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dimanche 12 mai 2013

L'étang et le moulin de la Vallée


Descendre dans la vallée de Juzet, c'est un peu plonger au fond de la mer et y découvrir un univers retiré où les bruits du monde supérieur sont complètement amortis.

A l'instar de la plongée sous-marine, on procède par étape. Si l'on vient de la route de Guénouvry, on embarque à Mézillac au sortir duquel commence une première descente vers l'inconnu, sous les champs, dans une espèce de couloir d'arbres. On finit par atteindre un palier, le chemin s'évase à hauteur de l'étang. Curieusement aucune embarcation n'en ride la surface, ou alors c'était il y a bien longtemps. Même les nénuphars qui en tapissaient la surface sombre, ont pris congé. On pense à ces lacs acides des régions volcaniques où, dans une onde avenante, tout immanquablement se dissout.

On passe ensuite devant les ruines du moulin que l'on devine, fantomatique, dans l'enchevêtrement de la végétation. Et le deuxième temps de la plongée commence, avant de toucher le fond à l'endroit où le chemin fait un coude, près du gué où le ruisseau rejoint la rivière.

C'est tout un monde englouti qui s'offre à nous, clos par des collines hautes, ponctué de bâtiments délabrés qui s'estompent dans le paysage, livré au silence. Comme sur une planète différente, le soleil s'y lève et s'y couche à des heures particulières. Au fond, vers l'Est, un grand bâtiment aux fenêtres de plein cintre, toutes baies ouvertes face au moulin de Juzet, résiste à l'usure du temps au bord du déversoir du Thenou où le Don fait une pause.

Surgi de nulle part, blanc comme dans un rêve, le château de Juzet semble une merveille de carton pâte. De là peut commencer la remontée des profondeurs, avec une première halte à hauteur de l'entrée du château et de l'ancienne métairie. Et puis on retrouve le monde de tous les jours, on reprend sa respiration naturelle, au carrefour du chemin et de la route de Conquereuil où, sentinelle immobile, veille la vieille chapelle frairiale aux portes de Juzet.

Le moulin de l'étang. Il fonctionnait déjà à la fin du XVIIIème siècle quand Jan Geslin en était le farinier. Aujourd'hui, l'eau ne fait plus tourner sa roue dont il ne reste qu'un moignon moussu.

C'était un beau bâtiment sur deux ou trois niveaux, lové au creux de l'écluse, aujourd'hui éventré et gagné par les branchages. On voit encore ici ou là les trous où s'engageaient les poutres soutenant un plancher. Une cheminée s'obstine dans un effort surhumain à demeurer en suspens à un mur de l'étage. Ses corbelets de bois portent à bout de bras un gros linteau de chêne, inaccessible aux pillages. Sur un haut pignon, une fenêtre de plein cintre confère à la bâtisse mutilée un style étrange, une élégance inattendue.

Imperturbable au temps, le ruisseau dévale à son côté une forte pente parmi de gros cailloux.





















Les vieilles cartes postales du début du siècle passé révèlent encore sa splendeur d'antan (et celle de son cadre naturel) où l'on distingue deux bâtiments côte à côte. Mais on note surtout d'autres bâtiments, tout près, dont un hangar devant lequel est assis un personnage. Sur la deuxième, la fenêtre de plein cintre du pignon oriental du moulin est bien visible.









C'est là donc, dans les années d'enfance, que nous sommes venus, ignorants de ce passé, tout juste frissonnants au mystère de ces bâtisses abandonnées, jouir de l'étang et du bois.

Peut-être que la galette et la saucisse nous ont été distribuées par Yves Ménager (merci à Maryse A. pour l'information) au petit comptoir de la cabane de branchages que la carte postale suivante, datant de la fin des années 60 probablement, nous permet d'entrevoir sur la gauche. Un banc rustique, et une famille pas trop réchauffée contemple l'étang mangé de nénuphars.



Finissons avec le site de l'étang, tel qu'à ce jour, nettoyé des nénuphars comme du reste des vivants qui hantèrent ce lieu en luttant pour leur survie.





1 commentaire:

  1. Je vais régulièrement à l'étang de la vallée me ressourcer et observer la ronde des martin pêcheurs (entre autres)

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