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dimanche 1 juillet 2012

Théâtre en Guémenois


Le patois de Guémené fait partie, comme on sait, des parlers gallos, c'est-à-dire des "langues" que l'on parlait (et qu'on parle encore un peu) dans la partie orientale de la Bretagne.


C'est un patrimoine culturel important, un peu conservé dans des ouvrages. Il y a ainsi le recueil de contes populaires, les Rimiaux, de l'abbé Chenet dont j'ai commencé la publication sur ce blog. Il y a aussi des ouvrages comme celui de Vincent Delanoë,


"Chat d'écureuil et pomme d'orange entre Don et Vilaine, le parler Gallo du pays de Guémené-Penfao",


lequel s'attache à recenser les formulations en patois, à la manière d'un dictionnaire.


Mais l'expression orale, et le plaisir d'écoute qui va avec, diminuent avec le temps, forcément. C'est pourquoi il me paraît nécessaire de saluer un petit groupe théâtral qui contribue à la promotion du parler gallo.


Ce groupe s'appelle la Compagnie du Fâilli Gueurzillon. Il s'agit d'une "troupe" d'amateurs animée par un instituteur et un professeur.


Ils ont représentés les Rimiaux de l'abbé Chenet que j'évoquais ci-dessus et voici le clip vidéo de présentation de ce spectacle (notamment produit à Guémené en février 2002) :





Les Rimiaux de Guémené par Webradio


Je vous renvoie bien volontiers vers leur site qui présente la Compagnie, les spectacles qu'elle a donnés (avec des clips vidéos) ainsi qu'un petit dictionnaire d'expressions en patois parfois savoureuses.


http://www.gueurzillon.fr/



Pour le reste, je ne suis pas sûr qu'elle soit très active, n'ayant pas trouvé sur ce site de calendrier de représentations à venir.



Changements pratiques sur ce blog


Bonjour chers lecteurs et pas de panique....


Je procède (péniblement) à quelques modifications de forme sur le blog. De plus, j'ajoute quelques fonctionnalités.


Vous trouverez désormais la possibilité de suivre les mises à jour par email et je vous propose un petit sondage pour connaître votre "géographie" : rendez-vous à droite de la page d'accueil, sous la photo.


J'ai également mis à disposition un champ de recherche (sous la photo d'accueil) pour pouvoir vérifier, comme dans Google, la présence d'une information, d'un thème...


A bientôt pour d'autres aventures.




samedi 30 juin 2012

Hommage au Père Jean de Mézillac


Petite biographie du grand Jean Debeix

Il n’y a pas à ma connaissance de rue « Jean Debeix » à Guémené. Sans doute cet oubli dépare peu la modestie du personnage. Et pourtant, voilà encore quelqu’un qui a porté la culture (populaire) de son pays d’origine bien au-delà du cercle étroit (mais déjà suffisant) de son canton, et qui mérite bien de la patrie guémenéenne.

Voici donc ma petite contribution "dans la blogosphère" à la célébration de ce héros. Elle part d'une photo que j'ai achetée récemment, prise en 1980, que je reproduis ci-après.

Elle montre le Père Jean, comme on l'appelait aussi, dans son intérieur, à Mézillac (il est alors âgé de 78 ans).

Il trône au milieu de la pièce de vie, accordéon sur le genou, en sabots et casquette. Sa femme, recroquevillée près de la cheminée à l’ancienne, semble accablée. Des rondins de bois, un soufflet et deux chiens occupent la « piace », à droite. A gauche, on distingue la gazinière, un bol, la télé, une marmite.

Sur une autre photo prise par le même photographe (cf. références, plus bas), on aperçoit, juste au dessus des personnages, un chapelet de saucisses pendu sur un fil au plafond, un moulin à café sur la cheminée, et on distingue mieux l’armoire à fiches qu’on devine sur le cliché ci-dessous, au fond à droite.

Jean Debeix (Jean D’beuil, en guémenéen) y apparaît comme un personnage paisible au milieu des chaos d’une vie paysanne modeste.














En 1980, chez lui avec sa femme, à Mézillac

Jean Debeix était né le 7 novembre 1902 à Guénouvry, et plus précisément au village de Mézillac, où toute sa vie, presque, il exerça son métier d'agriculteur... Presque, car ses talents vont l'emmener aux quatre coins de la Bretagne et même au-delà.

Il était le dernier enfant d’une fratrie de 5, étant précédé de 4 sœurs. Son père, Jean également, est âgé de 59 ans à sa naissance. Cultivateur à Mézillac, il a épousé le 24 avril 1892 Marie Debarre, née au Verger, qui aura 40 ans à la naissance du futur sonneur d’accordéon.

La famille est en fait originaire de la zone comprise entre les bourgs de Guémené, Guénouvry et Conquereuil (le Tahun, le Verger, les Rivières, Mézillac).

Celui qui fut l'un des derniers porteurs de traditions de Loire-Atlantique, disparaîtra en janvier 1995 à l'âge de 92 ans passés.


Formation musicale

Cet accordéoniste réputé ignorait absolument le solfège...Son apprentissage musical ? il l’a raconté dans un entretien à l’Eclaireur de Chateaubriand :

"Sitôt la guerre 14-18, j'ai acheté un accordéon d'occasion, oh pas cher : 25 francs, pour le mariage de ma soeur en 1919. Je savais pas en jouer mais il suffisait que j'entendais chanter et je le rejouais, y'avait pas d'pardon !

En ce temps là, on gardait les vaches. J'emmenais mon accordéon. La jeunesse des environs même du 'Verger', dansait dans les prés : y'en avait-y des patous ; alors comme ça, les vaches étaient bien gardées dans notre champs mais pas dans les autres.

Pendant un an de temps, j'ai joué tous les soirs pour m'y mettre pour de bon. Et puis, tous les 8 jours, le samedi soir, on allait 'aux boudins' dans les villages, c'est comme ça que j'ai appris à jouer. Ils dansaient, ils chantaient et moi je retenais pour mieux jouer aux boudins d'après !"

"En 21, j'ai connu des jeunes qui savaient en jouer : Gadoued, Julien Lanoë et tout ça de Guémené. Après j'ai connu Eli et Marcel Jossot de Conquereuil qui jouaient sur des grandes touches alors que les autres, c'était sur un rang. C'est plus commode sur deux. En 27, j'ai fait venir deux accordéons d'Italie : des 3 rangs de touches, personne n'en avait à Guémené. Y'en a jamais eu d'autres d'ailleurs. A force de rousiner, je rousinais bien tout seul !... Quand j'ai pu attraper le troisième, je l'ai fait."


(Le Père Jean raconte ....extrait d'article de presse "L'Eclaireur" 30/12/1977)




Fête folklorique en 1972

Carrière de musicien


Il acquiert en 1933 son célèbre "chauffe pied" (ainsi nommait-il l'accordéon diatonique) : un Maugein 3 rangs 12 basses.

Son audience et sa carrière vont pendre une autre dimension par sa rencontre avec un groupe culturel de Jans, le Cercle Celtique La Pastourelle, fondé en mai 1966,

Cette rencontre a lieu en 1967. Dès lors, Jean D'beuil devient le Père Jean pour le reste de la Bretagne et il participera pendant les 18 ans à venir à toutes les tournées de La Pastourelle.


Le Père Jean en 1970 à la sortie de l'église à Nozay

Répertoire / discographie


Son répertoire est constitué de danses locales comme les « avants deux » ou les rondes, mais aussi des danses en couple en vogue au début du XXème siècle (valses, mazurkas, scottishs...).

La vague folk des années 70 le poussera sur le devant de la scène grâce aux nombreux festoù-noz qu'il animera. Sa vituosité et son immense répertoire le conduiront à enregistrer quatre disques 33 tours, fait exceptionnel à l’époque.

Un CD retrace désormais pour nous son talent. Il s’agit du troisième volume de la collection Dastum « Grands Interprètes de Bretagne », réalisé en collaboration avec « Dastum 44 ».

Il contient des enregistrements de collecte chez lui, en situation lors de différentes prestations en public, des extraits des disques publiés, mais aussi quelques témoignages chantés. Un livret de 95 pages fournit une biographie, une analyse détaillée de son jeu et ainsi qu’une riche iconographie (CD 44 titres, 73 mn - Livret 95 pages).



Plusieurs des titres font référence et rendent hommage à Marcel Jossot, évoqué plus haut. Celui-ci, né le 26 décembre 1883 à Conquereuil où il mourut le 16 novembre 1961, fut donc l’un de ces mentors. Citons parmi ces titres : Scottish à Marcel Jossot, Sortie de messe à Jossot, Marche à Jossot.


Sites à consulter dont je me suis inspiré

http://nozbreizh.fr/php2/album.php?idalbum=1019 (pour écouter des extraits de 44 titres de Jean D’beuil)

http://www.myspace.com/perejean (pour voir d’autres photos de Jean D’beuil)

http://www.pastourelle-jans.fr/accueil.html (site de La Pastourelle de Jans : témoignage ; photos)

http://www.dastum44.net/ (Centre des traditions orales de Loire-Atlantique)

http://www.leclaireurdechateaubriant.fr/ (L’Eclaireur de Chateaubriand, journal de la Mée)

http://www.cefedem-ouest.org/telechargements/FCD/musique/St%20Brieuc%202009-2011/memoires/Tatard.pdf (un article sur l’accordéon en Bretagne)

dimanche 24 juin 2012

"La chemise", rimiaux en patois de Guémené


Et voici un quatrième petit conte "léger", après "La soupe au choux", " La truie à Nanon" et "Comment Mathurin Sicard ne put entrer au Ciel", que l'on doit aux bons offices de feu l'Abbé Chenet.


Je rappelle que, dans l'entre deux guerre, ce prêtre originaire de Guémené publia quelques contes en patois de Guémené. Il prétendait dans leur préface que c'était ces vieilles bonnes qui les lui avaient narrées dans son enfance, c'est à dire vers 1890.


Celui que j'ai choisi aujourd'hui, "La chemise", raconte une anecdote : une femme très malade envoie son mari chercher le curé . Le conte s'attarde d'abord sur le "mal" et son traitement (vain), décrivant dans le fond la façon paysanne de se soigner "dans le temps". La seconde partie, qui concerne le retour du mari avec le curé, prépare la chute de l'histoire : une chemise blanche sert de balise pour se guider dans la pénombre, mais on découvre que la vue n'est pas forcément celui des cinq sens qui permet ce guidage nocturne...


Bonne lecture à tous !


La chemise

Ça ’tait un saill’ d’hiver min pas d’ l’hiver dernieu
La bonn’ femm’ à Bertin, Bertin d’ la Hunaudière
Sa femm’ qu’est un’ picra et une embarratière,
S’avait piqueu un daill’ en allant qu’ri du bouès
Et 1’ daille avait enfleu comm’ la traill’ à Jean-Pierre
La sienn’ qu’il avait hérité d’ son cousin d’ Mouais.
L’armaïjeur de Nozaille y mit un catapiasse
Ça n’y fit rin du tout : il n’enflit que d’ pus belle.
Il mit d’ la merd’ de oie avec un p’tit d’ filasse
Le frottit d’herbe sainte et de graiss’ de chandelle
Ça ‘tait comm’ s’il chantait et l’ fils d’ bougueur de daille
Continuit à groussi. Et v’là ti pas qu’enfin
Y s’ mit dans tout son corps, et ça ‘tait selon maille
Un mau qu’on n’ connait guèr’ comme un’ espèce de v’lin.
La femme eut pou d’ mourir et dit au gars Bertin :
« Va qu’ri Monsieur l’ Cureu, car je vas terpasseu !
Et il coût’ra terjous ben moins cher que l’ méd’cin ! »
Et v’là donc l’ gars parti et le v’la de s’ presseu !
II faisait naill’ comm’ diab’ et on n’y voyait goutte,
« Monsieur l’ Cureu, qu’il dit, j’ vas vous montreu la route
J’irai dret devant vous comm’ le chantr’ le dimanche
J’ai ouï dire es anciens qu’un’ affair’ qu’était blanche
Se voyait ben la neu, tout aussi ben que l’ jour.
Pour un’ faill’, j’ s’rais l’premier, c’est point souvent mon tour !
J’ m’en vas, si vous v’lez ben, vous attireu d’ ma « haine »
La queue d’ ma ch’mis’ de taill, qu’ j’héritis d’ ma marraine.
Vous vous fix’rez sur ielle, el’ vous dira l’ chemin. »
Dam’ les v’là donc partis. Tout à coup, Bertin dit :
« Monsieur l’ Cureu, Voyez-vous ? » L’ Cureu répondit...
« Ça n’est pas que j’ la vaill, mon pèr... mais j’ la sens bin ! » 

dimanche 17 juin 2012

Une Sainte-Barbe à Guémené


Barbe, bonne fille, vivait au milieu du IIIe siècle à Nicomédie, port de Turquie. Au retour d'un voyage, sa fille lui ayant appris qu'elle s’était convertie au Christianisme, son père, l'affreux Dioscore, mit le feu à la tour où il l'avait enfermée pour la mettre à l'abri des galants. Mais Barbe réussit à s'enfuir. Hélas, averti par un berger probablement éconduit, le père la découvrit. Il la traîna alors devant le gouverneur romain de la province qui la condamna à d'horribles supplices (j'ai regardé : c'est en effet horrible). Comme la jeune fille têtue continuait d'invoquer le Christ, le gouverneur ordonna au père de lui trancher lui-même la tête. Dioscore obéit et fut aussitôt châtié par le Ciel : la foudre le tua sur place.

Ainsi Sainte-Barbe, protectrice de la foudre et de la mort subite, est devenue la patronne des mineurs, des artificiers, des carriers, des artilleurs. Bref, elle s'occupent de sujets explosifs...A quoi il faut ajouter les pompiers, sujets fumeux.

La fête de la Sainte-Barbe tombait le 4 décembre, jadis.

Les pompiers jouent un rôle important dans la vie de tous les jours. Dans les petites communes, ce sont des volontaires. Il est donc important de pouvoir leur rendre hommage et je dois à mon excellent confrère en bloguerie et guémenoiseries, A.P., ainsi qu'à Ouest-Eclair, l'ancêtre bien connu de Ouest-France, de pouvoir le faire en image et en texte. Certes, l'image est antérieure au texte, mais qu'importe.

La photo date probablement de la fin des années 1920. Elle montre, devant la mairie de Guémené, la Compagnie des sapeurs-pompiers : 25 gaillards tous fièrement moustachus. Les gradés sont devant comme il se doit, et le port est souvent altier.


Toutefois, en regardant attentivement, on s'aperçoit que quelques képis sont portés avec nonchalance (le trompette de droite à l'air quelque peu dans le cirage, à moins qu'il ne souffre d'aigreurs d'estomac). Ici, un bouton de veste est défait.  Les vareuses paraissent parfois froissées et les pantalons blancs d'apparat, plutôt tire-bouchonnés.On sent qu'il s'est passé bien des choses avant la photo. On peut imaginer que ce petit monde a fêté la Sainte-Barbe.

Voici comment les pompiers de Guémené honoraient leur sainte patronne en 1937 :


"La fête de la Sainte-Barbe, qui avait été remise par suite du décès du sergent-fourrier Loré, a été célébrée dimanche dernier.

A 9 heures, la Compagnie de sapeurs-pompiers de Guémené, les sections de Guénouvry et de Beslé se rassemblèrent place Simon. Le lieutenant Bréger pris le commandement et un défilé eu lieu à travers les rues de la ville pour se rendre au Monument aux Morts où une gerbe fut déposée.

Après une minute de recueillement, les pompiers se rendirent à la Mairie. Dans la grande salle, M. Geffray, maire, entouré de ses adjoints, MM. Métayer et Gérard, et des membres du Conseil Municipal, les attendaient.

Après une belle allocution, il épingla la médaille d'honneur des sapeurs-pompiers sur les poitrines du lieutenant Gravaud, des sergents Houguet, Briand et Bréger, des caporaux Pinczon et Devilliers et des sapeurs Menuet, Jarnot, Fossé, Gillais et Percevault. Il s'inclina devant le souvenir du sergent-fourrier Loré, décoré à titre posthume, enlevé prématurément à l'affection des siens et à l'amitié de ses camarades.

Un vin d'honneur fut offert à la Compagnie par la Municipalité, et M. le Maire fit l'éloge des sapeurs-pompiers et rendit hommage à leur dévouement.

A 18 heures, tout le monde se retrouva au restaurant Jarnot où eut lieu le banquet traditionnel.

Le menu était parfait et la plus franche gaieté ne cessa de régner pendant tout le repas, au cours duquel un gâteau fut offert par M. Tardif, boulanger.

Ce fut ensuite le tour des chanteurs, puis tout le monde se rendit à la salle des fêtes où eut lieu un bal qui termina cette belle journée."

***

C'est quand même la grosse fête. Ils devaient être frais au bout de tout ça ! Je me demande si on saurait retrouver les chansons chantées et qui étaient les chanteurs...

L'irruption de M. Tardif en bout d'article fait remonter plein de souvenirs gustatifs et ensoleillés de gâteaux achetés l'été, le dimanche après la messe, dans la boutique d'angle donnant sur la place Simon. Que de pâtisseries bigarrées, de compositions laquées de sucre et adornées de pétales de rose en pâte d'amande ! Les guêpes virevoltaient et une jeune dame maquillée, avec un petit tablier blanc fort seyant et à l'air "bourgeois" et sophistiqué, encaissait. Je revois ensuite ma grand-mère endimanchée trottiner le long du boulevard de Courcelles, au retour, tenant son petit paquet de carton ficelé à bout de bras. On ne s'arrêtait alors guère pour muser : le gâteau ne pouvait attendre...

Enfin, si cela vous inspire, n'hésitez pas à me le faire savoir.


dimanche 10 juin 2012

"Annick" Rolland


Voici la reproduction d'une notice bibliographique consacrée à Marie Rolland, institutrice à Guémené-Penfao, héroïne de la Résistance aux Nazis, évoquée dans mes deux posts précédents comme "héroïne" des recherches pétrolières à Guémené.

Cette notice, due semble-t-il à Annie Plumelet, comme plein d'autres sujets, est disponible sur le site :

www.chateaubriant.org

Si l’on évoque la Résistance dans le Pays de Guémené Penfao, il faut d’abord parler de Marie Rolland, connue sous le pseudonyme de « Annick ».

Marie Rolland est née le 15 mars 1873, au Coudray-Plessis, dans une très modeste famille d’agriculteurs. Après avoir obtenu son certificat d’études primaires, elle réussit à passer le Brevet Elémentaire, et le Brevet Primaire Supérieur, tout en travaillant à la ferme, pour devenir institutrice. 

Elle poussera sa sœur dans la même voie. Toutes les deux deviennent institutrices titulaires à Guémené Penfao.

Marie Rolland a 67 ans lorsqu’elle assiste à la débâcle de 1940 et participe alors à la Résistance. Par exemple, elle recueille et cache 47 membres de l’équipage du Lancastria, atteint par une bombe dans ses chaudières. Ces 47 hommes regagnent l’Angleterre par petits groupes, aiguillés par sa main ferme.

« Annick » fait la connaissance de « Alexandre » en 1943, un des responsables du réseau Buckmaster (et qui sera fusillé au Mont Valérien). Elle met sur pied ses propres réseaux de résistance, lesquels sont bientôt rattachés au réseau du maquis de St Marcel (près de Malestroit, dans le Morbihan).

Mais la Gestapo l’a identifiée et la traque. Sa tête est mise à prix, elle doit se cacher. Blain, Châteaubriant, Le Croisic, Redon, Vannes, voient cette femme impotente prêcher la confiance dans les destinées de son pays. Elle veille à tout, organise la réception des parachutistes envoyés en renfort et voit le jour du débarquement : 6 juin 44.

Avec ses FFI, elle oblige les Allemands de la région de Plessé à se rendre, et c’est elle qui reçoit la reddition du général-commandant ce secteur à qui elle dit : »c’est à une vieille femme que vous venez vous rendre ». Elle continue ensuite à se consacrer à la défense de ceux qui lui firent confiance, à faire connaître leurs droits ? La vrai Résistance, pour elle, doit être magnifiée.

Faite « compagnon de la Libération », distinction rarement accordée à une femme, elle reçoit des mains du Général de Gaulle cette suprême décoration pour SERVICES EXCEPTIONNELS rendus à la Résistance. Retirée dans sa maison du bout des ponts à Guémené, elle sera emportée par une crise cardiaque en octobre 1946.

Elle a symbolisé l’idéal de liberté, de Justice et de Paix, n’en déplaise à ses détracteurs d’hier et d’aujourd’hui.



Je ne sais pas qui sont ses détracteurs. Mais s'il s'agit bien de la même personne qui chercha du pétrole à Guémené et fit partie de la Résistance (il n'y a pas de raison d'en douter), alors l'article de Ouest-France de 1991 utilisé dans le post précédent est minable de ne pas souligner ses mérites.

"Guémené-Penfao, Texas" ou "La ruée vers l'Ouest-France"



Grâce à mon excellent voisin de Hyonnais, Y. H., je dispose de la trace d'un article de Ouest-France qui reprend les histoires pétrolifères développées dans le post précédent à partir des éléments trouvés dans Ouest-Eclair.

Plusieurs points sont, à mes yeux intéressants dans cet article.

D'abord, toute la question est centrée sur La Hyonnais, ce qui n'est pas trop pour me déplaire, quoique ce patriotisme de hameau soit bien futile. Il y évoque des "témoins" que j'ai bien connus : cela suscite toujours un regard indulgent.

Bien plus : le ton de l'article est goguenard et moque un peu les protagonistes de la saga. Visiblement, le journaliste de 1991 a lu les archives et mélange un peu tout. Ce qui n'est guère sérieux.

Enfin, des détails "véridiques" viennent pimenter le récit dont on ne sait d'où il sortent. Bref, si les acteurs de l'histoire pétrolifère de Guémené ont rêvé, leurs rêves s'inscrivaient dans un réel et un rationnel ; l'article de Ouest-France semble plus intéressé à écrire la légende.

Voici en tout cas, ce que Ouest-France raconte, sous le titre « Du pétrole à Guémené ».

«  Aujourd’hui, seul vestige des puits pétrolifères de Guémené : un tuyau en fonte dans le jardin de M. et Mme Taillandier. Pas question de le déterrer, pour peu que du pétrole jaillisse : « On serait obligé de déménager ! » se plaint le fils de la maison. Ce tuyau, à l’ombre des sapins et entouré de parterres de fleurs, a donc sa place dans le paysage.

Une reine du pétrole

Quand en 1915 le pétrole fut découvert, aussitôt apparut « la fièvre de l’or noir ». Elle s’empara surtout d’une institutrice, Melle Rolland, et d’un agriculteur, M. Gourdin, puisque c’est dans son jardin (aujourd’hui celui des Taillandier) que le premier puits a été ouvert. Melle Rolland fit profiter l’entreprise des ses talents d’organisatrice. Elle informa le service des Mines et le commissariat général des Essences et Pétroles. Faute de crédits ; peu de travaux furent effectués. Le puits de la Hyonnais atteignit tout de même 45 mètres. Le soir, après la classe, et le dimanche, Melle Rolland surveillait son chantier…

Du cœur à l’ouvrage

Quelques temps plus tard, la Hyonnais prenait alors un air « exotique » : l’imagination allait bon train pour fabriquer des trépans. C’est un ingénieur forgeron de Guémené, Alphonse Cormerais, qui mit au point la machine : roues à pignons, poulies, câbles, le tout actionnant les trépans. La force des chevaux aidant, les trépans pénétraient dans le sol. M. Cormerais n’était pas qu’un peu fier de son invention, unique en son genre ! En fait, il ne perdait aucune occasion de mettre en valeur ses talents d’inventeur : pendant la guerre, il avait déjà conçu un obus fusant chargés de billes qu’il avait présenté au ministère des Armées.
Inutile de vous dire que le quartier n’était pas de tout repos !

Ils cherchent fortune

Quant aux plus incrédules, il suffisait d’enflammer le produit qui avait jailli pour qu’ils retrouvent la foi des convertis. La folie des puits se propagea. S’il y avait du pétrole à la Hyonnais, il y en avait sans doute ailleurs ! Et les environs de Guémené de rivaliser pour avoir le puits le plus profond : à la Taupinière( !) 121 mètres, au Bécot 45 mètres, au Vivier-Noir 110 mètres, à la Hyonnais 45 mètres…

Creuse toujours

Les forages devenaient de véritables lieux de pèlerinage. Comme il n’y avait pas de routes pour relier les villages entre eux, on s’enfonçait jusqu’aux chevilles dans la boue. Qu’importe ! les sourciers étaient formels : la nappe de pétrole était accessible : « Creuse et tu la trouveras ! »
Tu trouveras effectivement…que Guémené est fait de terres arables et non de terres ‘arabes’ »

L’article, qui se veut léger et fin, comme on vient de le constater, donne ensuite sa clé de l’histoire, futée et conspirationniste, pittoresque et fantaisiste :

« La clef de l’histoire ? Vous venez de la lire : pour convaincre ceux qui doutaient de l’authenticité de l’affaire, on faisait brûler le pétrole ici trouvé. Mais depuis quand le pétrole brut brûle-t-il ? La propriétaire du jardinet avait tout simplement acheté à l’épicerie une bouteille de pétrole qu’elle avait déversée !
But de l’opération : mettre son fils à la tête d’une future entreprise de pétrole (hélas non avenue)…

12 après ils remettent ça

Le ministère des essences et Pétroles avait accordé « un permis de recherche exclusif » dans ce sous-sol où l’on savait qu’il n’y avait aucune goutte de pétrole. EN 1927, pourtant, les trépans ressortent (pour la dernière fois ?), mais en vain.

Pertes et profits : le trépan de M. Cormerais se trouve alors abandonné sur un terrain vague et vendu à la ferraille.

Melle Rolland, pour noyer son chagrin, se lance dans la Résistance. M. Gourdin s’installe dans le Bordelais pour ne jamais revenir sur les lieux de sa déception.

Alors, folie des années 20 ou authentique nappe que les moyens de l’époque n’auraient pu atteindre ? »