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dimanche 15 janvier 2017

Tahun taha


Un PC qui rend l'âme et voilà de longues vacances. Il est temps de s'y remettre et de sortir de l'hibernation où cette avarie a malencontreusement plongé ce blog.

Heureusement, des amis lecteurs sont restés vigilants pendant toute cette période, et l'un deux, GALESE 44, a eu la gentillesse de commenter l'article que j'ai consacré naguère à une des croix de chemin dont est semée la commune de Guémené.

A vrai dire, j'ai mal parlé de cette pauvre croix et GALESE 44 me démontre qu'il n'est pauvre croix qui n'ait sa grandeur : voici donc le temps de la rédemption pour la croix du Tahun. Car il s'agit d'un objet situé dans ce gros village situé dans la partie orientale de la commune.

Dans son ouvrage publié en 1845, "Des voies romaines sortant de Blain (Loire-Inférieure)", Louis Jacques Marie Bizeul (1785 - 1861), notaire de Blain, reconverti en archéologue pionnier de l'Ouest armoricain, évoque ainsi le Tahun :

"A peu de distance d'une simple croix d'ardoise, placée au milieu de la lande, la voie [romaine] commence à descendre, et s'enfonce bientôt, par une pente très rapide, dans le profond vallon où le village du Tahun, écrit Tertre-Ahun par Cassini [grand géographe du XVIIIè siècle : je n'ai pas retrouvé cette mention sur sa carte...], est, pour ainsi dire, caché sous de nombreux pommiers dont la belle verdure, variée par l'éclat des fleurs de cet arbre si précieux pour la Bretagne, tranche de la manière la plus absolue avec les landes pierreuses qui entourent cette sorte d'oasis.

La voie [romaine] traverse la partie orientale du vallon, laissant à 300 mètre à l'ouest le village du Tahun..."

Extrait de la Carte de Cassini (région du Tahun)





















Hier il faisait beau et, retour d'une virée à Nozay, je me suis laissé aller sur les routes campagnardes de la région qui sépare Marsac de Guénouvry et qui finissent par traverser le Tahun.

Ce hameau se présente comme un gros amas de constructions anciennes réparties de part et d'autres de la route s'encaissant entre deux collines. Un air d'humidité accompagne cette petite agglomération rurale qui semble privée de soleil.

Un peu avant de sortir du village en allant sur Guémené, une petite route tourne à droite et s'engage dans une trouée entre les hauteurs qui surplombent le Don, situé à quelque distance plus au nord.

A une vingtaine de mètres à droite se dresse la croix du Tahun. Et si je persiste à la trouver assez moche, sa simplicité et sa hauteur en fond un objet néanmoins remarquable dans le cadre idyllique où elle est située.

Je rappelle que, posée légèrement en contrebas de la route, elle est formée d'un socle composé de deux parallélépipèdes rectangles de taille inégale, posés l'un sur l'autre et tachés de malsaines plaques verdâtres, et qu'une croix métallique est fichée au sommet de cette maçonnerie crépie d'un quelconque ciment gris.

La croix, forgée d'arabesques et ajourée, est peinte en gris et à peine discerne-t-on un petit Christ qui a l'air de s'ennuyer au croisement de ses deux bras.

L'ensemble doit bien faire 2 mètres 50 ou 3 mètres de hauteur, ce qui n'est pas banal.

La route est bordée à gauche par la pente orientale boisée de la colline qui supporte la chapelle des Lieussaints et, à droite, par une petite bande de terre qui descend vers le Don dans laquelle coule un ruisseau qui prend sa source quelques centaines de mettre plus au sud.





























Mais le meilleur reste à venir et j'en remercie GALESE 44 à nouveau. Car lors de ma précédente inspection des lieux, un élément capital m'avait échappé : au pied de cet édifice se trouve une source !

Un trou vaguement rectangulaire sort de dessous la chaussée. Il a été consolidé par quelques palis de schiste. Il forme à l'intérieur comme un petit réceptacle au fond duquel on distingue une eau claire.
























Au pied de la croix, dans l'herbe tout près la source, gît, orné d'une bande de fleurs de couleurs, un gros verre renversé sur un bout de bois. Juste à côté, retournée sur un petit bâton fiché dans le sol entre lierre et fougères, une chopine attend les buveurs.

























Il faut donc que cette source ait quelque vertu pour que dans ce pays de soiffards impénitents imprégnés depuis des générations de toutes les boissons alcoolisées qu'il est permis, on vienne boire de cette eau !

C'est GALESE 44 qui donne la clé de ce mystère autrement indéchiffrable, qui déclare qu'il s'agit là d'une " minuscule fontaine d'eau bénite, réputée soigner les maux des yeux". Cela mérite en effet qu'on se gâte le palais et l'estomac avec de l'eau ! 

Mais le meilleur - si j'ose dire - reste à venir. Car mon interlocuteur ajoute :"On dit aussi que le vin y coule un jour par an". Nous y voilà, l'eau transformée en vin, ça nous rappelle quelque chose ! Et puis du pinard, et du gratuit : on est bien en Bretagne, à Guémené-Penfao !

Mais le Diable (ou le Bon Dieu) a plus d'un tour dans son sac (à vin), car si la purée septembrale chère à Rabelais vient rincer le voisinage un jour par an, et à l’œil (si je puis me permettre), :"on ne sait lequel ni à quelle heure"...Hélas !..

Sûr que le voisinage doit avoir une excellente fonction urinaire....

mardi 3 novembre 2015

La croix et la manière (8)


Il arrive encore qu'au détour des promenades dans le pays, je tombe sur un de ces petits monuments de la piété populaire qui peuplent nos campagnes et dont j'ai tenté une recension par le passé.

Voici donc le dernier avatar de ces découvertes.

C'est en allant à vélo de La Hyonnais à Beslé par les chemins de traverse que je l'ai rencontré.

Il faut surmonter la côte de la Violette et continuer vers Castres (on se demande toujours en passant par là où pouvait bien être le camp romain qui a donné son nom à l'endroit...).

Au sortir de ce hameau vers l'ouest, on prend à droite jusqu'à la Daviais. En poursuivant au nord on atteint bientôt le gros hameau de Beix. A droite en sortant de Beix, la route longe le bas d'un coteau couronné d'arbres. On est au milieu de nulle part, rien ni personne ne vient troubler la quiétude du lieu.

A mi distance de ce coteau, à gauche de la route, posée dans un écrin de verdure, voici l'objet de ma sollicitude que j'appellerai le calvaire de Beix (34).





















On imagine bien, aux Rogations, les villageois des alentours suivant prêtres, enfants de coeur et bannières, chantant des psaumes propitiatoires et annonant des Ave et Pater phytosanitaires. Un coup de goupillon par ci, une bénédiction par là.... On imagine dans ce théâtre naturel de verdure, la station de la foule autour du calvaire, les antiennes redoublées, l'espérance d'une bonne récolte, enfin.

Ce petit calvaire de Beix est assez classique mais plutôt intéressant.

Une croix de métal peinte d'un gris argenté et tressée de feuillages est supportée par un socle de pierres bleues sur lequel est disposé une grande pierre plate.

Une niche creusée à l'avant de ce socle recèle une statuette.





















Le Christ cloué sur la croix ne semble pas d'origine parce que sa relative petite taille ne semble pas adaptée à celle de la croix. Mais après examen, rien ne laisse entrevoir qu'un autre, plus grand, ait pu y être fixé. Ce petit Christ dénote aussi par sa couleur verdâtre un peu malsaine.

Un regard acéré peut découvrir sur la partie verticale de la croix de petites entailles horizontales qui lui donnent un air de tronc d'arbre, et même de bouleau.

















La niche en contrebas contient une statuette d'ange un peu rouillé. Il s'agit probablement de Saint Georges ou de Saint Michel, car le personnage, drapé dans une longue robe plissée, tient une épée flamboyante (à lame ondulée) dans sa main droite, et l'on devine, sous ses pieds, la queue d'un dragon.

Ce qui est singulier dans cette composition, c'est que cet ange saurochtone semble curieusement monté sur un petit tabouret, sous lequel se distingue l'appendice caudal de sa victime.



J'ai mis à jour la carte, ci-après, ce calvaire portant le numéro 34.

J'en profite pour dire que j'ai également mis à jour l'article d'avril 2014 (La croix et la manière (7)), en ajoutant les photos de la croix du Tahun (29) que j'avais oubliées, et en rendant plus lisible la première carte des implantations de calvaires (région ouest sud-ouest de Guémené).























Bonne promenade et à une prochaine fois.

lundi 21 avril 2014

La Croix des Quatre Contrées


C'est un coin perdu de la campagne, aux confins de la commune, au point où se rejoignent Guémené, Vay, le Gâvre et Marsac.

Après avoir traversé sur des routes très secondaires de grandes étendues de champs, on aperçoit au loin vers le sud une ligne boisée qui barre l'horizon. On débouche enfin à un carrefour spacieux, à l'angle de la forêt du Gâvre où, sur un bout de terre herbeuse, se dresse une grande croix : la Croix des Quatre Contrées.

Mais si les contrées se bousculent ici, il faut bien admettre qu'on éprouve le sentiment d'être au milieu de nulle part, tant les fermes sont espacées et tant le monde de la "cité" paraît éloigné.

Il faut pourtant imaginer qu'en cet endroit, au long des siècles écoulés, bien des gens sont passés : voyageurs et soldats empruntant la voie romaine de Nantes à Rennes, pèlerins en route pour Compostelle, la Duchesse Anne peut-être, et bien d'autres qui ne faisaient que vaquer dans la région, d'un point à un autre.

De cet endroit démarre une promenade balisée qui, vers le nord, conduit au château de Pont-Veix, empruntant en partie le chemin ancien, permettant ici et là parfois de mettre le pied sur les grosses pierres polies où quelque légionnaire antique posa sa caliga cloutée, usée par tant de marches sur ces terres barbares.

Bien sûr, si l'on est puriste, on dira que la croix n'est par exactement sur le territoire de Guémené : il s'en faut probablement d'une poignée de mètres. Mais ce n'est pas trahir l'esprit de ses promoteurs que de considérer qu'elle est en indivision entre les quatre communes, dont Guémené.

Matériellement, il s'agit d'une très grande croix en granit. Son "tronc" (son fût) est de section octogonale. Cette croix latine repose sur un socle de maçonnerie à pans rectangulaires surmonté d'un entablement de schiste bleu.

Un jardinet touffu mêlé de rocailles forme à son pied un écrin brouillon.

Le socle est mangé de lichens gris sur lesquels des inscriptions en grosses capitales dorées indiquent une date d'érection (1850) et le nom des communes selon l'orientation de chaque côté : MARSAC, VAY, LE GAVRE et enfin...GUENOUVRI : Guémené n'est donc mentionné qu'à travers sa section-fille de Guénouvry, mal orthographiée ...

Mais bon, c'est pas grave : le coin vaut le détour.














samedi 5 avril 2014

La croix et la manière (7)


Il faisait printemps et même chaud dimanche dernier : pourquoi ne pas aller explorer quelque(s) recoins(s) de la commune ?

C'est ainsi que, prétextant une nouvelle chasse aux croix de chemins, je me suis dirigé vers le bourg pour emprunter la route de Redon. Objectif final de l'expédition : la croix de la Glaudais, à l'extrême ouest de Guémené.

Mais pour atteindre ce but, encore faut-il marquer certaines étapes.

La première est désolante : à quelques centaines de mètres du bourg, à l'angle de la route de Redon et du chemin de La Potinais, à hauteur du village du Pigeon Blanc, gît le reste d'un petit calvaire (33) dont on distingue à peine le socle de grosses pierres jaunes cerné de végétation. Sa croix est partie et personne n'a songé à la remettre. Ainsi s'en va le petit patrimoine.

























Pas question d'en rester là, cela va de soi. En poursuivant le long de la route de Redon, on passe le pont de la Rondelle et bientôt sur la gauche, voici le village d'Orvault. Il y a juste en face du chemin qui y mène, sur le bord droit de la route départementale, une autre croix, perdue dans un massif de ce qui doit être du laurier.

Quand on regarde à quelque distance le site, on distingue trois arbres à l'arrière plan, qui ne sont pas sans rappeler les trois croix du Golgotha, celui du milieu étant plus grand que les deux autres.




De loin, seul un bout de maçonnerie blanche se distingue vraiment. Il faut aller au plus près pour apercevoir le pauvre crucifix de métal peint de couleur argentée (31).

De près justement, le christ à l'air excédé de cet étouffant envahissement de verdure qui vient le chatouiller jusque sous les bras, et de très près, on a même l'impression de l'entendre s'en plaindre.




Je reprends mon chemin, toujours en direction de Redon.

Un kilomètre et demi après Orvault, sur la gauche, se trouve le village de l'Epinay, lieu de naissance de mes ancêtres Legendre. Le temps de biser une gentille cousine et de faire un brin de papote, j'ai tôt fait de traverser ce grand village et de trouver la route de Fégréac que j'emprunte à droite sur deux cents mètres. Stop à la Jaunais d'où une petite route, à gauche, dessert une rafale d'autres lieux-dits.

C'est à ce carrefour que se situe une nouvelle croix intéressante.

Sur une assez haute base formée de pierres de silex, une croix métallique ajourée est fichée (30).

Elle émerge d'un champ et semble affublée d'une robe longue faite de végétation, traînant au sol.

A l'intersection des deux branches, dans un cercle tressé, un petit christ mort (sa tête repose sur son épaule) a l'air de s'ennuyer depuis pas mal de temps.

Au pied de la croix, dans un petit coeur de tôle argentée, on a écrit à la peinture noire le nom des familles sans doute à l'origine de cet édifice. Le premier nom est en grande partie effacé, mais on devine ensuite celui de Hamon (peut-être) puis celui de Ferré (s'il s'agit des Ferré de l'Epinay, c'était des parents).

La pointe du coeur se termine par un petit dessin représentant une croix sur un petit socle.

La partie inférieure du monument comporte une petite niche grillagée qui a dû renfermer par le passé quelque statuette de saint-vierge probablement, à laquelle les villageois environnant ne manquèrent sans doute pas de faire leurs dévotions.




Il temps de partir et de suivre cette petite route qui plonge dans le quart sud-ouest de la commune. Ne suivant que le plaisir que me procure la promenade dans la campagne ensoleillée, je m'égare dans les chemins déserts de ce dimanche matin, trop au sud pour ma destination. Mais qu'importe, c'est tellement agréable.

Je rebrousse chemin vers la Moussaudais et je prends la direction du Pas Heurtel. A quelques centaines de mètres, je dépasse le hameau de la Glaudais. Un ruisseau à gauche marque la séparation d'avec la commune limitrophe d'Avessac. Les maisons sont encore endormies, le ruisseau frontière fait entendre son débit. On est ici au bout du monde, dans le calme de la campagne sereine, sous le soleil printanier et bienfaisant : on aimerait pouvoir y rester longtemps.

A quelques pas de la dernière maison, le dos au ruisseau, se tient la dernière croix de cette nouvelle expédition (32).




Au fond, ce n'est pas la moins intéressante de toutes celles rencontrées jusqu'à présent.

Elle est précédée d'un seuil rectangulaire. Le socle de la croix est formé de palis maçonnés et comporte également une niche à statuettes. La croix proprement dite est en ciment, tacheté ici ou là de lichen. Un christ curieusement cambré (il a l'air de se tortiller) est fixé à l'intersection des deux branches.

Contre cette croix et à son pied, est apposée une autre croix en métal, où du moins ce qu'il en reste. Il s'agit peut-être de celle qui précédait la croix présente en ciment. Sur la hampe on remarque un personnage à longue robe que j'interprète comme une sainte-vierge.




La niche du socle comprend quatre statuettes dont trois rouillées. Deux anges entourent une sainte-vierge. Une autre statuette de sainte-vierge a été ajoutée à cet ensemble. Le tout est enfermé dans sa grotte par une porte grillagée, style grillage à poules.

Sous la niche, un cartouche dans lequel une inscription devait se trouver naguère, aujourd'hui illisible.

C'est à regret que je quitte la Glaudais, vers Saran et la route de Fégréac : retour vers le bourg.


Je repars maintenant vers l'autre extrémité de la commune, vers le Tahun, tout à l'est. Deux raisons m'y poussent : tenter ma chance à la chapelle des Lieussaints où j'aimerais faire des photos dans la chapelle si elle est ouverte, et visiter une croix qui m'a échappé jusqu'à présent que j'ai fini par repérer.

Je fonce sur les routes dominicales délaissées. Je grimpe la colline qui conduit à la chapelle. Je suis accueilli par le beat insolite d'une musique techno...: un groupe d'une quinzaine de jeunes gens a visiblement passé la nuit en cet endroit. L'un danse, un autre complètement nu se promène parmi les voitures...

La chapelle est fermée. Tant pis, je repars et vais voir la croix du Tahun, tout à côté.

Je repasse d'abord devant la croix de la veuve Tessier (28 : commentée dans l'épisode précédent de cette série sur les croix de chemin) et j'aborde le hameau du Tahun. Je prends la première route à gauche qui s'insinue entre deux collines. On se croirait pour un peu à la montagne.

Bientôt à droite de la route, se tient une vilaine croix toute de travers, quasiment dans le fossé (29).

Elle est à trois étages, en quelque sorte : un premier gros cube gris cimenté est surmonté d'un second, plus petit. Dessus, une croix peinte argentée en métal, formée d'arabesques, présente en son milieu un grossier petit christ qui ne semble pas très à l'aise.

Seul l'écoulement d'un ruisseau vient troublé le silence de l'endroit.







Mon hommage rendu à ce petit monument assez laid, je repars dans la campagne, pour m'en retourner à ma Hyonnais.

Voici deux cartes avec les emplacements des nouvelles croix du jour (29 à 33) :

A très bientôt, surement.