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dimanche 24 juillet 2016

Photos à Ker-Aline


J'ai déjà raconté (billet du 2 décembre 2012) l'histoire de l'ancienne ligne de chemin de fer qui partait de Beslé et rejoignait Blain, en traversant toute la commune de Guémené du Nord au Sud.

J'ai également rapporté (billet du 2 mars 1914) la grande célébration républicaine à laquelle l'inauguration de cette ligne (et de la gare nouvelle, "la halte", qui allait avec) a donné lieu, le dimanche 3 juillet 1910. 

En résumé, en 1879 le Ministère des Travaux Publics sélectionne 181 projets ferroviaires dont la liaison en question. S'en suit des discussions sur le tracé, la municipalité de Guémené souhaitant dès 1880 que cette nouvelle ligne desserve la section communale de Guénouvry, à l'est du territoire municipal.

Histoire sans doute d'emporter la décision, les élus de la Commune votent un "concours" de 10.000 francs pour favoriser le tracé.

Hélas les choses traînent en longueur, le tracé souhaité n'est pas accordé, mais les autorités préfectorales réclament les 10.000 francs. Le Conseil municipal se récrie, proteste que cette somme était subordonnée à un certain tracé qui ne verra pas le jour.

En 1907, soit vingt-sept ans d'attente après, l'affaire revient sur le tapis car le préfet ne lâche pas le morceau et veut ses 10.000 francs. 

Le maire de Guémené (Adolphe Simon, ultime de la lignée fameuse) obtient que son Conseil refuse cette exigence, mais lui fait revoter la même subvention au profit d'une gare de marchandises ou, à tout le moins, d'un quai d'embarquement pour les marchandises.

Là encore, l'Administration rejette la demande et maintient son exigence de recouvrement des 10.000 francs communaux. 

Début 1910, à quelques mois de l'inauguration, la commune cède, souhaitant simplement un étalement de paiement et que tous les trains qui passent par Guémené y fassent au moins halte et qu'ils puissent également embarquer les colis postaux.

Cet historique qui dépiterait de plus tendres, n'empêchera pas que l'inauguration ne soit une grande fête consensuelle. Elle se tient le dimanche 3 juillet 1910. 

Le ban et l'arrière-ban des autorités sont présentes. On couple cette affaire avec un concours de pêche, des fanfares déploient leur talent, les discours officiels n'en finissent plus. 

Après avoir quitté Beslé pour Massérac, la ligne se poursuivait au nord de la route Guémené-Massérac, derrière la chapelle St-Yves et le château de Friguel ; elle frôlait le hameau de Feuilly et plongeait plein Sud-Est vers la nouvelle gare de Guémené, sur la route de Redon.

A partir de là, la direction vers le Sud s’accentuait. Le Don était passé non loin du château de Boisfleury, puis la ligne arrivait à l’intersection des routes de Plessé et de Fégréac, près de Trémelan.

Passant auprès du hameau de la Bourdinais, elle s’approchait ensuite de ceux de la Martelais et de Tréfoux où se situait une autre halte. La voie continuait enfin plein Sud vers Plessé et Blain.


Ce projet avait donc donné lieu à la création d'une seconde gare, "la halte" que l'on voit encore au sortir du bourg de Guémené, en allant sur la route de Redon.

Mais il avait surtout fallu construire un pont de chemin de fer pour enjamber la rivière, le Don, peu après la nouvelle gare, vers le lieu-dit "Ker-Aline".

Ce pont existe toujours, et désormais une petite route discrète a remplacé la voie ferrée. Discrète car c'est par là que passent, dit-on, les conducteurs qui ont trop bu afin d'éviter les contrôles de gendarmerie : "la route à quatre grammes".

Il est curieux que cet ouvrage soit peu mentionné dans les documents, car il représente probablement le plus gros effort de génie civil concernant la nouvelle ligne.

Il s'agit d'un ouvrage de pierres, composé de trois arches. Il est assez étroit puisque prévu pour une seule voie ferrée.

Toujours grâce au "fonds photographique Jacky Michel", j'ai pu récupérer des photos prises autour du chantier du pont et de la voie qui devait y passer.

Ces photos sont extraites d'un album familial, comprenant à la fois des images des travaux mais aussi des portraits de personnes, qui a pu appartenir à celui qui dirigeait le chantier, peut-être Henri Machenaud, ingénieur de la Compagnie des Chemin de Fer de l'Ouest.

Les clichés sont au nombre de quatre et montre un pont pour l'essentiel achevé. On y voit des hommes s'affairer soit à la pose des rails, soit à d'autres travaux dans le lit du fleuve ou à côté.


La plus émouvante est sans conteste celle où l'on voit des hommes porter un morceau de rail qu'ils vont poser sur les traverses de bois. 

On n'est pas sur le pont, mais au milieu des champs, non loin probablement. Ils sont bien treize ou quatorze gars, mains nues, en chemise et pantalon à cotes, une casquette pour se protéger du soleil, à avoir sur l'épaule le morceau de fer de dix à douze mètres de long dont on imagine le poids !

Deux types en veste les regardent, peut-être des "chefs" guidant la périlleuse manœuvre.

















Une autre photo montre un plan du chantier sans doute légèrement en aval du pont, sur la rive sud du Don. A gauche de la photo au fond, on aperçoit comme une passerelle sur la rivière. 

Un wagonnet se tient au premier plan. On note un petit rail qui conduit vers la passerelle. Sur le chantiers, plusieurs hommes s'affairent tandis que vers la droite, près d'un bâtiment, d'autres en veste encore et chapeautés, les regardent travailler.

















Une troisième photo a été prise sur le Don, légèrement en aval face au nouveau pont qui d'ailleurs n'a pas de parapet. Le niveau de la rivière est particulièrement bas, comme en été.

Un ouvrier pousse un wagonnet sur la passerelle qui traverse la rivière et s'y reflète. A côté de l'homme, on dirait un enfant, peut-être dans une petite embarcation. Derrière, des hommes travaillent près de la pile nord du nouvel ouvrage.

















La quatrième et dernière photo offre une sorte de zoom sur la scène évoquée en dernier, au paragraphe précédent.

Il semble qu'on soit en train de déblayer la rivière dont le cours avait pu être partiellement coupé en cet endroit. De nombreux wagonnets sont prêts à recevoir la terre. Une seconde équipe apparaît au fond, de l'autre côté du pont.


















Bien de nos parents et ancêtres de Guémené ont dû patauger dans la boue et suer pour ce chantier, en cet été 1909 ou 1910.

Cette ligne, qui mit près de trente ans à voir le jour, fonctionna moins de trente ans pour les voyageurs de nos contrées...

Restent le pont et son paisible environnement.

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