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samedi 2 juin 2012

"Les petites femmes de nos mobilisés"


Pour moi, l'Histoire qui m'intéresse est celle que voient et vivent  les gens au quotidien. La guerre de 14, par exemple, est faite de vécus plus ou moins militaires : batailles, tranchées, popotes, intempéries, colis,....

Parfois on est fait prisonnier :  une chance sans doute. Une épreuve aussi car la vie aux camps était difficile : froid, privations, faim, répression, commandos, soucis de l'arrière, de la ferme, de la famille, vie de chambrée, cafard.

Enfin, il y avait quelques divertissements.

Je dispose du cahier qu'a  tenu mon grand-père Julien Legendre, soldat du "8e Chasseur à pied", pendant sa captivité en Allemagne au camp de prisonnier de Chemnitz, en Basse Saxe. Capturé en 1916 dans le secteur de Verdun, il y est resté enfermé de l'été 1916 à la fin de la guerre.


Peu de pages. Peu de sujets notés. C'est sans doute un pense-bête.

Ce petit cahier est couvert comme un cahier d'écolier. Il contient la liste, le contenu et la provenance des 41 colis reçus en captivité d'août  1916 à septembre 1917 (j'en fournirai peut-être ultérieurement une "analyse"). Que s'est-il passé ensuite ? Plus de colis, lassitude...?

Revenu à Guémené avec son possesseur, le petit cahier a servi jusqu'au milieu de 1920, moment de son mariage : à la fin, des "frais de noce" détaillés y figurent (nourriture, boisson, vêtements masculins et féminins).

Je voudrais aujourd'hui m'attacher à l'une des deux chansons que le petit cahier reproduit. L'une est connue, puisqu'il s'agit de "Fleur de misère", de Paul Haldy et Léon Stollé, dont on écoute aujourd'hui encore l'interprétation des années 30 de Berthe Sylva : je ne la reproduis pas puisqu'on en trouve aisément les paroles sur Internet.

Je n'ai en revanche pas retrouvé l’auteur ou l’interprète de la seconde, qui s'intitule "Les petites femmes de nos mobilisés".

Que dit-elle ?














I

Les poilus s'en vont le cafard au front
Trottine parmi les cervelles
A l'arrière l'on voit la gaieté, la joie,
La guerre nul ne s'en aperçoit
Concerts, cinéma, casinos,
Tout plein de badauds qui ont la vie belle
Les femmes raffolent des festins
Elles peuvent s'offrir
Ce qui leur fait plaisir
Elles rient du communiqués,
Les petites femmes de nos mobilisés

1er Refrain

Elles se pomponnent et le mari s'affole
Là-bas dans la triste fournaise
Elles ont des toilettes à fla fla
Elles ne s'occupent pas des misères du soldat
Elles sont jeunes, elles sont jolies,
Elles sont gaies et ne pensent qu'à la vie
La guerre peut bien durer toujours,
Elles charment et ne pensent qu'à l'amour.

II

Le poilu obtient une perme un matin
Chez lui vite il se précipite
Il voit dans le dodo un délicieux tableau
La femme dans les bras d'un sergent
Un autre trouve sa moitié le ventre ballonné
Il s'enfuit bien vite
Un troisième trouve son logis vide on lui apprit
Que sa femme a fui
Le poilu philosophiquement
Dit : "Nos femmes ne s'ennuient pas assurément".

2e Refrain

Mon vieux il ne faut pas s'en faire
Bientôt finiront nos misères
Nos femmes s'offrent de l'agrément
Et nous font cocus c'est évident
Nous souffrons et nos femmes s'amusent
C'est la guerre : elles en abusent
Mais quand viendra notre tour,
Nous les ferons cocues à notre tour.

III

Laissons aux farceurs, les bonimenteurs,
Toutes les beautés de la guerre
Ce que nous voulons, les poilus du front,
C'est la paix et la raison
Le bonheur passé renaîtra. Quand disparaîtra
Cette horrible guerre, des femmes nous pourrons nous venger
Mais pour nous marier, elles pourront se fouiller
Elles se mettront à nos genoux
Nous leur dirons d'un air plus doux :

3e Refrain

Jadis quand parmi la bataille
Le sang, le feu, la mitraille,
Vous preniez, mesdames, des amants
Sans vous soucier du coeur de l'absent
Aujourd'hui que nous sommes les maîtres
Vous serez malheureuses, faut l'admettre,
Car vous avez bien mérité,
Jolies femmes de nos mobilisés














Pas terrible, comme vision des choses : à "l'arrière", les femmes trompent leurs maris au front. A leur retour, les maris règlent leurs comptes. Vae victis...

On trouve une variante de cette même chanson sur un site dédié à la campagne de Cilicie et à l'un de des soldats qui y participa :

http://www.eliecilicie.net/chanson_9.htm

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