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lundi 15 août 2016

Incursion photographique dans les fêtes religieuses d'antan


Il faut aussi des articles courts, surtout quand l'objet se suffit à lui-même : point aujourd'hui donc de long récit.

Voici pour le plaisir des yeux, une incursion dans un passé religieux et social inimaginable de nos jours, quatre photos montrant trois fêtes religieuses vers 1900 à Guémené.

Ces photos sont issus du fonds photographique mis à disposition par J. M. : qu'il en soit remercier à nouveau.

Les trois fêtes sont, d'une part, le pèlerinage annuel à Sainte Anne de Lesssaint, en 1910 ; d'autre part, une communion solennelle en 1889 et, enfin, une Fête-Dieu survenue en 1908.


Le pèlerinage sur la colline de Guénouvry se tient fin juillet, la fête de Sainte Anne tombant le 26 juillet. Les prêtres des trois paroisses de la commune y dirent sans doute la messe : Alexandre Arbeille, curé de Guémené, Jacques Dugast, curé de Guénouvry et Alexandre Rousseau de Beslé.

C'était un grand rassemblement populaire de toute la région, avec messe en plein air et attractions foraines ou commerciales. Les parents de J. M., mon fournisseur des photos, y vendaient par exemple des fruits, à leur époque...

La photo est donc prise sur le versant sud-est du sanctuaire. On y remarque au premier plan des enfants et des personnes "de qualité" : les paysans restent en retrait. Il s'agit probablement d'une photo de famille.

Il y a une "grotte" sur le côté nord de la colline nichant une Sainte-Anne, en contrebas de la chapelle. Les pèlerins (les femmes surtout) y allaient bien sûr faire leurs dévotions à cette brave sainte par le chemin abrupte qui y descend. Il était d'usage que le chemin de retour, le raidillon qui remonte vers la chapelle, soit fait à genoux !



















Voici maintenant une communion solennelle à Guémené en 1889, date à laquelle le curé de Guémené est Joseph Revert, le"bâtisseur" de la monstrueuse église actuelle de Guémené, ses vicaires étant Auguste Hervé et Jean-Baptiste Chotard.

Il est probable que les curés et vicaires de Guénouvry (Jean-Mathurin Birot, Noël Lecarré, Pierre-Marie Pabois et Alexandre-Marie Rochet) ainsi que ceux de Beslé (Nicolas Lescaudron et Pierre-François Lescaudron) aient été de la partie.

Nous sommes dans le bourg, quelque part que je n'ai pas réussi à situer. On y distingue principalement des jeunes communiantes de la génération de ma grand-mère, sensiblement (1895), en aube blanche et voile portant des bannières claires surmontées d'une petite croix.

Quelques femmes et jeunes filles au premier plan en costume du pays sont accompagnées par une femme chapeautée plus "bourgeoise" (elle a un gros nœud sur les fesses). On remarque aussi deux hommes dont l'un porte une bannière de frairie.

















Et le meilleur pour la fin  : deux clichés de la Fête-Dieu de 1908 qui devait tomber le jeudi 18 juin.

La première est prise Place Simon, à côté de l'ancien présidial du XVIème siècle, le Vieux-Logis dont on distingue la tour hexagonale et pointue, à gauche.

La photo révèle le gigantesque reposoir en gradins au sommet duquel est installé un autel. Dans des niches de part et d'autre de l'hôtel et au-dessus, trois statues de saints contemplent l'assemblée.

Sur les gradins et à leurs pieds, des prêtres et des enfants de choeur vêtus des habits rituels. On note aussi quelques petites filles en robe blanche, auréolées d'une couronne de fleurs.

Beaucoup de fleurs autour du reposoir et, en cercle au milieu de la place, on observe une jonchée artistique.

Des guirlandes de fleurs et des étendards flottent au vent. Des hommes et des femmes sont massés au pied des gradins, à droite et à gauche.






















Maintenant la foule des officiants et des badauds s'est ébrouée. La procession a quitté la Place Simon et emprunte la rue de l'Hôtel-de-Ville. 

On distingue l’hôtel du Commerce (le plus gros bâtiment). En face, la mairie avec les étendards, une boulangerie. 

Au loin, au bout de la rue à l'angle de la Place Simon, l'hôtel du Petit-Joseph laisse flotter des étendards à ses fenêtres. A l’arrière-plan, le château massif de la Grée-Bréhaut domine la situation.

Les processionnaires défilent entre deux haies d'arbustes et foulent d'autres jonchées. La foule compacte suit un dais en se protégeant du soleil avec parapluies et ombrelles.

















Eh ben, ça donnait...

dimanche 1 février 2015

Les missionnaires prennent position


Pour cet article, j'ai puisé largement au mémoire de Maîtrise de Marie-Pierre Guérin consacré à la paroisse de Guémené au XIXè et au début du XXè siècle.

Pour l'Eglise en général, et celle du Diocèse de Nantes en particulier, cette période est d'abord une période de restauration après la tourmente révolutionnaire qui chamboula son empire, puis une période de combat, quand la laïcisation de la société se propage, de part et d'autre de 1900.

Pour ranimer le zèle chancelant des fidèles, les prêtres disposent de divers outils : les jubilés (où l'on gagne des remises de peine, les indulgences), les retraites et enfin les missions. 

Ces événements sont comme de vastes souffles destinés à raviver les braises d'une foi incertaine : ils durent plusieurs semaines et ils sont l'occasion de voir tomber sur la paroisse une nuée de sauterelles ensoutanées qui, pendant tout ce temps, confessent, exhortent  et communient à tour de bras.

Ces prêtres sont des missionnaires extérieurs à la paroisse qu'il faut bien loger quelque part. L'état de délabrement du vieux presbytère de Guémené ne permit pas, pendant longtemps, de les accueillir : la paroisse fut donc sevrée du bonheur de leur action jusqu'à la construction du nouveau presbytère, celui qu'on peut encore voir aujourd'hui et dont j'ai déjà parlé.

Mais dès que le curé Querrion (qui en fut le promoteur) eut l'assurance que le nouveau presbytère serait terminé en 1865, il sollicita une mission auprès de son évêque, laquelle s'ouvrit le 31 décembre 1865, soit trois mois après que les desservants de la paroisse de Guémené eussent pendu la crémaillère à leur nouveau logis. 

Mais qui sont donc ces missionnaires ? Ceux de l'Immaculée Conception se taillèrent la part du lion, prêchant toutes les missions données dans la paroisse de Guémené depuis 1865, à l'exception de celle de 1892 prêchée, allez savoir pourquoi, par les Rédemptoristes

La durée des missions varie : avant 1830, elle est de cinq à sept semaines. En 1862, après discussions sur la question de savoir si la mission doit durer quinze jours ou un mois, les Pères de l'Immaculée Conception optent finalement pour deux semaines.

Il ne fait pas croire que ces discussions furent pour du beurre : la position du missionnaire est fatigante et, comme le dit ma source, "les longues missions fatiguent les missionnaires même les plus robustes". Il faut comprendre...

Et puis, on doit quand même bien admettre qu'il faudrait "une population exceptionnelle et insatiable de la parole de Dieu pour suivre avec un empressement soutenu les exercices pendant un mois". Bref, comme les plus courtes sont les meilleures, après 1865 les missions sont toutes de quinze jours sauf celle de 1892 (où on en prit pour vingt-et-un jours).

Ces affaires là sont programmées entre octobre et avril, quand les agriculteurs sont moins accaparés par les travaux des champs. Pour autant, les obstacles de la mauvaise saison, tels que pluie, inondations, tempêtes, froid intense avec neige et verglas, ne rebutent pas les fidèles. Ceux-ci n'hésitent donc pas à parcourir des kilomètres par mauvais temps pour venir aux exercices, se précipiter dans les confessionnaux et participer avec ardeur aux décorations.

Le but des missionnaires est de stimuler le zèle des fidèles par le rappel des principaux dogmes chrétiens, obtenir d'eux une pratique moins routinière, plus régulière et plus active, les inciter à la confession et à la communion. Ils combattent l'impiété, l'indifférence, la tiédeur. En gros : une remise à niveau du logiciel catholique et romain dans la tête des braves gens.

Mais il faut faire attention à éviter les erreurs psychologiques : avant de commencer leur tintouin, les missionnaires s'inquiètent auprès du clergé local de la mentalité des fidèles pour adapter les thèmes de prédications de manière à les rendre plus percutants.

Toutefois, on n'est pas à l'abri de réactions défavorables au sein d'une fraction de la population. Ainsi, en 1835, quelques adversaires de la mission plantèrent un drapeau tricolore sur le clocher (de l'ancienne église, actuelle Place Simon). Pour la retraite de 1847 le curé signale "des récalcitrants mais en petit nombre"

Pire, lors du jubilé de 1881, est organisée "une contre manifestation non avouée mais évidente... : à l'occasion du comice agricole, on affecta de faire venir de bruyants saltimbanques dont la tenue était fort mauvaise ; un banquet fut organisé, auquel on invita le préfet Herbette, René Brie, Waldeck Rousseau, gambettiste enragé, député de Rennes : politique bavarde et hostile, le soir, illumination des édifices publics..."


Mais heureusement : "Le lendemain les exercices du jubilé reprirent dans le plus grand recueillement et les saltimbanques eurent beau battre le rappel, pas une personne n'en détourna la tête".

Mais en quoi, au juste, consiste donc une mission ?

Les journées missionnaires se déroulent habituellement ainsi : messe et instruction tous les jours le matin à huit heures. Les exercices du soir commencent à six heures trente. De plus,  la confession constitue un temps fort de toute mission. 

Les missionnaires sont aidés par le clergé local mais également par des prêtres venus des alentours offrant leur concours pour les confessions. La mission de 1865 compte, par exemple, dix-sept confesseurs, de quoi récurer à fond les âmes noires des paysans.

Sinon, les principaux exercices comportent une prière pour les morts avec procession au cimetière (comme au premier jour de la mission de 1911), l'amende honorable (regret des fautes commises), le renouvellement des sacrements solennels.

Il peut y avoir parfois des plats spéciaux à se mettre sous la dent.

Par exemple, la consécration de la paroisse à Marie, le 18 novembre 1911. Pour ce jour exceptionnel, les paroissiens ont eu à coeur de dresser de nombreuses décorations : "sur l'autel était placée une statue de la Saint Vierge entourée de petits verres donnant la forme d'une grotte cadrant bien avec le style ogival de l'église. 

Et de toute part au milieu de la verdure et des fleurs émergeaient les candélabres chargés de nombreuses bougies offertes par les paroissiens. 

Toutes ces lumières resplendirent le soir quand la cloche appela la foule pour la consécration de la paroisse à la Très Sainte Vierge et pour l'offrande des couronnes. Les petits étaient à la fête".

Ou encore, une mission spécialement réservée aux enfants peut avoir lieu quelques jours auparavant l'ouverture de la grande mission : c'est le cas en 1901 (700 enfants y participent) et en 1911 (540 enfants de six à douze ans).

Pour cette dernière mission, dès le lundi 13 novembre, 380 communiants "donnèrent l'exemple et l'élan au reste de la paroisse". Et on en profite alors pour se servir des enfants pour faire pression sur les parents : les enfants "acceptèrent d'être porteurs d'une lettre écrite en leur nom" qu'ils doivent lire devant leur famille. Du coup, beaucoup d'adultes étaient présents aux exercices du soir.

Les thèmes chers aux prédicateurs sont bien sûr la conversion, la mort et le jugement dernier, l'Enfer mais ils dénoncent 
également les abus ou parlent de la conjoncture présente notamment en 1911 où ils traitent de l'éducation chrétienne et réfutent l'objection selon laquelle la religion a fait son temps.

La mission se termine en apothéose le dimanche : dans la matinée, a lieu une messe de communion générale à laquelle participe bon nombre de fidèles et notamment des hommes. 


Le temps de grâce que représente ces descentes de curés sur la paroisse est souvent immortalisé par la plantation d'une croix ou quelque autre manifestation remarquable. 

Pour la retraite de 1847, "la plantation d'une croix a clos les Saints Exercices"

Un vitrail fut placé dans l'église huit jours avant l'ouverture de la mission 1892 dédiée au Sacré-Cœur. Pour cette mission la plantation d'un calvaire eu lieu route de Derval. 



























En 1901, "Vingt-huit anciens marguilliers s'étaient présentés pour porter le brancard sur lequel reposait le Christ souvenir de la mission qui devait être placé en face de la chaire et qu'offrait M. le comte du Halgouët. 

Pendant une heure trente, la procession se déroula à travers le bourg magnifiquement décoré et le cri de Vive Jésus, vive la Croix répété par plus de quatre mille personnes mettait un frisson à l'âme des plus indifférents. 

Une fois rentrée dans l'église la Croix fut mise en place. Le Père Ménard fit pousser les acclamations à la Croix et à Jésus, et, les larmes aux yeux, fit ses adieux à cette chrétienne population et au clergé."

Le témoignage visible dans le paysage de la mission 1911 est la plantation d'un calvaire derrière l'église. Ce fut un grand moment.


Le soir, à sept heures et demi, "la mission était clôturée par une plantation de Croix près de l'école des garçons [Saint-Michel] sur un terrain appartenant à M. de Boisfleury et dépendant de la ferme des Porteaux. M. de Boisfleury donnait avec le terrain la croix magnifique mesurant 7 mètres 60. Le Christ était un don du docteur Benoist, enfin le socle de pierre était payé par la toujours humble Anne-Marie Hamel." 

En moins d'un quart d'heure le Christ fut fixé à son calvaire. La bénédiction du monument fut faite par le vicaire général l'abbé Loyer, ancien vicaire de Guémené.


On ne présente plus le Docteur Benoist dont j'ai beaucoup parlé sur ce blog, et dont on ne peut s'étonner qu'il investisse dans une anatomie. Quant à la dame Hamel à laquelle il est fait allusion, née en 1860, elle était petite-fille, fille, sœur et tante de boulangers de Guémené dont la lignée exerçait encore au Bourg, dans les années 1930.



















Puis une cérémonie d'adieu a lieu à l'église "beaucoup trop petite pour contenir tous les fidèles". Le Père Maindron intervient une dernière fois pour encourager sans doute les fidèles à demeurer fermes dans leur résolution.

Hélas, son sermon de trois quarts d'heure "parut un peu excessif malgré la bonne volonté de tous", selon le curé Arbeille. Ceci montre qu'il ne faut pas abuser des bonnes choses...

Et comme quoi, décidément, la prise de position du missionnaire est fatigante pour tout le monde.



lundi 29 décembre 2014

Vitraux et merveilles (8)


Aujourd'hui, on va s'attaquer à du lourd. En effet, il s'agit rien moins que d'évoquer les vitraux de l’extrémité orientale du transept de l'église de Guémené. On y trouve essentiellement une rosace et cinq baies hautes et étroites.

Vu de loin, les compositions qui forment la décoration de cette partie de l'église sont moins chatoyantes que leurs alter ego situés à l'opposé, côté ouest. Le bleu et le rouge semblent y dominer.






Je le dis tout de suite, je ne sais pas à quel atelier cet ouvrage a été confié, ni en quelle année.

En revanche le commanditaire probable est identifiable à sa "signature", à savoir des armoiries que l'on trouve tout à droite et tout à gauche des quatre œils-de-bœuf lobés qui séparent la rosace supérieure des cinq baies inférieures.

Vu la hauteur et la petitesse de ces petits vitraux, mes photos sont médiocres. On y découvrent cependant un blason surmonté de la couronne comtale, comprenant quatre quartiers répétant deux motifs, flanqué de deux lions.

Les quartiers supérieur gauche et inférieur droit sont identifiables aux armes des Potiron de Boisfleury : sur un fond rouge, une aiguière d'argent est inscrite dans une couronne d'or ("de gueule, à l'aiguière d'argent dans une vire d'or"). Encore que le fond rouge paraisse surprenant : on s'attendrait plutôt à du bleu...

Mais au total, difficile quand même de dire de quels commanditaires précisément il s'agit.




Ces vitraux semblent dédiés à l’Évangile. Les cinq baies inférieures représentent en effet les étapes essentielles de la saga de Jésus.

Chacun des cinq grands vitraux  sous la rosace comprend trois scènes de la vie de Jésus - essentiellement - mais la chronologie veut qu'on les lise ligne à ligne, horizontalement (de la première scène en haut du vitrail de gauche jusqu'à la première scène en haut du vitrail de droite ; puis de la seconde scène, au milieu du vitrail de gauche jusqu'à la dernière scène à même hauteur du vitrail de droite ; et ainsi de suite).

En tout donc, quinze scènes du Nouveau testament :

1 - L'Annonce faite à Marie : dans une loggia à carreaux blancs et noirs, un ange sur un nuage, de mauve vêtu, remet un lys à Marie. Celle-ci le reçoit agenouillée, enveloppée d'un manteau bleu, tandis que la colombe du Saint-Esprit lui envoie ses rayons sur la tête.



2 - Episode non identifié : Joseph, portant une cape rouge et tenant une sorte de chapeau de paille à la main ainsi qu'un bâton de pâtre, et Marie font leurs adieux à Saint-Anne (?). C'est la nuit, on distingue de la végétation à l'arrière plan à gauche et un palmier à droite.



3 - La Nativité : dans une hutte couverte de branchages feuillus, deux bergers se recueillent face au bébé Jésus, langé de blanc et couché sur de la paille posée sur un tréteau. Joseph et Marie le leur présentent. Au pied du "berceau", un agneau aux pattes liées gît. L'un des berger porte une tunique bleue tandis que l'autre a un manteau marron et des chausses rouges.



4 - La présentation au Temple : les parents de Jésus se tiennent en position inférieure par rapport au personnage central qui doit être Siméon le Sage. Un autre personnage en chasuble verte en retrait de Siméon ne m'est pas connu (en principe, l'autre personnage de cet épisode est Anne, une prophétesse : mais elle n'avait probablement pas de barbe, contrairement au bonhomme en vert évoqué). Conformément aux rites, les parents de Jésus ont apporté en sacrifice deux colombes qui sont dans une cage près de Joseph, sur laquelle celui-ci pose la main.



5 - Jésus discute avec les docteurs au Temple : Jésus est un enfant de douze ans chevelu et glabre : il se tient entre deux autres personnages, un livre à la main, en robe blanche et manteau rouge, assis sur un trône de pierre posé sur un carrelage blanc et noir dans une pièce à colonnettes. Les deux docteurs, chauves et barbus, ont également un livre, plus gros d'ailleurs, et semblent écouter le jeune orateur à la main levée.



6 - Au jardin de Gethsémani : nous sommes après la dernière cène. Dans ce jardin au pied du Mont des Oliviers, Jésus est angoissé. Un ange tenant un calice à la main et vêtu de mauve vient le rasséréner. Au fond, on aperçoit trois disciples qui dorment.



7 - La Flagellation : attaché à une colonne dans un espace délimité au fond par un muret, Jésus semble supporter stoïquement les coups que lui assènent avec vigueur deux soldats barbus et moustachus dont l'un porte un casque.



8 - Le Couronnement d'épines : résigné, Jésus subit les insultes et la dérision des soldats dans le prétoire. Un des soldats lui tresse une couronne d'épines avec une sorte de tenaille tandis que l'autre paraît continuer de le frapper. Une sceptre de roseau a été glissé entre les mains liées de la victime revêtue d'un manteau de pourpre.



9 - Le chemin de croix : Jésus est tombé à genou sous le poids de sa croix qu'un passant barbu et chauve, en tunique bleu sombre, Simon de Cyrène, l'aide à porter. Un personnage arborant une longue tunique verte et des chausses bleues, portant l'épée, tire l'attelage avec une corde. Une femme auréolée en manteau bleu, Marie ? - accompagne le funeste cortège.



10 - La crucifixion : on ne voit que Jésus crucifié, mort, le corps livide, la tête penchée sur l'épaule. On distingue les clous et la plaie au côté. Deux femmes sont présentes : Marie sa mère, à gauche et toujours en manteau bleu ; et peut-être Marie-Magdeleine, de l'autre côté, mains jointes et en manteau pourpre.



11 - La Résurrection : Jésus est descendu aux enfers et en revient bouleversé. D'où ce regard perdu dans le lointain, ce visage livide. Il sort du tombeau n'ayant sur lui que son manteau rouge, et il tient un étendard blanc dans la main gauche ( la droite est levée vers le ciel). Trois soldats gardiens du tombeau sont épouvantés et s'enfuient.



12 - L'Ascension : Jésus s'envole au ciel devant deux disciples. Il semble porté par des nuages blancs. On a l'impression de voir deux empreintes de pied dans le sol...



13 - La mort de Marie (?) : une femme en manteau vert est surmontée de la colombe du Saint-Esprit. Elle est agenouillée au bord d'un tombeau, entouré de six disciples de Jésus. Certains prient les mains jointes.



14 - L'Assomption de Marie : la mère de Jésus sort par le haut de son tombeau rempli de rose, reposant ses pieds sur un nuage blanc qui ressemble à un coussin, que tiennent par en dessous quatre anges.



15 - Le Couronnement de la Vierge : Marie, toujours vêtue de son manteau bleu, le visage juvénile, est agenouillée sur un nuage (nous sommes au Ciel...). Un peu au-dessus d'elle sur les côtés, se trouvent Dieu le Père et son fils qui lui posent une couronne à fleurons et perles blanches sur la tête, sous les auspices bienveillants du Saint-Esprit (la colombe au dessus de tout le monde). Dieu le Père tient dans la main droite un globe tandis que Jésus tient sa croix de son bras gauche.




Vous vous souvenez qu'il y a quatre oculus lobés entre les vitraux qu'on vient de regarder et la grande rosace.

Il s'agit d'anges annonciateurs. En effet, les représentations montrent quatre personnages auréolés et munis d'une paire d'ailes tenant des phylactères, ces petites bandelettes ondulantes qui portent en général la parole.

Je ne sais pas pourquoi, j'ai oublié d'en photographié un.






La rosace n'est narrativement pas très intéressante. Elle est composée principalement de vitraux ornementaux. Seuls onze pièces, des oculus à cinq lobes, figurent des personnages. Pour la plupart, ces derniers sont des anges musiciens. Toutefois, le plus élevé d'entre eux, en tunique rouge, ne joue pas d'un instrument de musique mais présente un chapelet. En voici une moitié :










Pour finir avec ce coin de l'église, voici un petit complément concernant les vitraux non figuratifs qui sont au-dessus de la porte latérale qui donne dans l'église à l'est.

Je n'ai pas non plus identifié l'atelier qui a réalisé ces oeuvres comportant deux baies allongées couronnées d'un oeil-de-boeuf lobé.

En revanche on sait (parce que c'est mentionné) que le commanditaire et donateur en fut le curé de Guémené. Il s'agit probablement du curé Revert, promoteur de l'église qui mourut en 1898, ou de son successeur, Alexandre Arbeille, curé de choc engagé dans la lutte en réaction à la laïcisation dont j'ai, à plusieurs reprises déjà, évoqué l'oeuvre et la personnalité.






Ainsi s'achève ce voyage vitrailliste du jour.

La suite à un prochain numéro.

dimanche 30 novembre 2014

Arbeille macht frei


J'aime bien les curés, du moins ceux du passé. Quand je dis que je les aime, que l'on se comprenne : ils m'intéressent en tant que personnages publics, et même personnages politiques jusqu'au milieu du XXème siècle (en tout cas dans les petites cités comme Guémené).

La société française, rurale notamment, s'est séparée de la tutelle ecclésiastique en deux coups de rein : le premier dans la première décennies de la Révolution Française ; le second, autour de 1900, le coup de canif final étant donné en 1905 avec la loi de Séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Cette dernière circonstance conféra aux communes les biens d'église et il fallu donc, au préalable, en faire l'inventaire, le fameux Inventaire de 1906.

Peu de temps auparavant, déjà, des lois "scélérates" (forcément) avaient chassé de l'enseignement public le personnel religieux qui y prospérait sur les jeunes âmes comme un chancre sur un corps sain.

A l'instigation des évêques, les curés avaient mené la contre-offensive en ouvrant des écoles "libres". On a déjà raconté cette histoire dans ce blog pour ce qui concerne les écoles Saint-Michel et Sainte-Marie de Gémené.

Pour y revenir, cette histoire d'inventaire fut l'occasion de biens des héroïsmes. Ici et là, dans l'Ouest particulièrement, le tocsin sonne, les notables calotins pétitionnent ; des curés entourés de leurs vicaires, des nobliaux, des paysans précédés de leurs enfants endimanchés se lèvent et viennent défendre leur église, s'y enferment, chantent des cantiques, brûlent de l'encens, font barrage de leurs corps et de leurs fourches à l'infâme Etat laïque impersonnifié par tel agent des contributions ou par tels gendarmes venus compter candélabres, chasubles et ostensoirs dans les sacristies (je dois vous raconter un  jour, à ce propos, l'histoire terrifiante de Marie Rolland à Dréfféac, jeune institutrice militante de la laïcité et future figure de Guémené, qui, en 1906, y fut presque lynchée par la foule excitée par les prêtres et le maire).



Puis vint la guerre de 14, l'Union Sacrée qui suit la Désunion Sacrée, et l'interminable litanie des morts (300 à Guémené) : les mères qui viennent prier pour leurs fils, laissant leur photo, un gros sous ou un cierge au pied de la Vierge Marie ; les processions pour la France et pour que le Dieu des Français bute la gueule au Dieu des Allemands ; la paix : les actions de grâce, le Te Deum, l'inauguration des monuments aux morts....

Le curé fut bien entendu la figure de proue de toutes ces émotions populaires.

Celui de Guémené, qui fut de tous ces combats, s'appelait Alexandre Arbeille.

Il était né le 23 février 1855 au Palais, à Belle-Ile-en-Mer, rue de l'église (premier indice).

Sa maman est une dame Marie Alexandrine Marsaliau originaire de Nantes. Papa Louis est toutefois né à Gaillages dans les Hautes-Pyrénées et il exerce le doux métier de perruquier (second indice : d'une génération d'Arbeille à l'autre, on sera passé de la perruque à la tonsure...les vocations ne tiennent parfois qu'à un cheveu...).

A 24 ans, le jeune homme est ordonné prêtre. Il officie d'abord à Nantes comme vicaire de l'église Saint-Clair puis, en 1891, à la cathédrale. Il est nommé curé à Guémené en 1898 où il terminera sa carrière en 1925. C'est dire si son office à Guémené fut la période essentielle de sa carrière.

On ne possède pas vraiment de portrait du personnage à son apogée humaine et ecclésiastique et l'on doit se contenter de celle qui suit où il a bien changé :



Je ne reprends donc pas l'épisode de l'ouverture des écoles "libres", en 1903 pour les filles et 1909 pour les garçons, hauts faits à mettre au compte du Père Arbeille.

Voici en revanche comment se déroula l'Inventaire à Guémené en 1906. Rappelons que la Municipalité avait pris parti mollement contre la future loi de Séparation.

Le jeudi 7 février, à deux heures de l'après-midi, doit avoir lieu la fatale spoliation.

La veille et l'avant-veille la résistance s'était déployée comme une trainée de poudre ailleurs dans les bourgs alentour et dans toute la Loire-Inférieure.

Ainsi, des femmes de Saint-Nicolas-de-Redon dressèrent une mince barricade devant la porte de leur sanctuaire, opposant leurs chants, leurs prières agenouillées et leurs protestations aux gendarmes qui frayaient un chemin à l'agent du Gouvernement. 

A Nozay, la foule fit corps avec son curé devant l'église et aucun témoin de prêta assistance au receveur local qui dut rebrousser chemin au chant des cantiques. 

A Blain, les cloches sonnèrent à toute volée lors de l'arrivée des gendarmes. Les fidèles s'enfermèrent dans l'église et en barricadèrent les portes provoquant l'ajournement de l'opération. 

Et de même à Pontchâteau, Paimboeuf, Vertou, Clisson, Nort, etc...

Aussi, la tension est à son comble dans le bourg de Guémené. Les soutanes frémissent. Les dames patronnesses ont des picotements de jeunes filles. Les bravaches et vielles ganaches de château vocifèrent.

Le receveur de l'Enregistrement de Guémené Henri Fresneau, 46 ans, natif d'Arras (au 9 rue des Capucins...), était chargé de procéder. 

Mais ce percepteur, homme d'ordre et de sens, vient de s'épargner ce déshonneur en démissionnant avec fracas de son poste, semant fierté et inquiétude auprès de son harem (Cécile son épouse ; Henriette, Gabrielle et Pauline, ses filles ; Aimée et Léontine, ses bonnes) ; mais suscitant aussi l'enthousiasme de ses amis catholiques du quartier bourgeois de Guémené (la route de Redon à partir de la Cure) qui soutiennent courageusement dans leurs chaumières biscornues ce bel acte de leur voisin.

Tant pis, on se contentera d'un simple inspecteur de l'Enregistrement : c'est toujours mieux que rien.

Le bonhomme, accompagné de M. Airaud, commissaire spécial de Saint-Nazaire (?), s'approche de l'église, fendant une horde de manifestants hostiles.

Aux abords du portail de l'édifice, il avise le curé Arbeille, entouré des membres du conseil de fabrique, organisme para-municipal qui gérait jusqu’à présent le temporel ecclésiastique, que la loi de Séparation immole en le dépouillant de sa raison d'être.

Les deux délégations se rencontrent. Le curé Arbeille et le président du conseil de fabrique entreprennent alors de lire une protestation solennelle dont ils demandent l'inscription au procès verbal.

Sans s'émouvoir, l'inspecteur de l'Enregistrement tente sans succès d'ouvrir la porte de l'église qui a été fermée à clé. Le curé refuse de faire ouvrir.

Constatant l'impossibilité d'opérer l'inspecteur se retira. Ce ne fut que partie remise.

Evidemment le parti clérical se rengorgea de cette victoire passagère dont le curé Arbeille fut le héros et l'ex-receveur Fresneau, le brave cocu...


L'inauguration du monument au Morts de Guémené fut une autre circonstance, en apparence consensuelle cette fois-ci, où le curé Arbeille fut à son affaire.

La fête eut lieu un dimanche du printemps 1923.

Il faut d'ailleurs parler de fête dans l'union des tendances représentées dans la commune : les formations de jeunesses, l'Etendard catholique comme l'Union Sportive et Gymnique (USG) laïque ; les instituteurs des écoles publiques - dont Marie Rolland -, comme ceux des écoles "libres" ; etc..., bref cléricaux et laïcs sont rassemblés dans le même souci de rendre hommage aux victimes de la guerre de 14.

Mais c'est une fête aussi par le cérémonial : à 9 heures, les notabilités (maires, adjoints, conseillers municipaux, préfet, sous-préfet, sénateurs, députés, hauts fonctionnaires, président des anciens combattants, militaires et autres mirliflores enrubannés) sont reçues à l'Hotel de Ville (!).

Signalons qu'en sortant de la Mairie une petite cérémonie assez émouvante se déroule : le Préfet remet un livret de Caisse d'Epargne (garni) à un pupille de la Nation, Francis Boussard, né en 1911, qui exploite seul avec sa sœur la ferme familiale (il a douze ans !).

A 9 heures 30 le cortège s'ébranle enfin dans les rues pavoisées et sous une pluie fine, de la Mairie vers l'église, pour une messe basse (?) : l'Etendard et l'USG sont en têtes, suivis de près par les enfants des écoles et leurs instituteurs. A une encolure, on trouve la musique et les chœurs, talonnés par les représentants officiels et les invités. Légèrement distancés, suivent le Conseil municipal, les fonctionnaires, loin devant les familles des morts elles-mêmes au coude à coude avec les vétérans de 1870. Enfin, en queue de peloton, l'Union Nationale des Combattants et le clergé qui, quant à lui, est à la traîne et ferme le ban.

La messe dite et après pas mal de musique, le même cortège repart vers le cimetière pour l'inauguration et la bénédiction du monument réalisé par Nicot.

C'est au curé d'ouvrir le bal. Arguant de son droit à prendre la parole du fait de ses vingt-cinq années passées à Guémené (visiblement ce droit n'allait pas de soi...), il prononce alors un discours lyrique et militant . En voici la substance :

Ce monuments est celui de chrétiens car toutes les victimes qu'il honore furent baptisées. Du coup, ils ont reçu l'enseignement central des chrétiens, à savoir que la plus grande marque d'amour est de mourir pour ceux qu'on aime. En mourant pour la Patrie, ils ont mis en pratique cet enseignement. En offrant leur sang  pour lutter contre "la barbarie teutonne qui torturait les corps et pervertissait les esprits", ils formaient une supplique pour que leur soient accordées la vie éternelle, force et consolation pour leurs proches, miséricorde et gloire pour la France.

Emporté par son élan, invoquant le devoir de mémoire et d'imitation de l'exemple fourni par les défunts, Arbeille lance un cri : "Debout les Morts !".

Debout les morts : pour nous apprendre "que ce sont les morts qui font la Patrie" [vaudrait p't êt' mieux pas la faire, alors...], que les survivants doivent en faire autant [non merci !], pour "proclamer que vingt siècles de traditions chrétiennes françaises" ne peuvent céder face aux mauvaises idéologies et à l'immoralité [?], pour dire à leurs descendants que "la Croix a consolé vos yeux mourants", que "la Croix les inonde maintenant d'une joie infinie au Ciel" [tu parles !].

Et tout ça pourquoi ? - Parce que "la Croix a été et sera toujours le signe divin de la victoire" [il suffisait d'y penser]. Et comme tout finit par des chansons ou du latin, le curé Arbeille ajouta pour marteler son dernier propos un "In hoc signo vinces" du plus bel effet, qu'il fit suivre de quelques coups de goupillon à l'adresse du monument.

On passa ensuite à autre chose, d'autres discours, un banquet préparé par M. Haméon du Petit Joseph, des toasts,...


Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin.

Le 8 avril 1925, le curé Arbeille prononçait l'absoute aux funérailles du curé de Conquereuil.

Le samedi 7 novembre de la même année, le Supérieur du Collège de Redon donnait l'absoute lors des funérailles du curé de Guémené qui venait de succomber après quelques jours de maladie.

Ce fut de belles funérailles. Le corps du curé Arbeille avait été déposé dans la Chapelle de la Congrégation, richement décorée et qui faisait office de chapelle ardente.

Le curé de Héric, doyen des prêtres guémenois, présida à la levée du corps et à l'office qui s'en suivit. L'église était toute tendue de noir et richement illuminée. Le curé de Beslé chanta la messe.

Puis, l'office terminé, un cortège se mit en branle pour accompagné le curé à son ultime demeure, selon l'expression consacrée. A sa tête, l'Etendard et les Enfants de Marie portant des gerbes de fleurs. Derrière, les enfants des écoles Saint-Michel et Sainte-Marie. Après venaient une cinquantaine de prêtre des environs et une bonne partie des habitants.

On fit un grand tour, empruntant successivement les rues de La Poste, Garde-Dieu, la Place Simon,  les rues de l'Eglise, de l'Hôtel-de-Ville et la rue de Beslé.

Ce fut une bien belle cérémonie en effet. On déplora cependant l'absence de la Municipalité.

Adieu Arbeille, sic transit gloria mundi...