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dimanche 23 septembre 2012

Fête impériale à Guémené


En 1856, une circulaire inspirée par l'Empereur Napoléon III et relayée par les autorités préfectorales et sous-préfectorales, enjoint les maires de célébrer comme il se doit un heureux évènement national.

En effet, Louis Napoléon, fils de l'Empereur et de l'Impératrice Eugénie est né le 16 mars (non sans mal d'ailleurs, les forceps laissant quelques traces au front du jeune héritier de la couronne), premier et dernier fils de leurs Majestés Impériales, et le baptême a lieu en grande pompe le samedi 14 juin de la même année, à Notre-Dame de Paris - parrain le Pape, marraine la reine Victoria (en tout cas sur le papier, car tous deux se firent représenter). Bref, du lourd.

Je ne m'étendrai pas sur cet illustre nouveau-né dont la carrière fut brève. Papa Napoléon s'étant pris une raclée par les Prussiens, tout ce beau monde se réfugia en Angleterre. Le jeune Napoléon IV (l'Impérial Papa cassant sa pipe en 1873), devint officier anglais et alla, pour finir, se faire transpercer par des Zoulous en Afrique du Sud, âgé de 26 ans.


Impérial Bambin de 8 ans

Revenons à Guémené. Le Maire Simon, quand il reçoit l'Auguste injonction transmise par le sous-préfet, est bien un peu embêté : le Conseil Municipal ne se réunit que rarement à l'époque (quelques sessions de plusieurs jours consécutifs, quelques fois par an) et rien n'est en vue avant septembre : il lui faut prendre une initiative personnelle, sauf à rater le coche. Mais son attachement à la cause impériale (les maires sont désignés par le pouvoir central à l'époque, pas élus) suffit à lui faire prendre les bonnes mesures, même sans délibération de son Conseil.

Il va donc trouver d'abord le boulanger Pierre Hamel qui exerce au bourg. Il lui explique que comme la circulaire du sous-préfet recommande de distribuer des secours aux malheureux, des bons de pain seront remis aux indigents qui iront se fournir chez ce boulanger.

Mais ce ne saurait être que la fête des ventres pauvres : ce sera donc aussi celle des yeux de tous. A cet effet, le Maire se rend chez Madame Fillodeau, jeune marchande de 37 ans, où il commande les matériaux d'un feu d'artifice.

Et comme si cela ne suffisait pas, il achète auprès de monsieur Bonnaffé, vieux buraliste-receveur de 72 ans vivant avec son épouse et sa fille, de la poudre, pour un usage festif qui m'échappe (je ne pense pas quand même qu'on ait tiré au canon...).

Sans doute le dimanche 15 juin fut-il le cadre des réjouissances, car le bon peuple des campagnes, venant faire provision de religion et de tabac, se trouvait assemblé en grand nombre dans le bourg.

Ce n’est que le 14 septembre suivant que se réunit le Conseil Municipal. Je vous en donne la composition, peut-être y reconnaîtrez-vous quelque parent : outre M. Simon (maire), MM. Desvaux, Tessier, Amossé, Bernard, Alliot, Amossé (bis !), David, Durand, Perrigot, Clavier, Chénet, Bignon et Houis constituent l'assemblée ce jour-là (certains manquent).

Ces treize apôtres communaux vont donc entendre les explications du maire qui leur présente en fait les factures à valider : 118fr.50 de pain, 4fr.30 de feu d'artifice et 0fr.80 de poudre. Pas de quoi fouetter un magistrat municipal.

Mais que l'on se rassure la fête ne sera pas gâchée, même a posteriori : ainsi qu'il est consigné au livre des délibérations, le Conseil s'associe aux vues du maire et vote à l'unanimité le paiement des susdites factures...

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