Rechercher dans ce blog

samedi 25 janvier 2014

Comment Gilles sortit Durand


Il est temps de s'intéresser plus en profondeur à un homme dont le nom a déjà été prononcé sur ce blog et qui présida aux destinées de cette cité pendant une bonne partie de l'entre-deux-guerres. Oh Barde, raconte-moi les exploits de ce héros indomptable...

Eléments familiaux

Gilles Durand naît le 24 septembre 1874 à Guémené : c'est le premier enfant du couple Durand / Batard (propriétaires / notaires de Campbon). Associé aux affaires familiales sans doute assez tôt (il est qualifié de "négociant" lors du Conseil de Révision en 1894). D'ailleurs il ne semble pas avoir fait beaucoup d'études (sait lire, écrire et compter, mais pas de Brevet apparemment).

Arrière-petit-fils de Gilles Durand, né à Vay le 25 janvier 1756, puis cultivateur à Dastres en Guémené, qui savait signer son nom.

Petit-fils de Gilles Durand, né au bourg de Guémené le 22 février 1802, propriétaire résidant au bourg de Guémené.

Fils de Gilles Durand, négociant en bois, officier d'Académie (pour services rendus à la jeunesse de Guémené), vétéran de la guerre de 1870, adjoint au Maire de Guémené (premier adjoint suite aux élections de mars 1888), chevalier du Mérite Agricole, né le 9 mai 1847 à Guémené, mort en sa maison du Bout des Ponts à Guémené le 26 décembre 1926.


Physique

Homme relativement grand pour son époque : 1,72 mètre. Yeux gris-verts, front fuyant, menton rond...Peut-être bedonnant...

Parcours militaire

Je ne ferai aucun commentaire (sarcastique) sur ce qui suit : profitez par vous-même...

Service militaire


Affecté soldat de 2ème classe au 154ème de ligne le 14 novembre 1895, il passe à la 20ème section de secrétaires d'Etat-Major et du Recrutement le 23 septembre 1896 par décision du gouverneur militaire de Paris du 20 août 1896. Il y achève une première carrière militaire sanctionnée d'un certificat de bonne conduite.

Guerre de 14-18

Il mène campagne, nous dit-on, contre l'Allemagne, d'abord à l'intérieur (du 4 août 1914 au février 1915), puis aux armées (du 4 novembre 1915 au 8 janvier 1919).

Classé dans les services auxiliaires pour "obésité" par décision de la commission de réforme de Nantes le 18 novembre 1914.

Sa guerre de l'intérieur contre l'Allemagne : un commission spéciale de trois médecins étrangers à son Corps d'affectation décident le 30 décembre 1914 de le maintenir aux services auxiliaires. Il est renvoyé ensuite dans ses foyers le 22 février 1915. 

Sa guerre aux armées contre l'Allemagne : c'est l'histoire d'un détaché. On le retrouve au 51ème d'artillerie le 4 novembre 1915 et est, à cette date, immédiatement détaché pour traquer l'ennemi ...à la Maison Durand à Guémené-Penfao. Puis il passe en tant que... détaché au 147ème d'infanterie, le 1er juillet 1917.


Vie politique

A peine rentré de la guerre en janvier 1919, Gilles Durand se lance dans la bataille politique.

Elections municipales de 1919 à Guémené

Trois listes sont en présence : deux listes "de droite", celles de MM. Du Halgouët (Amaury, veuf, né à Redon en 1852, propriétaire agriculteur) et de Boisfleury (soit Arthur, mort quasi centenaire vers 1940, partisan de l'Action Française selon les souvenirs de ma mère ; soit son fils Pierre, né en 1873 et décédé en 1944). Les châtelains ont obtenu respectivement une moyenne de 327 et 102 voix.

La troisième liste est une liste "républicaine", celle de Gilles Durand, qui a obtenu une moyenne de 707 voix et a été élue haut la main.

Gilles Durand obtient personnellement 703 voix ; M. du Halgouët, 392 et M. du Boisfleury, 128.

Très belle victoire d'un homme qui n'était donc pas de droite !


Elections municipales de mai 1925

Gilles Durand est réélu.

Mais hélas, le maire de Guémené doit envoyer une lettre de protestation à Ouest-Éclair, contre l'étiquette de "carteliste" qui lui a été donnée lors de son élection.

Il affirme faire partie, comme membre fondateur, de la Ligue Républicaine Nationale, un machin fabriqué par un ancien ministre socialiste passé gentiment à droite, opposé précisément au Cartel des Gauches. Gilles Durand s'insurge : "C'est dire que je ne suis pas "carteliste", ni de droite, ni de gauche...Il y a bien de la place entre....".

En effet, et je dirais même plus : je suis ni pour ni contre, bien au contraire et tout au milieu....C'est décidément Monsieur Prudhomme, que ce maire-là !


Elections municipales de 1929

Gros succès de la liste de la municipalité sortante à Guémené. Réélue en entier, elle obtient 892 voix, soit 200 de plus qu'au dernier scrutin. Gros succès, nous apprend Ouest-Éclair"en raison d'une lutte sournoise qui l'attaquait". Les hobereaux du coin ont dû encore tenter de le décaniller.


Elections municipales de 1935

Au premier tour : votants 1260, exprimés 1230, majorité absolue 616.

Liste Républicaine et d'Intérêt Local et d'Union : 17 élus

Liste Républicaine du maire sortant : pas d'élus

Gilles Durand et sa liste sont dans les choux. Normal : que faire contre une liste de tricheurs qui se sont mis à trois pour gagner (les républicains + les intéressés locaux + les unionistes) !

Enfin sur les six ballottages, la liste sortante récupère 3 sièges au second tour (Auguste Babin, Jean Urvoix, Frédéric Testard).

Ainsi s'acheva la carrière politique de Gilles, fils de Gilles, petit-fils de Gilles et arrière-petit-fils de Gilles Durand.

Et puis, bien longtemps après, en août 1961, Gilles Durand "puissance 4" quittera cette terre de Guémené.


Rarement un "s" à la fin d'un prénom n'aura été mieux justifié.

Les deux Gilles les plus récents sont inhumés à Guémené dans l'imposant tombeau familial des DURAND, et une rue qui longe le cimetière porte ce nom et ce prénom qui balbutièrent quatre générations.










Beau parcours quand même, Messieurs les Durand !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire