombeau rempli de rose, reposant ses pieds sur un nuage blanc qui ressemble à un coussin, que tiennent par en dessous quatre anges.



15 - Le Couronnement de la Vierge : Marie, toujours vêtue de son manteau bleu, le visage juvénile, est agenouillée sur un nuage (nous sommes au Ciel...). Un peu au-dessus d'elle sur les côtés, se trouvent Dieu le Père et son fils qui lui posent une couronne à fleurons et perles blanches sur la tête, sous les auspices bienveillants du Saint-Esprit (la colombe au dessus de tout le monde). Dieu le Père tient dans la main droite un globe tandis que Jésus tient sa croix de son bras gauche.




Vous vous souvenez qu'il y a quatre oculus lobés entre les vitraux qu'on vient de regarder et la grande rosace.

Il s'agit d'anges annonciateurs. En effet, les représentations montrent quatre personnages auréolés et munis d'une paire d'ailes tenant des phylactères, ces petites bandelettes ondulantes qui portent en général la parole.

Je ne sais pas pourquoi, j'ai oublié d'en photographié un.






La rosace n'est narrativement pas très intéressante. Elle est composée principalement de vitraux ornementaux. Seuls onze pièces, des oculus à cinq lobes, figurent des personnages. Pour la plupart, ces derniers sont des anges musiciens. Toutefois, le plus élevé d'entre eux, en tunique rouge, ne joue pas d'un instrument de musique mais présente un chapelet. En voici une moitié :










Pour finir avec ce coin de l'église, voici un petit complément concernant les vitraux non figuratifs qui sont au-dessus de la porte latérale qui donne dans l'église à l'est.

Je n'ai pas non plus identifié l'atelier qui a réalisé ces oeuvres comportant deux baies allongées couronnées d'un oeil-de-boeuf lobé.

En revanche on sait (parce que c'est mentionné) que le commanditaire et donateur en fut le curé de Guémené. Il s'agit probablement du curé Revert, promoteur de l'église qui mourut en 1898, ou de son successeur, Alexandre Arbeille, curé de choc engagé dans la lutte en réaction à la laïcisation dont j'ai, à plusieurs reprises déjà, évoqué l'oeuvre et la personnalité.






Ainsi s'achève ce voyage vitrailliste du jour.

La suite à un prochain numéro.