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dimanche 19 octobre 2014

Le Banquet municipal de La Hyonnais


Les vacances à La Hyonnais, c'est bientôt soixante ans de souvenirs, soixante ans de bonheur : je suis bien incapable de me remémorer la moindre circonstance désagréable car même les événements un tant soit peu négatifs (petits accidents corporels, accident de voiture,....) ont fini par nourrir l'épopée glorieuse du Guémené de mon enfance.

Mais on ne reste pas enfant soixante ans pourrait-on objecter (encore que...). Pourtant, les derniers passages que j'ai faits cet été dans le village, quoique courts et préoccupés, n'ont pas manqué une fois encore de répéter le miracle.

Ce qui faisait la magie de La Hyonnais, et la fait encore, c'est la convivialité qui régnait entre voisins : à peu de choses près, tout le monde allait chez tout le monde, chacun se rendait service et ça papotait dur d'une maison à l'autre. Les enfants suivaient, et je garde encore aujourd'hui des amis d'enfance avec qui l'histoire continue.

Justement, cet été, avait lieu le grand événement du village : le banquet (théoriquement) annuel et l'élection du Maire. C'est assurément un grand événement et il y a trois ans, la presse régionale (Ouest-France, à vrai dire) n'avait pas manqué de s'en faire l'écho. En voici quelques souvenirs :





Le Maire sortant, Marc, mon ami et proche voisin, n'était pas très chaud pour reprendre du service, malgré un mandat parfaitement rempli (à vrai dire la fonction est assez peu engageante, et on peut même affirmer qu'il n'y a rien à faire). Mais dans notre mode de fonctionnement, il n'est pas nécessaire d'être candidat pour être élu.

La journée du 2 août dernier ne laissait pas entrevoir une météo favorable, et le matin le ciel paraissait bien chargé.

Il fut donc décidé de dresser les tréteaux des réjouissances dans le garage du Maire sortant, vestige d'une très ancienne bâtisse où trônent encore les corbelets de schiste d'une antique cheminée.

Nous étions bien une vingtaine, hyonnaisiens de souche ou d'adoption, à nous presser autour du melon, des salades de crudités et des grillades. Un peu (trop) de vin (rosé), naturellement, agrémenta le repas.

Ce banquet fut couronné par l'exercice démocratique de l'élection du premier magistrat du hameau (ci-dessous portrait officiel de l'heureux sortant et vin d'honneur) :
























Faute de candidats déclarés, chacun mis un nom sur un bout de papier. Sans grande surprise, le Maire sortant fut réélu au premier tour de scrutin, même si un challenger ou deux réussirent à réunir flatteusement quelques suffrages.

Pendant ce temps, le temps justement s'était mis au beau.

On ne tarda donc pas à entamer la suite des réjouissances c'est-à-dire les concours de boules et de palets. Diverses équipes furent créées, qui se répartirent entre les différents jeux. Moi, j'adore les palets, et je me suis donc concentré sur cette activité.

Tout cela n'avançait pas forcément très vite, car comme on sait, l'exercice physique donne soif, et une tournée de boisson est plus longue à terminer qu'une partie de palets en douze points...

A un moment, toutefois, tout le village se réunit pour une joute homérique qui prit place dans le jardin du Maire fraîchement réélu. Il n'y eu ni vainqueurs ni vaincus car les équipes changèrent dans leur composition à plusieurs reprises, et chacun put se rouler dans l'herbe à loisir.












La journée finalement ensoleillée s'acheva par un second banquet avec les restes (humains et victuailles) du premier...

samedi 25 janvier 2014

Comment Gilles sortit Durand


Il est temps de s'intéresser plus en profondeur à un homme dont le nom a déjà été prononcé sur ce blog et qui présida aux destinées de cette cité pendant une bonne partie de l'entre-deux-guerres. Oh Barde, raconte-moi les exploits de ce héros indomptable...

Eléments familiaux

Gilles Durand naît le 24 septembre 1874 à Guémené : c'est le premier enfant du couple Durand / Batard (propriétaires / notaires de Campbon). Associé aux affaires familiales sans doute assez tôt (il est qualifié de "négociant" lors du Conseil de Révision en 1894). D'ailleurs il ne semble pas avoir fait beaucoup d'études (sait lire, écrire et compter, mais pas de Brevet apparemment).

Arrière-petit-fils de Gilles Durand, né à Vay le 25 janvier 1756, puis cultivateur à Dastres en Guémené, qui savait signer son nom.

Petit-fils de Gilles Durand, né au bourg de Guémené le 22 février 1802, propriétaire résidant au bourg de Guémené.

Fils de Gilles Durand, négociant en bois, officier d'Académie (pour services rendus à la jeunesse de Guémené), vétéran de la guerre de 1870, adjoint au Maire de Guémené (premier adjoint suite aux élections de mars 1888), chevalier du Mérite Agricole, né le 9 mai 1847 à Guémené, mort en sa maison du Bout des Ponts à Guémené le 26 décembre 1926.


Physique

Homme relativement grand pour son époque : 1,72 mètre. Yeux gris-verts, front fuyant, menton rond...Peut-être bedonnant...

Parcours militaire

Je ne ferai aucun commentaire (sarcastique) sur ce qui suit : profitez par vous-même...

Service militaire


Affecté soldat de 2ème classe au 154ème de ligne le 14 novembre 1895, il passe à la 20ème section de secrétaires d'Etat-Major et du Recrutement le 23 septembre 1896 par décision du gouverneur militaire de Paris du 20 août 1896. Il y achève une première carrière militaire sanctionnée d'un certificat de bonne conduite.

Guerre de 14-18

Il mène campagne, nous dit-on, contre l'Allemagne, d'abord à l'intérieur (du 4 août 1914 au février 1915), puis aux armées (du 4 novembre 1915 au 8 janvier 1919).

Classé dans les services auxiliaires pour "obésité" par décision de la commission de réforme de Nantes le 18 novembre 1914.

Sa guerre de l'intérieur contre l'Allemagne : un commission spéciale de trois médecins étrangers à son Corps d'affectation décident le 30 décembre 1914 de le maintenir aux services auxiliaires. Il est renvoyé ensuite dans ses foyers le 22 février 1915. 

Sa guerre aux armées contre l'Allemagne : c'est l'histoire d'un détaché. On le retrouve au 51ème d'artillerie le 4 novembre 1915 et est, à cette date, immédiatement détaché pour traquer l'ennemi ...à la Maison Durand à Guémené-Penfao. Puis il passe en tant que... détaché au 147ème d'infanterie, le 1er juillet 1917.


Vie politique

A peine rentré de la guerre en janvier 1919, Gilles Durand se lance dans la bataille politique.

Elections municipales de 1919 à Guémené

Trois listes sont en présence : deux listes "de droite", celles de MM. Du Halgouët (Amaury, veuf, né à Redon en 1852, propriétaire agriculteur) et de Boisfleury (soit Arthur, mort quasi centenaire vers 1940, partisan de l'Action Française selon les souvenirs de ma mère ; soit son fils Pierre, né en 1873 et décédé en 1944). Les châtelains ont obtenu respectivement une moyenne de 327 et 102 voix.

La troisième liste est une liste "républicaine", celle de Gilles Durand, qui a obtenu une moyenne de 707 voix et a été élue haut la main.

Gilles Durand obtient personnellement 703 voix ; M. du Halgouët, 392 et M. du Boisfleury, 128.

Très belle victoire d'un homme qui n'était donc pas de droite !


Elections municipales de mai 1925

Gilles Durand est réélu.

Mais hélas, le maire de Guémené doit envoyer une lettre de protestation à Ouest-Éclair, contre l'étiquette de "carteliste" qui lui a été donnée lors de son élection.

Il affirme faire partie, comme membre fondateur, de la Ligue Républicaine Nationale, un machin fabriqué par un ancien ministre socialiste passé gentiment à droite, opposé précisément au Cartel des Gauches. Gilles Durand s'insurge : "C'est dire que je ne suis pas "carteliste", ni de droite, ni de gauche...Il y a bien de la place entre....".

En effet, et je dirais même plus : je suis ni pour ni contre, bien au contraire et tout au milieu....C'est décidément Monsieur Prudhomme, que ce maire-là !


Elections municipales de 1929

Gros succès de la liste de la municipalité sortante à Guémené. Réélue en entier, elle obtient 892 voix, soit 200 de plus qu'au dernier scrutin. Gros succès, nous apprend Ouest-Éclair"en raison d'une lutte sournoise qui l'attaquait". Les hobereaux du coin ont dû encore tenter de le décaniller.


Elections municipales de 1935

Au premier tour : votants 1260, exprimés 1230, majorité absolue 616.

Liste Républicaine et d'Intérêt Local et d'Union : 17 élus

Liste Républicaine du maire sortant : pas d'élus

Gilles Durand et sa liste sont dans les choux. Normal : que faire contre une liste de tricheurs qui se sont mis à trois pour gagner (les républicains + les intéressés locaux + les unionistes) !

Enfin sur les six ballottages, la liste sortante récupère 3 sièges au second tour (Auguste Babin, Jean Urvoix, Frédéric Testard).

Ainsi s'acheva la carrière politique de Gilles, fils de Gilles, petit-fils de Gilles et arrière-petit-fils de Gilles Durand.

Et puis, bien longtemps après, en août 1961, Gilles Durand "puissance 4" quittera cette terre de Guémené.


Rarement un "s" à la fin d'un prénom n'aura été mieux justifié.

Les deux Gilles les plus récents sont inhumés à Guémené dans l'imposant tombeau familial des DURAND, et une rue qui longe le cimetière porte ce nom et ce prénom qui balbutièrent quatre générations.










Beau parcours quand même, Messieurs les Durand !

lundi 11 novembre 2013

Le Père de tous les Maires


Bien sûr, avec un pareil titre, je pourrais vouloir parler du premier des Simon, dont tant de descendants présidèrent aux destinées du Conseil Municipal de Guémené. Cela, leur valait bien, d'ailleurs, une place dans le centre de Guémené.

Non, en ce jour du souvenir des combattants (de la Grande Guerre), je veux évoquer la figure hélas estompée d'un combattant d'une autre cause, la figure de celui qui, apparemment le premier, remplit de son séant le fauteuil de premier magistrat municipal. Et ce, à une époque où se met en place - non sans à-coups - le nouveau système politique de la France, sous la Révolution.

Guy Houguet est né le 6 septembre 1742 au village de Juzet. Il est le fils de François Houguet et de Julienne Guirouais (ou Guirois). Son parrain est Guy Guirois, notaire et procureur fiscal (probablement parent de la maman) et sa marraine, Michèle Houguet (probablement parente du papa...). 

Outre qu'il est peu banal chez les laboureurs d'avoir un parent notaire pour parrain (cela devait être bien utile), on remarque que le papa Houguet sait signer son nom. D'une écriture certes un peu tremblée, mais enfin, à cette époque, ce n'est pas forcément des plus répandus.

Bref, on sent quand même que Guy est plutôt né dans la frange relativement aisée de la paysannerie locale.

La chronique ne retient rien de sa vie, ni femme, ni enfant, jusqu'en 1789 où la Révolution en marche saisit l'homme mûr célibataire.

Le 8 août 1788, confronté à une grave crise financière, Louis XVI a convoqué les Etats-Généraux du Royaume pour le 5 mai de l'année suivante, à Versailles. Le 27 décembre 1788, il est décidé que la désignation des représentants s'effectuerai par "sénéchaussée", subdivision administrative du pays (il y en a 400, en tout).

Le nombre de députés dépend du nombre de foyers fiscaux de chaque circonscription. Ces Etats-Généraux seront aussi l'occasion pour le Roi de recevoir les doléances de son peuple : d'où la rédaction de ces fameux cahiers, par paroisse puis par circonscription.

Début 1789, à Guémené comme partout en France, se réunissent des assemblées paroissiales qui vont rédiger les cahiers de doléances et choisir des représentants.

Le 29 mars 1789, le curé de Guémené monte en chaire et lit un texte annonçant la convocation de l'assemblée paroissiale préparatoire pour le dimanche suivant, 5 avril, au lieu ordinaire de ce genre de réunion, c'est-à-dire dans l'église, au pied de la grande croix. Seuls y participent les hommes âgés de 25 ans révolus inscrits sur le rôle des impôts.

Ainsi, le 5 avril, après la "grande messe", une petite centaine de personnes, convoquée "au son de cloche", demeure sur place, sous la présidence de Michel Mahé, procureur fiscal de la châtellenie de Bruc.

Parmi eux figure "le sieur" Guy Houguet : il sera retenu comme député de l'assemblée, au côté de "du Boisfleury Potiron" (sic) et Jan Launay (comme suppléant).

Ces trois là ont pour mission d'aller au siège de la "sénéchaussée" - à Nantes, pour Guémené - y défendre les intérêts du peuple guémenois, faire la synthèse des cahiers de doléances paroissiaux et choisir les huit députés (et six suppléants) de la circonscription qui iront à Versailles. Cette séance est prévue le surlendemain, 7 avril. Pas de temps à perdre.




Cette première irruption dans la politique du sieur Houguet n'est apparemment pas sans lendemains. Guy est certes retourné à ses occupations de laboureur à Juzet où il est recensé en l'An IV (1797).

Mais il apparaît surtout sur les registres d'état-civil de Guémené comme "Président de l'administration municipale du canton" de Guémené-Penfao à partir de 1797. Cette charge lui durera jusqu'en l'an VIII, soit près de quatre ans, avant qu'un maire communal (et non cantonal) de Guémené soit nommé, en la personne de François Maillard, au printemps 1800.

Le brave homme vécut encore quelques temps. Il s’éteignit en effet le 18 juillet 1806, à l'âge de 64 ans, dans sa maison de Juzet, accompagné jusqu'à son dernier souffle par un domestique.

C'est la veuve Chauvin de Tréfoux - amante ou parente ? - qui hérita de ses biens meubles et immeubles.

samedi 16 février 2013

Julien Pinczon, l'éphé-maire

La vie politique de Guémené respire au rythme des soubresauts nationaux, et des drames à la mesure de ces derniers viennent parfois bouleverser la vie paisible de notre chef-lieu de canton.

Nous sommes en 1870, l'Empire vit ses derniers feux : le 19 juillet, Napoléon III entame la guerre avec l'Allemagne. Ce conflit ne sera très vite qu'une suite de débâcles militaires françaises et s'achèvera dans la déroute fin janvier 1871. La Commune de Paris sera proclamée le 18 mars de cette même année et sera réprimée sauvagement par les Versaillais de Thiers au mois de mai suivant. Entre temps, le 4 septembre 1870, la République est proclamée.

On voit donc qu'entre l'été 1870 et le printemps 1871, la système politique français change du tout au tout. Et à Guémené ?

Pareil ou quasiment, serait-on tenté de dire. Qu'on en juge.

Le 6 et 7 août ont eu lieu dans tout le pays des élections municipales qui ont amené à Guémené 23 Conseillers et la nomination d'un maire, l'inoxydable Fidèle Simon.

Ce Conseil comprend les personnalités guémenoises suivantes :

MM. Simon Fidèle, Durand Gilles (Père), David René, Clavier François, Amossé Guillaume, Bernard Denis, Bernard Pierre, Desvaux François (Père), Fournel Julien, Desvaux François (de Castres), Perrigot Julien, David Jean, Saillant Alphonse, Tessier Mathurin, Houllier françois, Pinczon Julien, Etienne Joseph, Jalet, Jospeh, Gicou Jean Baptiste, Tessier Sébastien, Alliot Pierre, Bréger Pierre Marie et Amossé René.

Le 28 août, alors que la situation militaire est déjà très compromise sur les Marches de l'Est, le Conseil municipal se réunit pour procéder à l'installation des Conseillers. Les membres du Conseil prêtent ainsi serment à l'Empereur et déclarent chacun : "Je jure obéissance à la Constitution et fidélité à l'Empereur." Les imprudents, serait-on tenté de penser...

Puis, sur injonction du sous-préfet, le nouveau Conseil s'occupe de nommer les douze membres d'une commission de recensement de la Garde Nationale, dans laquelle figurent notamment Julien Pinczon, huissier de son état.

Le 10 septembre, la République étant proclamée depuis 6 jours, Fidèle Simon signe un arrêté fixant le prix des différents pains (pain blanc, pain "batelier", pain de méteil), encore estampillé du sceau à l'Aigle couronné. Le 21 septembre, Fidèle Simon signe son dernier acte de naissance avant d'être remplacé fugacement à cette tâche par Gilles Durand puis, à partir de fin septembre, par Julien Pinczon.

La dynastie Simon est renversée.

Le 3 janvier 1871, Julien Pinczon, "maire provisoire", prend un arrêté pour fixer à nouveau le prix des pains... Visiblement l'administration républicaine n'a pas eu le temps de changer les cachets : le tampon à l'Aigle couronné sanctionne encore la décision municipale. Apparemment les prix baissent : vive la République !

Le Conseil municipal ne se réunit pas avant le 10 mai 1871, c'est-à-dire après les nouvelles élections survenues le 30 avril 1871.

Ce Conseil du 10 mai 1871 est bien entendu consacré à l'installation des 23 membres du tout "nouveau" Conseil.

Par rapport à l'équipe sortante d'août 1870,...19 Conseillers sur 23 sont reconduits ! Le changement, certes, mais dans la continuité tout de même.

D'ailleurs, Fidèle Simon redevient maire.

Les quatre Conseillers non réélus sont Alphonse Saillant, Guillaume Amossé, Joseph Jalet et...Julien Pinczon (ils sont remplacés par François Lucas, Auguste Houllier, Guillaume Gascoin et Pierre Marie Plédel).

Aussitôt, Fidèle Simon prend un nouvel arrêté...modifiant les prix du pain !

Mais il faut revenir à cette séance dramatique du Conseil municipal du 10 mai 1871. Les élections sont une terrible déconvenue pour Julien Pinczon qui doit néanmoins, en tant que "maire provisoire" convoquer et assister à l'ouverture de cette première séance de la "nouvelle" équipe municipale.

Visiblement, il est présent pendant le vote qui voit l'élection de Fidèle Simon au poste de Premier Magistrat de Guémené, celle de Gilles Durand et de René David aux deux postes d'adjoints.

Le compte rendu de séance indique que Julien Pinczon "s'est retiré sans signer et sans attendre la lecture" du procès verbal d'élection du Maire.

Pourquoi tant de vexation ? Pourquoi tant d'ingratitude ?

Car Julien Pinczon, "maire provisoire" de Guémené entre septembre 1870 et mai 1871, n'a pas à son actif qu'un modeste et passager arrêté sur les prix des pains : non, il a, par ailleurs, enregistré 122 naissances, célébré 4 mariages et recueilli 104 décès.

Un bilan qui allie à l'évidence la quantité à la qualité et qui méritait bien ce tardif hommage.

dimanche 23 septembre 2012

Fête impériale à Guémené


En 1856, une circulaire inspirée par l'Empereur Napoléon III et relayée par les autorités préfectorales et sous-préfectorales, enjoint les maires de célébrer comme il se doit un heureux évènement national.

En effet, Louis Napoléon, fils de l'Empereur et de l'Impératrice Eugénie est né le 16 mars (non sans mal d'ailleurs, les forceps laissant quelques traces au front du jeune héritier de la couronne), premier et dernier fils de leurs Majestés Impériales, et le baptême a lieu en grande pompe le samedi 14 juin de la même année, à Notre-Dame de Paris - parrain le Pape, marraine la reine Victoria (en tout cas sur le papier, car tous deux se firent représenter). Bref, du lourd.

Je ne m'étendrai pas sur cet illustre nouveau-né dont la carrière fut brève. Papa Napoléon s'étant pris une raclée par les Prussiens, tout ce beau monde se réfugia en Angleterre. Le jeune Napoléon IV (l'Impérial Papa cassant sa pipe en 1873), devint officier anglais et alla, pour finir, se faire transpercer par des Zoulous en Afrique du Sud, âgé de 26 ans.


Impérial Bambin de 8 ans

Revenons à Guémené. Le Maire Simon, quand il reçoit l'Auguste injonction transmise par le sous-préfet, est bien un peu embêté : le Conseil Municipal ne se réunit que rarement à l'époque (quelques sessions de plusieurs jours consécutifs, quelques fois par an) et rien n'est en vue avant septembre : il lui faut prendre une initiative personnelle, sauf à rater le coche. Mais son attachement à la cause impériale (les maires sont désignés par le pouvoir central à l'époque, pas élus) suffit à lui faire prendre les bonnes mesures, même sans délibération de son Conseil.

Il va donc trouver d'abord le boulanger Pierre Hamel qui exerce au bourg. Il lui explique que comme la circulaire du sous-préfet recommande de distribuer des secours aux malheureux, des bons de pain seront remis aux indigents qui iront se fournir chez ce boulanger.

Mais ce ne saurait être que la fête des ventres pauvres : ce sera donc aussi celle des yeux de tous. A cet effet, le Maire se rend chez Madame Fillodeau, jeune marchande de 37 ans, où il commande les matériaux d'un feu d'artifice.

Et comme si cela ne suffisait pas, il achète auprès de monsieur Bonnaffé, vieux buraliste-receveur de 72 ans vivant avec son épouse et sa fille, de la poudre, pour un usage festif qui m'échappe (je ne pense pas quand même qu'on ait tiré au canon...).

Sans doute le dimanche 15 juin fut-il le cadre des réjouissances, car le bon peuple des campagnes, venant faire provision de religion et de tabac, se trouvait assemblé en grand nombre dans le bourg.

Ce n’est que le 14 septembre suivant que se réunit le Conseil Municipal. Je vous en donne la composition, peut-être y reconnaîtrez-vous quelque parent : outre M. Simon (maire), MM. Desvaux, Tessier, Amossé, Bernard, Alliot, Amossé (bis !), David, Durand, Perrigot, Clavier, Chénet, Bignon et Houis constituent l'assemblée ce jour-là (certains manquent).

Ces treize apôtres communaux vont donc entendre les explications du maire qui leur présente en fait les factures à valider : 118fr.50 de pain, 4fr.30 de feu d'artifice et 0fr.80 de poudre. Pas de quoi fouetter un magistrat municipal.

Mais que l'on se rassure la fête ne sera pas gâchée, même a posteriori : ainsi qu'il est consigné au livre des délibérations, le Conseil s'associe aux vues du maire et vote à l'unanimité le paiement des susdites factures...

samedi 28 juillet 2012

Un Vicomte aux oubliettes



Vous connaissez les Simon. Vous connaissez aussi Gilles Durand, Henri de Boisfleury. Vous vous rappeler Eugène Leblay. Mais avez-vous jamais entendu parler de Maurice Luc, Vicomte de Sapinaud qui fut pourtant lui aussi Maire de Guémené-Penfao ?

Non ? Pas trop ? A vrai dire moi non plus : seul le hasard m’a fait découvrir qu’un Vicomte de Sapinaud fut jadis, un temps, le premier magistrat de cette commune.

Parmi les raison de l’oubli, il y a sans doute le caractère très météorique de son mandat. Sans doute aussi le fait qu’il n’appartenait pas à une famille du pays. Et visiblement, ses réels exploits personnels ont eu un autre théâtre d’opération que le modeste chef-lieu de canton qu’est Guémené.


Maurice Luc, Maire de Guémené

Ce paragraphe aurait pu être court tant la durée du mandat du Vicomte de Sapinaud, Chevalier de la Légion d’Honneur, fut brève. Il remplace Fidèle Simon en juin 1874 avant d’être remplacé à son tour par…Fidèle Simon père, ce dernier étant nommé par Décret du Président de la République en date du 20 mai 1876. L’installation de ce dernier ayant eu lieu le 31 mai suivant, Maurice Luc de Sapinaud Maire a tout au plus « tiré » deux ans !

J’ignore aussi bien les raisons de sa nomination que celle de son débarquement. Il faut se rappeler qu’avant 1884, où une loi instaure le fonctionnement politique toujours actuel des municipalités, les Maires sont nommés par le Pouvoir Exécutif.

Maurice Luc a dû donc plaire, puis déplaire ; ou bien être adéquat, puis ne plus l’être.

Son action politique s’inscrit dans le train train de la gestion communale courante de l’époque (et d’aujourd’hui souvent) : budget et finances communaux, entretien de la voirie, assistance et bienfaisance publiques, gestion du « personnel » communal (instituteurs, gardes-champêtres, sages-femmes…), vie politique (mise à jour des listes (limitées) électorales, par exemple), gestion du foncier communal, etc.

Je tiens néanmoins à sortir de cette grisaille trois faits qui adornent et rehaussent l’éclat de cette mandature :

-         la mise en place à Guémené de la souscription nationale pour venir en aide aux « centaines de milliers » de victimes de la grande crue de la Garonne de juin 1875 (détails sur cet événement : http://ahbon.free.fr/crue_1875_2.html ) ;

-         l’adjudication d’un marché communal concernant la fourniture de bancs publics à Guémené ;

-         le rejet par deux fois d’une pétition sécessionniste des habitants de Beslé, réclamant l’érection de « leur paroisse en commune » (les manants !).



Histoire (familiale) d’un Vicomte

Mais d’où sort donc le Vicomte ?

C’est en effet à ce se demander d’où sort cet illustre inconnu. La réponse est : d’une bonne vieille famille aristocratique bien réactionnaire.

Maurice René Luc, vicomte de Sapinaud de Boishuguet, est né à Savennières (Maine-et-Loire et pays de vignobles) le 7 juin 1837. Il est décédé en juillet 1921 à Angers, ma mère avait deux mois et j’ai beau insister, elle persiste à dire qu’elle était trop jeune pour se rappeler ce triste événement qui aurait pourtant dû marquer les Guémenois jeunes et vieux.

Il est le fils de son père Ernest, Chevalier de Malte, et le troisième enfant d’une fratrie de quatre. Notons au passage que son frère puîné, Joseph, épousera vers 1875 Bertille de Bruc de Montplaisir, de la famille ci-devant régnante de Guémené.

Papa Ernest, né vers 1802, était le fils sixième et dernier enfant de Jean René Prosper Félicité, Vicomte de Sapinaud etc…Celui-ci était officier du Roi (Louis XVI) et émigra en 1791 pour combattre la Révolution dans ce qu’on appela l’Armée des Princes. Il participa à l’expédition de Quiberon, un débarquement qui eut quelques retentissements dans la région. Bref un vieux de la vieille.

Notre ami Maurice Luc, pas inquiet, avait épousé une aristocrate parisienne déjà deux fois veuve. Le couple fut sans postérité (dans tous les sens du terme, d’ailleurs).

Comme on le constate, les liens affectifs avec Guémené du Sieur de Sapinaud semblent assez ténus. La possession de terres dans le secteur est l’explication la plus plausible.


Le Vicomte fait le zouave

L’essentiel de la geste du Vicomte Maurice est ailleurs.

En effet, âgé d’un peu plus de vingt ans, il s’engage dans la légion des volontaires catholiques plutôt royalistes, souvent originaires de Bretagne ou des actuels Pays-de-Loire, qui va défendre les Etats du Pape, menacés par le processus de l’Unité italienne. Ainsi devenu Zouave Pontifical et ayant belle allure (cf. photo ci-dessous), il fait la campagne d'Italie et participe notamment au combat de Castelfidardo où Sa Sainteté s’est prise, à la fin de l’été 1860, une déculottée mémorable (une décalottée, même). Une anecdote qui en dit long sur le type de recrutement de cette légion de volontaires calotins : un général italien consultant la liste des victimes de cette bataille décisive aurait ironisé : « L'on dirait une liste d'invités à un bal de Louis XIV ! ... ».



Recommandation

Il semble nécessaire de marquer quand même la trace de cet ancien édile.

L’usage évidemment c’est de dédier un lieu public : une avenue, un boulevard, une place, ne serait-ce qu’une rue, voire une impasse ou un square.

Mais compte tenu, d’une part, de la modicité de son attachement et de sa contribution politique à Guémené et, d’autre part, de l’orientation apparente de ses convictions, une plaque sur un prie-dieu semblerait plus adaptée.