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dimanche 17 juin 2012

Une Sainte-Barbe à Guémené


Barbe, bonne fille, vivait au milieu du IIIe siècle à Nicomédie, port de Turquie. Au retour d'un voyage, sa fille lui ayant appris qu'elle s’était convertie au Christianisme, son père, l'affreux Dioscore, mit le feu à la tour où il l'avait enfermée pour la mettre à l'abri des galants. Mais Barbe réussit à s'enfuir. Hélas, averti par un berger probablement éconduit, le père la découvrit. Il la traîna alors devant le gouverneur romain de la province qui la condamna à d'horribles supplices (j'ai regardé : c'est en effet horrible). Comme la jeune fille têtue continuait d'invoquer le Christ, le gouverneur ordonna au père de lui trancher lui-même la tête. Dioscore obéit et fut aussitôt châtié par le Ciel : la foudre le tua sur place.

Ainsi Sainte-Barbe, protectrice de la foudre et de la mort subite, est devenue la patronne des mineurs, des artificiers, des carriers, des artilleurs. Bref, elle s'occupent de sujets explosifs...A quoi il faut ajouter les pompiers, sujets fumeux.

La fête de la Sainte-Barbe tombait le 4 décembre, jadis.

Les pompiers jouent un rôle important dans la vie de tous les jours. Dans les petites communes, ce sont des volontaires. Il est donc important de pouvoir leur rendre hommage et je dois à mon excellent confrère en bloguerie et guémenoiseries, A.P., ainsi qu'à Ouest-Eclair, l'ancêtre bien connu de Ouest-France, de pouvoir le faire en image et en texte. Certes, l'image est antérieure au texte, mais qu'importe.

La photo date probablement de la fin des années 1920. Elle montre, devant la mairie de Guémené, la Compagnie des sapeurs-pompiers : 25 gaillards tous fièrement moustachus. Les gradés sont devant comme il se doit, et le port est souvent altier.


Toutefois, en regardant attentivement, on s'aperçoit que quelques képis sont portés avec nonchalance (le trompette de droite à l'air quelque peu dans le cirage, à moins qu'il ne souffre d'aigreurs d'estomac). Ici, un bouton de veste est défait.  Les vareuses paraissent parfois froissées et les pantalons blancs d'apparat, plutôt tire-bouchonnés.On sent qu'il s'est passé bien des choses avant la photo. On peut imaginer que ce petit monde a fêté la Sainte-Barbe.

Voici comment les pompiers de Guémené honoraient leur sainte patronne en 1937 :


"La fête de la Sainte-Barbe, qui avait été remise par suite du décès du sergent-fourrier Loré, a été célébrée dimanche dernier.

A 9 heures, la Compagnie de sapeurs-pompiers de Guémené, les sections de Guénouvry et de Beslé se rassemblèrent place Simon. Le lieutenant Bréger pris le commandement et un défilé eu lieu à travers les rues de la ville pour se rendre au Monument aux Morts où une gerbe fut déposée.

Après une minute de recueillement, les pompiers se rendirent à la Mairie. Dans la grande salle, M. Geffray, maire, entouré de ses adjoints, MM. Métayer et Gérard, et des membres du Conseil Municipal, les attendaient.

Après une belle allocution, il épingla la médaille d'honneur des sapeurs-pompiers sur les poitrines du lieutenant Gravaud, des sergents Houguet, Briand et Bréger, des caporaux Pinczon et Devilliers et des sapeurs Menuet, Jarnot, Fossé, Gillais et Percevault. Il s'inclina devant le souvenir du sergent-fourrier Loré, décoré à titre posthume, enlevé prématurément à l'affection des siens et à l'amitié de ses camarades.

Un vin d'honneur fut offert à la Compagnie par la Municipalité, et M. le Maire fit l'éloge des sapeurs-pompiers et rendit hommage à leur dévouement.

A 18 heures, tout le monde se retrouva au restaurant Jarnot où eut lieu le banquet traditionnel.

Le menu était parfait et la plus franche gaieté ne cessa de régner pendant tout le repas, au cours duquel un gâteau fut offert par M. Tardif, boulanger.

Ce fut ensuite le tour des chanteurs, puis tout le monde se rendit à la salle des fêtes où eut lieu un bal qui termina cette belle journée."

***

C'est quand même la grosse fête. Ils devaient être frais au bout de tout ça ! Je me demande si on saurait retrouver les chansons chantées et qui étaient les chanteurs...

L'irruption de M. Tardif en bout d'article fait remonter plein de souvenirs gustatifs et ensoleillés de gâteaux achetés l'été, le dimanche après la messe, dans la boutique d'angle donnant sur la place Simon. Que de pâtisseries bigarrées, de compositions laquées de sucre et adornées de pétales de rose en pâte d'amande ! Les guêpes virevoltaient et une jeune dame maquillée, avec un petit tablier blanc fort seyant et à l'air "bourgeois" et sophistiqué, encaissait. Je revois ensuite ma grand-mère endimanchée trottiner le long du boulevard de Courcelles, au retour, tenant son petit paquet de carton ficelé à bout de bras. On ne s'arrêtait alors guère pour muser : le gâteau ne pouvait attendre...

Enfin, si cela vous inspire, n'hésitez pas à me le faire savoir.


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